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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100473

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100473

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMONTABORD DÉBORAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 juillet 2021, le 5 mai 2022 et le 4 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Montabord-Tavel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de modifier l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le préfet de la Martinique a reconnu l'imputabilité au service de ses arrêts de travail pour la seule période allant du 14 au 18 juin 2018, et d'enjoindre au préfet de la Martinique de régulariser ses droits de maintien d'un plein traitement ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 et d'enjoindre au préfet de la Martinique de prendre une nouvelle décision reconnaissant l'imputabilité au service de ses congés jusqu'à la date de guérison, le 17 mars 2020, et de régulariser ses droits de maintien d'un plein traitement ;

3°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation de son préjudice ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ;

5°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet de la Martinique a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé résultant de son accident du 13 juin 2018, jusqu'à la date de guérison, le 17 mars 2020 ;

- en tardant à reconnaître l'imputabilité au service de son accident et en limitant la reconnaissance de l'imputabilité au service au seul arrêt de travail du 14 au 18 juin 2018, alors que son état de santé résultait pourtant du harcèlement moral dont il était victime, le préfet de la Martinique a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- il est fondé à demander la réparation de son préjudice financier, qu'il évalue à la somme de 30 000 euros ;

- il est fondé à demander la réparation de son préjudice moral, qu'il évalue à la somme de 30 000 euros ;

- il est fondé à demander la réparation du préjudice résultant de la perte de chance d'obtenir un avancement, qu'il évalue à la somme de 20 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 février et 17 mai 2022, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute de liaison du contentieux ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :

- le non-lieu partiel des conclusions de la requête, relatives à la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés pris du 16 juillet 2018 au 16 août 2018 et du 17 septembre 2018 au 16 mars 2020, compte tenu de l'édiction des arrêtés préfectoraux du 24 février et du 11 mai 2022 :

- l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à modifier l'arrêté du 20 avril 2021, dès lors qu'il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de modifier une décision administrative.

M. C a présenté des observations sur ce moyen, enregistrées le 14 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- les observations de M. C,

- et les observations de Mmes D et Leclere, représentant le préfet de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, adjoint administratif principal de 1ère classe de l'intérieur et de l'outre-mer affecté au sein de la préfecture de la Martinique, exerce des fonctions de gestionnaire des dépenses et des recettes au centre de service partagé interministériel de la plateforme Chorus. A la suite d'un accident dont il a été victime, le 13 juin 2018, résultant d'une altercation avec sa supérieure hiérarchique, son médecin traitant lui a prescrit un arrêt de travail du 14 au 18 juin 2018 pour des douleurs du membre supérieur droit, puis des soins jusqu'au 31 août 2018. M. C a de nouveau bénéficié d'arrêts de travail, durant la période du 16 juillet au 16 août 2018, en raison d'un syndrome anxio-dépressif secondaire, ainsi que du 17 septembre 2018 au 16 mars 2020, pour un épisode dépressif. Il a ensuite été admis à reprendre ses fonctions à compter du 17 mars 2020. Le 21 novembre 2019, l'intéressé a présenté une demande au préfet de la Martinique, tendant à ce que les évènements du 13 juin 2018 soient reconnus comme accident de service. Le préfet de la Martinique a alors fait examiner M. C par un médecin agréé le 7 juillet 2020, puis a recueilli l'avis de la commission de réforme le 2 février 2021. A l'issue de cette instruction, par un arrêté du 20 avril 2021, le préfet de la Martinique a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 13 juin 2018 et des arrêts de travail du 14 au 18 juin 2018. M. C a formé un recours gracieux, par un courrier du 11 juin 2021, afin que les périodes postérieures au 18 juin 2018 soient également reconnues comme en lien avec l'accident de service. Le silence gardé par le préfet de la Martinique sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de modifier, ou à défaut d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021, et de condamner l'Etat à l'indemniser de ses préjudices.

Sur le non-lieu partiel :

2. Il ressort des pièces du dossier que, à la suite du recours gracieux de M. C dirigé contre la décision du 20 avril 2021, la commission de réforme, saisie pour réexamen, a émis un avis favorable à la prise en charge des arrêts de travail du 16 juillet au 16 août 2018 et du 17 septembre 2018 au 16 mars 2020, au titre de l'accident de service du 13 juin 2018. Par un arrêté du 24 février 2022, le préfet de la Martinique a alors placé rétroactivement M. C en congé pour invalidité temporaire imputable au service, pendant les périodes du 16 juillet 2018 au 16 août 2018 et du 17 septembre 2018 au 3 mars 2020. Par un arrêté modificatif du 11 mai 2022, la date de fin du congé pour invalidité temporaire imputable au service a été fixée au 16 mars 2020. Il s'ensuit qu'en cours d'instance, le préfet de la Martinique a partiellement fait droit à la demande de M. C, en reconnaissance explicitement que ces deux périodes d'arrêt de travail sont en lien avec l'accident du 13 juin 2018. L'arrêté du 11 mai 2022 est réputé s'être substitué au rejet implicite de la demande de reconnaissance d'imputabilité au service au titre de la période qu'il concerne. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à cette période, et ne restent en litige que les périodes comprises entre le 19 juin 2018 et le 15 juillet 2018 et entre le 17 août 2018 et le 16 septembre 2018, pour lesquelles le préfet de la Martinique ne s'est pas prononcé sur l'imputabilité au service de l'état de santé de M. C.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à la modification de l'arrêté du 20 avril 2021 :

3. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de modifier ou de réformer une décision de l'administration. Il s'ensuit que les conclusions de M. C tendant à ce que le tribunal modifie l'arrêté préfectoral du 20 avril 2021, ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". En outre, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le médecin traitant de M. C lui a prescrit un arrêt de travail du 14 au 18 juin 2018 en raison de douleurs au membre supérieur droit. Il a ensuite rédigé un certificat médical de prolongation du 20 juin 2018, prescrivant des soins sans arrêt de travail jusqu'au 31 août 2018, pour les mêmes motifs. Par ailleurs, le médecin agréé, ayant examiné M. C le 7 juillet 2020, confirme que celui-ci ne souffrait d'aucune pathologie antérieure et que les soins, qui lui ont été délivrés pendant toute la période à compter du 13 juin 2018, sont en lien avec l'accident. Consécutivement à l'avis favorable de la commission de réforme du 2 février 2021, le préfet de la Martinique a, par arrêté du 20 avril 2021, reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 13 juin 2018 et des arrêts de travail du 14 au 18 juin 2018. Dans ces conditions, et dès lors que le certificat médical de prolongation était relatif à la même affection que celle ayant justifié la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 13 juin 2018, le préfet de la Martinique a commis une erreur d'appréciation en considérant que l'état de santé de l'intéressé devait être regardé comme imputable au service uniquement jusqu'à la date de fin de son arrêt de travail, le 18 juin 2018, sans tenir compte de la période postérieure ayant nécessité des soins sans arrêt de travail jusqu'au 31 août 2018.

6. En second lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C ait bénéficié d'arrêts de travail durant la période du 1er au 16 septembre 2018. Faute pour le requérant d'avoir déféré à la demande de pièces faite en ce sens par le tribunal, il y a lieu de considérer que l'intéressé, contrairement à ses allégations, n'a pas bénéficié d'arrêts de travail pour cette période. Il s'ensuit que le préfet de la Martinique n'a commis aucune erreur d'appréciation en ne reconnaissant pas l'imputabilité au service de l'état de santé de M. C pour la période du 1er au 16 septembre 2018.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C est uniquement fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Martinique a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé durant la période du 19 juin 2018 au 15 juillet 2018 et du 17 au 31 août 2018, et à demander l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2021 dans cette mesure.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

9. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement mais nécessairement que le préfet de la Martinique reconnaisse l'imputabilité au service de l'état de santé de M. C entre le 19 juin 2018 et le 15 juillet 2018 ainsi qu'entre les 17 et 31 août 2018, et régularise en conséquence la situation de l'intéressé. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Martinique de prendre une telle décision, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur la responsabilité de l'Etat :

10. M. C soutient que le préfet de la Martinique a commis des fautes en tardant à reconnaître l'imputabilité au service de son accident puis en limitant l'imputabilité au service à l'arrêt de travail du 14 au 18 juin 2018, alors qu'il était victime de harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique.

11. En premier lieu, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. Pour tenter de démontrer les faits de harcèlement moral dont il expose avoir été victime, M. C fait valoir qu'il a pris ses fonctions au centre de services partagés interministériel de la plateforme Chorus en avril 2011, et qu'il a toujours fait l'objet d'appréciations extrêmement positives de sa hiérarchie, ce qui ressort effectivement des comptes rendus d'entretien professionnel qu'il produit. La situation s'est toutefois dégradée en mars 2018, lors de l'arrivée d'une nouvelle cheffe de service. M. C soutient avoir subi de la part de cette dernière un comportement qu'il qualifie d'odieux, celle-ci lui imposant une charge de travail déraisonnable et lui adressant des reproches injustifiés. Il se prévaut également d'une violente altercation avec celle-ci le 13 juin 2018, au cours de laquelle il a été victime d'un malaise, à l'origine, avec son syndrome anxio-dépressif, des arrêts de travail dont il a bénéficié jusqu'au 16 mars 2020. Toutefois, au soutien de ses allégations, l'intéressé se borne à produire un courrier qu'il a lui-même rédigé à l'intention du secrétaire général de la préfecture, bien après les faits allégués, ainsi que des arrêts de travail émis par son médecin traitant mentionnant un syndrome anxio-dépressif et des certificats médicaux établis sur ses déclarations. De tels éléments, qui ne sont étayés par aucun témoignage ou aucune pièce probante, ne permettent pas de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, alors même que l'accident du 13 juin 2018 a été reconnu imputable au service. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Martinique aurait commis une faute en ne le protégeant pas du harcèlement moral dont il expose être victime, alors au demeurant qu'il n'est ni établi ni même allégué que le requérant aurait sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle.

