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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100548

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100548

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTRILLAT MAGERAND BELTRAMINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 septembre 2021, le 20 septembre 2021 et le 4 mars 2022, la société Carenantilles, représentée par Me Trillat, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le préfet de la Martinique l'a mise en demeure de prendre les mesures nécessaires pour procéder au respect des prescriptions applicables à l'aire de carénage du Marin ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre les effets de cet arrêté dans l'attente d'une solution amiable ;

3°) en tout état de cause, de réserver les dépens d'instance.

Elle soutient que l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation dans la mesure où elle n'est pas à l'origine des désordres, qui résultent des travaux de modernisation mis en œuvre par la commune du Marin, et que les retards dans l'exécution des prescriptions fixées dans l'arrêté ne sont pas de son fait mais résultent de l'inertie de la commune du Marin et de la société martiniquaise des eaux, la mettant ainsi dans l'impossibilité de déférer à la mise en demeure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2021, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par la société Carenantilles est inopérant dès lors qu'il ne concerne pas la légalité de l'arrêté mais les conditions de son exécution.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire de la société Carenantilles, enregistré le 21 mars 2022, n'a pas été communiqué.

Par un mémoire, enregistré le 12 septembre 2022, la commune du Marin, représentée par Me Dumont, doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les pompes ont été remises en l'état et que des travaux concernant l'eau pluviale et le réseau incendie ont été exécutés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à ce que le tribunal suspende les effets de l'arrêté du 23 juillet 2021, dès lors qu'il n'appartient pas au juge du fond de connaître de conclusions tendant à une autre fin que l'annulation d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Beltramini, représentant la société Carenantilles.

Considérant ce qui suit :

1. La société Carenantilles a été autorisée, par un arrêté du préfet de la Martinique du 6 juin 2012, à exploiter l'aire de carénage du Marin, sur le fondement de l'article L. 214-3 du code de l'environnement, dans le cadre d'une délégation de service public conclue avec la commune du Marin le 23 décembre 2013. En raison de travaux de modernisation du centre de carénage initiés par la commune du Marin, le préfet de la Martinique a pris un nouvel arrêté le 15 janvier 2015 modifiant l'arrêté du 6 juin 2012 quant aux prescriptions incombant à la société Carenantilles et autorisant celle-ci à exploiter l'aire de carénage dans sa configuration réhabilitée et modernisée. Le 3 avril 2019 et le 21 juillet 2020, les agents de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement ont effectué des contrôles, au cours desquels ils ont constaté des manquements aux prescriptions des arrêtés précités de 2012 et 2015. Par un arrêté du 23 juillet 2021, le préfet de la Martinique a mis en demeure la société Carenantilles, sur le fondement de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, de prendre les mesures nécessaires pour procéder au respect des prescriptions applicables à l'aire de carénage du Marin. Par la présente requête, la société Carenantilles demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ou à défaut d'en suspendre les effets.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.- Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : / 1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; / 2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution par déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects de matières de toute nature et plus généralement par tout fait susceptible de provoquer ou d'accroître la dégradation des eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques, chimiques, biologiques ou bactériologiques, qu'il s'agisse des eaux superficielles, souterraines ou des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales ; / 3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ; / 4° Le développement, la mobilisation, la création et la protection de la ressource en eau ; () ".

3. Par ailleurs, l'article L. 214-3 du code de l'environnement dispose que : " I.- Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. / Cette autorisation est l'autorisation environnementale régie par les dispositions du chapitre unique du titre VIII du livre Ier, sans préjudice de l'application des dispositions du présent titre ". Et aux termes de l'article L. 171-8 du même code : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement () ".

4. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, le préfet peut mettre en demeure les exploitants de satisfaire aux conditions qui leur sont imposées. Saisi d'un recours de plein contentieux formé contre un arrêté préfectoral ayant pour objet de mettre en demeure de régulariser sa situation, le juge administratif peut être amené à constater que les mesures prescrites, qui étaient légalement justifiées lorsqu'elles ont été prises, ne sont plus nécessaires à la date où il statue. Il doit alors, non pas annuler l'arrêté attaqué car une telle annulation revêt un caractère rétroactif, mais seulement l'abroger pour l'avenir.

5. Par arrêté du 23 juillet 2021, le préfet de la Martinique a mis en demeure la société Carenantilles de prendre les mesures nécessaires pour procéder au respect des prescriptions applicables à l'aire de carénage du Marin, fixées aux articles 6 et 7 de l'arrêté du 15 janvier 2015. Estimant que les moyens d'analyse, de surveillance et de contrôle du dispositif de traitement des effluents n'ont pas été mis en place, que les manquements concernant les équipements des ouvrages hydrauliques de traitement des effluents sont susceptibles de porter atteinte aux performances de ce dispositif et d'impacter le milieu, et relevant qu'aucune convention de déversement dans le réseau d'assainissement collectif n'a été conclue, le préfet de la Martinique a mis en demeure la société Carenantilles de transmettre dans un délai de 15 jours à la police de l'eau un planning prévisionnel des travaux de réparation des équipements défectueux et les différentes mesures qu'elle envisage de prendre dans l'hypothèse de dysfonctionnements qui interviendraient avant la réalisation des travaux sur l'unité de pompage, qui devront être effectués dans un délai de trois mois. Il l'a également mise en demeure d'établir avec la communauté d'agglomération de l'Espace Sud Martinique la convention de rejet des eaux grises et noires dans le réseau collectif d'assainissement dans un délai de deux mois, et de transmettre à la police de l'eau dans un délai de 15 jours la procédure de surveillance des fissures et un point d'avancement de ses réflexions sur les travaux éventuels à réaliser ainsi que tout élément traduisant des avancées quant à l'enlèvement des réseaux présents dans le canal de surverse. Le préfet de la Martinique a enfin prescrit des mesures conservatoires tendant à mettre en place des analyses portant sur les rejets du bassin versant n°3 et un système alternatif de collecte et de traitement des eaux dans l'attente de la signature de la convention de rejet des eaux grises et noires dans le réseau collectif.

