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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100463

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100463

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2021, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 24 décembre 2021 et 18 mars 2022, M. C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les deux arrêtés des 20 mai 2021 et 25 mai 2021 par lesquels le maire de la commune du Diamant s'est opposé à sa déclaration préalable en vue de la division foncière en deux lots à construire d'une parcelle dont il est propriétaire dans le cadre d'une indivision, située Morne Pavillon au lieu-dit Tamarin sur le territoire de la commune du Diamant ;

2°) de désigner un expert aux fins de se rendre sur les lieux pour dresser l'état des réseaux auxquels la parcelle est reliée ;

3°) de condamner la commune du Diamant à lui verser, à lui et aux autres indivisaires de la parcelle, la somme de 3 880,29 euros en réparation des préjudices résultant des frais d'arpentage et de bornage exposés suite à une précédente décision, née le 25 juin 2010, de non-opposition à une déclaration préalable de division foncière portant sur le même terrain.

Il soutient que :

- suite au décès de son père, survenu le 12 février 1998, il a hérité d'un terrain situé au Diamant, dans le cadre d'une indivision avec les sept autres héritiers, pour lequel il a déposé une déclaration de division foncière en deux lots à construire ;

- les deux arrêtés attaqués s'opposant à cette déclaration préalable n'ont pas été transmis au contrôle de légalité en méconnaissance de l'article L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales, ni ne lui ont été notifiés ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure puisqu'il n'a pas été informé des modalités selon lesquelles les décisions deviendraient exécutoires, en méconnaissance de l'article R. 424-12 du code de l'urbanisme ;

- le maire ne pouvait s'opposer à sa déclaration puisque le terrain, situé dans le hameau de Tamarin qui est relié aux différents réseaux, se trouve dans les parties actuellement urbanisées de la commune, et qu'un certificat de non-opposition à division foncière lui avait été délivré en 2010 en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme ;

- ayant exposé des frais d'arpentage et de bornage à la suite de la première décision de non-opposition à déclaration, il subit un préjudice de 3 880,29 euros dont il est fondé à demander réparation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 mai 2022, la commune du Diamant, représentée par Me Bel, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de non-opposition à division foncière du 25 juin 2010 était devenue caduque faute pour l'intéressé d'avoir réalisé les opérations de division dans un délai de trois ans ;

- la commune étant soumise au règlement national d'urbanisme, le maire du Diamant se trouvait en situation de compétence liée compte-tenu de l'avis défavorable rendu par le préfet de la Martinique le 11 mai 2021 ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, en l'absence de décision prise par la commune du Diamant suite à une demande indemnitaire formée préalablement devant elle par M. A.

M. A a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public par un mémoire, enregistré le 17 mai 2022.

La commune du Diamant a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public par un mémoire, enregistré le 17 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Bel, avocate de la commune du Diamant.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite du décès de son père, survenu le 12 février 1998, M. C A est devenu propriétaire, par voie successorale et dans le cadre d'une indivision, d'un terrain d'une superficie de 20 ares et 20 centiares situé Morne Pavillon, lieu-dit Tamarin au Diamant. Il a déposé auprès des services de la mairie du Diamant, le 28 avril 2021, une déclaration préalable en vue de la division foncière de ce terrain en deux lots à construire. Après avis conforme défavorable au projet de division foncière rendu par le préfet de la Martinique le 11 mai 2021, le maire de la commune du Diamant s'est opposé à la déclaration préalable par deux arrêtés des 20 mai 2021 et 25 mai 2021. Dans la présente instance, M. A demande au tribunal administratif, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler ces deux arrêtés, de désigner un expert aux fins de se rendre sur les lieux pour dresser l'état des réseaux auxquels la parcelle est reliée, et de condamner la commune du Diamant à lui verser une somme de 3 880,29 euros en réparation de préjudices résultant de frais d'arpentage et de bornage exposés suite à une précédente décision de non-opposition à déclaration préalable de division foncière du terrain.