13. En deuxième lieu, si M. C soutient que le préfet de la Martinique a tardé à reconnaître l'imputabilité au service de son accident, il ressort des pièces du dossier, qu'alors que l'accident s'est produit le 13 juin 2018, l'intéressé n'a présenté sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service que le 21 novembre 2019, contribuant ainsi à l'allongement du délai. Après réception de cette demande, l'administration a saisi la commission de réforme par un courrier du 20 février 2020 et l'intéressé a été convoqué à une expertise qui s'est tenue le 7 juillet 2020. La réunion de la commission de réforme, initialement fixée au 26 novembre 2020, a d'ailleurs été reprogrammée le 2 février 2021 à la demande du requérant. Ce n'est qu'une fois que la commission de réforme s'est prononcée que le préfet de la Martinique a pu, le 20 avril 2021, édicter un arrêté reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident de M. C. Il résulte de ces énonciations qu'aucun retard dans la prise en charge du dossier de M. C ne saurait être reproché au préfet de la Martinique, qui n'a pas fait preuve de négligence ou de résistance abusive.

14. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède, qu'en limitant dans son arrêté du 20 avril 2021 l'imputabilité au service à l'arrêt de travail du 14 au 18 juin 2018, excluant ainsi les périodes postérieures, le préfet de la Martinique a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, alors que l'état de santé de l'intéressé présentait bien un lien avec son accident de service du 13 juin 2018.

Sur les préjudices :

15. En premier lieu, si M. C sollicite l'indemnisation de son préjudice financier résultant de l'absence de versement de son traitement et de prise en charge de ses frais médicaux, il ne justifie toutefois, s'agissant de sa perte de revenus, d'aucun préjudice qui n'aurait pas été réparé par les arrêtés postérieurs du préfet de la Martinique des 24 février et 11 mai 2022, qui l'ont placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 16 juillet au 16 août 2018 et du 17 septembre 2018 au 16 mars 2020, et lui ont ainsi permis de bénéficier rétroactivement de son plein traitement. De même, dans la mesure où l'exécution du présent jugement permettra à M. C d'obtenir le remboursement des frais qu'il a éventuellement exposés, pour ses soins entre le 19 juin et le 15 juillet 2018 et entre les 17 et 31 août 2018, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait subi un préjudice financier autre que celui dont la présente décision efface les effets.

16. En deuxième lieu, M. C sollicite l'indemnisation de son préjudice moral, au motif qu'il a vécu le refus de l'administration de reconnaitre l'imputabilité au service de son accident comme une forme de mépris et de discrimination et que ce refus lui a causé de lourdes difficultés financières. Toutefois, dans la mesure où l'accident s'est produit le 13 juin 2018 et que l'intéressé a attendu le 15 octobre 2019 pour solliciter la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident, il a lui-même contribué aux difficultés financières qu'il allègue avoir subies. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait subi un préjudice moral lié à sa perception de la prise en charge de son dossier par son employeur, justifiant le versement d'une indemnité.

17. En troisième lieu, si le requérant soutient qu'il subit un préjudice résultant de la perte de chance d'avoir pu bénéficier d'un avancement, il ne résulte pas de l'instruction que le refus de reconnaitre l'imputabilité au service de son état de santé pour les périodes postérieures au 18 juin 2018 ait pu avoir une quelconque incidence sur la carrière de l'intéressé, alors au demeurant que M. C n'a atteint le grade d'adjoint administratif principal de première classe qu'en juillet 2015 et ne justifie pas remplir les conditions d'ancienneté pour accéder au corps de secrétaire administratif, et ce quels que soient ses mérites et sa valeur professionnelle.

18. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser de ses préjudices. Ses conclusions indemnitaires doivent, dès lors, être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de liaison du contentieux.

Sur les dépens :

19. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de M. C tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C, en ce qui concerne l'imputabilité au service des arrêts de travail pendant les périodes du 16 juillet 2018 au 16 août 2018 et du 17 septembre 2018 au 16 mars 2020.

Article 2 : L'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le préfet de la Martinique a reconnu l'imputabilité au service de l'accident de M. C et de ses arrêts de travail du 14 au 18 juin 2018, est annulé en tant qu'il refuse de reconnaître l'imputabilité au service de l'état de santé de M. C pour les périodes du 19 juin 2018 au 15 juillet 2018 et du 17 au 31 août 2018.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Martinique de reconnaître l'imputabilité au service de l'état de santé de M. C pour les périodes du 19 juin 2018 au 15 juillet 2018 et du 17 au 31 août 2018, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre de l'économie, des finances et de la relance et au ministre de l'intérieur.

Copie du jugement sera adressée au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

A. ELa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'intérieur en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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