6. En effet, l'article 6 de l'arrêté du 15 janvier 2015 relatif aux prescriptions complémentaires en phase d'exploitation prévoit que l'exploitant est chargé de rédiger un règlement intérieur détaillant les droits et devoirs incombant à l'exploitant, à ses éventuels sous-traitants, aux artisans qui travaillent sur le chantier et aux clients qu'il veillera à faire appliquer. Cet article ajoute qu'avant de transférer les effluents dans le réseau d'assainissement public, l'exploitant de l'aire de carénage conclura avec l'exploitant et/ou le maître d'ouvrage de ce réseau une convention de déversement des eaux grises et noires des navires. Par ailleurs, l'article 7 de l'arrêté relatif aux moyens d'analyse, de surveillance et de contrôle complémentaires impose notamment une surveillance de la filière de traitement des eaux de ruissellement et des eaux souterraines. Or, il est constant que la société Carenantilles n'a pas conclu de convention de rejet des eaux grises et noires avec la société martiniquaise des eaux ni mis en place un système alternatif de collecte et de traitement des eaux dans l'attente de sa signature. La circonstance que la requérante a présenté depuis l'année 2020 une demande de raccordement des eaux grises et noires auprès de la Société martiniquaise des eaux ne saurait la libérer de ses obligations. Enfin, l'article III.4 de la convention de délégation de service public, conclue avec la commune du Marin le 23 décembre 2013, prévoit que la société Carenantilles est seule en charge des travaux d'entretien et de réparation des équipements techniques nécessaires au maintien de la propreté et de la sécurité du site, en particulier en ce qui concerne l'évacuation des matières usées. Or, la société requérante n'établit ni même n'allègue avoir mis en place des analyses portant sur les rejets du bassin versant n°3 " carénage des yachts " ni a fortiori en avoir transmis les résultats à la police de l'eau. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société Carenantilles ait mis en place une procédure de surveillance des fissures ni envisagé de réaliser des travaux à ce sujet, ni qu'elle ait prévu d'enlever les réseaux présents dans le canal de surverse. La circonstance que la société Carenantilles ne serait pas à l'origine des désordres, ayant conduit aux dysfonctionnements constatés, n'est pas de nature à remettre en cause son obligation de se conformer aux prescriptions techniques, qui lui sont assignées pour l'exploitation du centre de carénage. En effet, l'intéressée ne peut utilement se prévaloir de la responsabilité des constructeurs dans l'apparition de ces désordres ni de l'inertie de la commune du Marin, qui serait selon elle la seule personne à même de répondre aux prescriptions, dans la mesure où il résulte notamment de l'article 7.5 de l'arrêté du 6 juin 2012 que l'exploitant doit mettre en œuvre les procédures et moyens permettant de prévenir et de lutter contre les pollutions accidentelles lors de l'exploitation de l'installation. Ainsi, et alors qu'il incombait à la société Carenantilles, en sa qualité d'exploitante de l'aire du carénage du Marin, de respecter les prescriptions en matière de protection des milieux aquatiques, notamment en ce qui concerne le traitement des effluents, résultant des arrêtés de 2012 et 2015 portant autorisation environnementale, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Martinique aurait commis une erreur d'appréciation en prenant à son égard une mise en demeure de prendre les mesures nécessaires pour procéder au respect des prescriptions applicables à l'aire de carénage du Marin, sur le fondement de l'article L. 171-8 du code de l'environnement.

7. Par ailleurs, si la commune du Marin expose que les câbles d'alimentation et le disjoncteur de la pompe de relevage ont été remis en état, dans le courant du mois de mars 2022, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que les mesures prescrites par le point 1 de l'article 2 de l'arrêté en litige ne seraient plus nécessaires à la date du présent jugement, dans la mesure où les services de contrôle de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de la Martinique ne se sont pas encore rendus sur les lieux, afin de vérifier que les travaux effectués répondent aux exigences imposées par la mise en demeure.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Carenantilles tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le préfet de la Martinique l'a mise en demeure de prendre les mesures nécessaires pour procéder au respect des prescriptions applicables à l'aire de carénage du Marin, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

9. Il n'appartient pas au juge du fond de connaître de conclusions tendant à une autre fin que l'annulation d'une décision administrative. Il s'ensuit que les conclusions de la société Carenantilles, tendant à ce que le tribunal suspende les effets de l'arrêté du 23 juillet 2021, sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à réserver les dépens d'instance :

10. La présente instance n'ayant généré aucun dépens, les conclusions de la requête tendant à réserver les dépens d'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Carenantilles est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Carenantilles, à la commune du Marin et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

A. BLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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