jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CLOIX & MENDES-GIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 août et 7 décembre 2021, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 4 février 2021 par laquelle le conseil municipal du Lamentin a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune, dans un délai de trois mois et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
2°) d'enjoindre au maire du Lamentin de procéder au classement de sa parcelle cadastrée section X n° 589 en zone urbanisée très rurale (UH5), à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de la commune du Lamentin au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rapport du commissaire enquêteur est insuffisamment motivé, faute d'indiquer les raisons ayant déterminé le sens de son avis et d'avoir formulé des recommandations à la commune afin que des emplacements soient réservés pour la construction d'équipements publics ;
- le classement de sa parcelle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où sa parcelle est morcelée en trois zonages différents ;
- cette situation constitue une méconnaissance du principe d'égalité ;
- le zonage de sa parcelle résulte d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il traduit une volonté de nuire.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 novembre 2021 et le 11 février 2022, la commune du Lamentin, représentée par Me Destarac, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions de la requête sont irrecevables dès lors qu'elles ne tendent pas à l'annulation d'une décision administrative précise et que ses conclusions aux fins d'annulation, qui se fondent sur l'article L. 480-7 du code de l'urbanisme, sont sans objet ;
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Destarac, représentant la commune du Lamentin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est propriétaire d'une parcelle non bâtie cadastrée section X n° 589, d'une superficie de 7 000 m2, située au lieu-dit Petite Rivière, sur le territoire de la commune du Lamentin. Par une délibération du 4 février 2021, le conseil municipal de la commune du Lamentin a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune. Le 1er juin 2021, Mme B a formé, auprès du maire du Lamentin, un recours gracieux tendant à ce que sa parcelle soit intégralement classée en zone constructible UH5, qui a fait l'objet d'une décision expresse de rejet le 24 juin 2021. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la délibération du 4 février 2021 par laquelle le conseil municipal du Lamentin a approuvé la révision du plan local d'urbanisme.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire ". Selon l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur () établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur () consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet () ". Ces dispositions obligent le commissaire enquêteur à apprécier les avantages et inconvénients du plan local d'urbanisme et à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
3. En l'espèce, le commissaire enquêteur, après avoir synthétisé l'ensemble des avis émis par les différentes personnes publiques consultées, ainsi que les observations présentées par la population lors de l'enquête publique, a émis son propre avis, favorable au projet de révision du plan local d'urbanisme. Il évoque également les raisons qui l'ont conduit à émettre cet avis, en particulier la nécessité de freiner l'étalement urbain, afin de ne pas transformer la commune du Lamentin " en une immense zone urbanisée du type des grandes banlieues de l'hexagone ". Le commissaire enquêteur précise par ailleurs que le plan local d'urbanisme pourrait être plus performant dans la prise en compte de la prévention des risques naturels et technologiques, et la redynamisation du centre-ville, de manière à limiter l'usage de la voiture. Ces remarques, ponctuées de considérations générales et de recommandations, figurant dans la conclusion finale du rapport permettent, malgré leur expression maladroite et leur caractère succinct, de comprendre les raisons pour lesquelles le commissaire enquêteur a émis un avis favorable au projet de plan local d'urbanisme, alors qu'il n'était pas tenu de faire état du nombre d'équipements scolaires existants et des besoins. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le commissaire enquêteur aurait dû inviter la commune du Lamentin à mettre en cohérence le diagnostic d'accroissement de la population et les documents prescriptifs, qui ne prévoient pas d'emplacements réservés pour la réalisation d'équipements publics correspondant aux besoins de la population future, dans la mesure où il ressort de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme que la détermination d'emplacements réservés pour la construction d'installations d'intérêt général n'est qu'une faculté pour les auteurs du plan local d'urbanisme. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le rapport du commissaire enquêteur serait insuffisamment motivé doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; / d) La sauvegarde des ensembles urbains et la protection, la conservation et la restauration du patrimoine culturel ; / e) Les besoins en matière de mobilité () ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à modifier le zonage ou les activités autorisées dans une zone déterminée, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain de Mme B, cadastré section X n° 589, précédemment classé en intégralité en zone agricole, a été divisé en trois portions par le plan local d'urbanisme révisé le 4 février 2021. La partie sud-ouest de la parcelle, directement contiguë à la route, est ainsi classée, sur une superficie de 2 798 m2, en zone urbanisée très rurale (UH5), au sein de laquelle les constructions sont autorisées, tandis que la partie nord de la parcelle demeure en zone agricole (A1), et le reste de la parcelle est en zone strictement agricole (A2). Ce terrain, qui n'est pas construit, est situé à l'est du territoire de la commune du Lamentin, le long de la route N1, qui délimite une zone urbanisée à l'ouest et une vaste zone agricole à l'est, hormis la présence d'un ilot classé en zone UH5. La parcelle de l'intéressée est ainsi bordée au nord et à l'est par des parcelles classées en zone agricole, qui ne sont pas construites. Si la parcelle adjacente en limite sud est quant à elle située en zone UH5, bien qu'elle soit nue, elle jouxte immédiatement un ensemble de maisons d'habitation qui sont également classées en zone UH5, au même titre que la partie sud du terrain de Mme B. Dans ces conditions, compte-tenu des orientations générales définies par le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme, qui visent notamment à limiter l'expansion urbaine et à préserver les espaces naturels et agricoles, les auteurs du plan local d'urbanisme de la commune du Lamentin ont pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, décider de classer une partie de la parcelle de Mme B en zone agricole. En outre, dès lors que les auteurs d'un plan local d'urbanisme ne sont pas tenus de respecter les limites cadastrales, les circonstances que le zonage défini par le plan local d'urbanisme ne se confond pas avec les limites parcellaires de sa propriété et que le classement de sa propriété poserait des difficultés pour déterminer la taille des surfaces cultivables et des surfaces ouvertes à l'urbanisation et générerait des nuisances, sont sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée, alors au demeurant que la cartographie numérique du plan local d'urbanisme est suffisamment précise pour mesurer, au sein de la parcelle, la superficie relevant de chacune des zones concernées. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, il est de la nature de toute règlementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi. Il s'ensuit que, compte-tenu de ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
7. En quatrième lieu, le détournement de pouvoir allégué par Mme B, qui se borne à soutenir, sans l'étayer, que le classement de sa parcelle a été décidé dans le but de lui nuire, ne ressort pas des pièces du dossier. Le moyen, à le supposer soulevé, n'est donc pas fondé, alors au demeurant que la décision contestée est partiellement favorable à la requérante, dès lors qu'elle a pour effet de classer sa parcelle, auparavant intégralement classée en zone agricole, en partie en zone urbanisée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la délibération du 4 février 2021 par laquelle le conseil municipal du Lamentin a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense. Il en va en tout état de cause de même des conclusions tendant au prononcé d'une astreinte.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune du Lamentin, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, alors au demeurant qu'elle n'est pas représentée par un avocat et ne justifie pas de frais d'instance. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros à verser à la commune du Lamentin au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera une somme de 1 500 euros à la commune du Lamentin en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune du Lamentin.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
La rapporteure,
A. CLa présidente,
H. Rouland-Boyer
La greffière,
J. Lemaitre
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026