Sur la recevabilité d'une partie des conclusions de la requête :

2. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

4. En l'espèce, M. A demande au tribunal administratif de condamner la commune du Diamant à lui verser la somme de 3 880,29 euros en réparation des préjudices résultant pour lui des frais d'arpentage et de bornage qu'il a exposés suite à une précédente décision, née le 25 juin 2010, de non-opposition à une déclaration préalable de division foncière identique déposée pour le même terrain. Toutefois, il n'a formé au préalable aucune demande indemnitaire auprès de cette collectivité, antérieurement au dépôt de sa requête ou en cours d'instance, de sorte qu'aucune décision, expresse ou implicite, n'a été prise par l'administration sur ce point. Dans ces conditions, le contentieux n'est pas lié. Les conclusions indemnitaires de M. A ne sont dès lors pas recevables. Elles doivent, par suite, être rejetées.

Sur le surplus de la requête :

5. D'une part, l'article L. 111-3 du même code dispose : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. " Ces dispositions ont pour effet d'interdire, en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune.

6. D'autre part, l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ". Ces dispositions imposent au maire de consulter pour avis conforme le préfet. Le maire se trouve en compétence liée pour se conformer à cet avis et pour refuser l'autorisation sollicitée en cas d'avis défavorable du préfet. Toutefois, le pétitionnaire est recevable à exciper de l'illégalité de cet avis conforme du préfet à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de délivrer l'autorisation d'urbanisme en litige.

7. En l'espèce, la commune du Diamant est dépourvue de document d'urbanisme depuis le 26 septembre 2018, date à laquelle son ancien plan d'occupation des sols est devenu caduc en application de l'article L. 174-3 du code de l'urbanisme. Saisi en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, le préfet de la Martinique a, le 11 mai 2021, émis un avis conforme défavorable à la déclaration préalable de division foncière déposée par M. A le 28 avril 2021 au motif que la parcelle n'était pas localisée dans les parties urbanisées de la commune, au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. Sur la base de cet avis conforme, le maire de la commune du Diamant, par les deux arrêtés attaqués des 20 mai 2021 et 25 mai 2021, s'est opposé à la déclaration préalable de M. A au même motif que le terrain n'était pas localisé dans les parties urbanisées de la commune. Dans ses écritures, M. A conteste l'appréciation ainsi portée par le maire de la commune du Diamant au regard de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. Il doit être regardé comme soulevant également un tel moyen de légalité à l'égard de l'avis conforme qu'a émis le préfet de la Martinique le 11 mai 2021.

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan cadastral et des photographies aériennes extraites du site officiel Géoportail produites en défense par la commune, que la parcelle litigieuse est vierge de toute construction. Elle est située au lieu-dit Tamarin, qui forme un ensemble constitué d'une dizaine de constructions isolées de très faible densité implantées sur les hauteurs de la commune du Diamant, dans un espace boisé qui s'ouvre sur les espaces naturels des mornes. Dans ces conditions, même si les trois parcelles contiguës au terrain litigieux sont bâties et que la parcelle objet de la déclaration de M. A est reliée aux réseaux publics, ainsi qu'il le soutient sans être contredit, celle-ci ne peut être regardée comme se trouvant dans les parties actuellement urbanisées de la commune, sans que le requérant ne puisse utilement se prévaloir sur ce point de ce qu'une précédente déclaration de division foncière déposée sous l'empire de l'ancien plan d'occupation des sols, devenu caduc à compter du 26 septembre 2018 comme il a été dit précédemment, a donné lieu à une décision de non-opposition le 25 juin 2010 et à la délivrance du certificat prévu à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le préfet de la Martinique n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme en donnant un avis défavorable au projet. Le moyen soulevé sur ce point n'est dès lors par fondé. Il doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le maire de la commune du Diamant se trouvait en situation de compétence liée et était ainsi tenu de s'opposer à la déclaration préalable de division foncière présentée par M. A. Dès lors, les moyens de ce dernier dirigés contre les deux arrêtés attaqués des 20 mai 2021 et 25 mai 2021, tirés du défaut de transmission au contrôle de légalité, du défaut de notification, de la méconnaissance de l'article R. 424-12 du code de l'urbanisme et de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 111-3 du même code sont inopérants. Ils doivent, par suite, être écartés à ce titre.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de procéder à la mesure d'expertise sollicitée, qu'il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions de la requête de M. A.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune du Diamant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune du Diamant une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune du Diamant.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Wallerich, président,

- M. de Palmaert, premier conseiller,

- M. Phulpin, conseiller.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

V. B

Le président,

M. DLe greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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