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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100604

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100604

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELASU SAINT-AIME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 octobre 2021 et le 25 juillet 2022, Mme B A, représentée par la SELASU Saint-Aime, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle le directeur régional de Pôle emploi Martinique l'a définitivement positionnée dans l'emploi " conseillère emploi " de la filière " relation de service " du niveau d'emploi 2.2 de la catégorie 2, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 9 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur régional de Pôle emploi Martinique de la positionner dans l'emploi " chargé de relation de service " de la filière " relation de service " de niveau 3.1 de la catégorie 3, avec effet rétroactif au 1er mars 2021, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de statuer sur les dépens " comme de droit " ;

4°) de mettre la somme de 4 000 euros à la charge de Pôle emploi Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 21 avril 2021 est entachée d'incompétence, dès lors qu'elle doit s'analyser comme une sanction, qui devait être prise par le directeur général de Pôle emploi après avis du conseil de discipline ; seul le directeur général de Pôle emploi était compétent pour statuer sur son positionnement ;

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées, en méconnaissance du 2° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision du 21 avril 2021 est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où elle n'a pas été précédée de la procédure disciplinaire ni de l'avis de la commission consultative paritaire ;

- elle méconnait l'article 16 du décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure, dès lors qu'elle est destinée à lui infliger une sanction, dans le cadre du harcèlement moral qu'elle subit ;

- elle est discriminatoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 et 20 juin 2022 et le 27 septembre 2022, Pôle emploi, représenté par la SCP Lonqueue - Sagalovitsch - Eglie-Richters et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dans la mesure où elle est dirigée contre une décision superfétatoire qui ne fait pas grief à Mme A ;

- l'ensemble des moyens de la requête sont inopérants dès lors que le directeur régional était en situation de compétence liée pour positionner Mme A sur un emploi de niveau 2.2 de la catégorie 2, en application de l'article 26 du décret n° 2021-81 du 28 janvier 2021 ;

- les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du vice de forme et du vice de procédure sont inopérants, dès lors que la décision contestée ne constitue pas une sanction déguisée ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée ;

- le décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent contractuel de droit public à l'agence Pôle emploi de Schœlcher, exerçait en dernier lieu l'emploi de conseiller référent de la filière " conseil à l'emploi ", de niveau d'emploi III. Elle a été destinataire de deux courriers du directeur général adjoint de Pôle emploi en date des 22 et 27 février 2021, l'informant que, conformément au nouveau dispositif de classement des emplois mis en place au 1er février 2021, elle était positionnée au 9ème échelon de la catégorie 2, niveau d'emploi 2.2, et qu'elle était désormais rattachée à l'emploi de " conseillère emploi " du métier " conseil " de la filière " relation de service ". Mme A a alors saisi la commission consultative paritaire locale, qui a rendu un avis défavorable à sa demande de révision de son rattachement le 12 avril 2021. Par une décision n° 08/2021 du 21 avril 2021, le directeur régional de Pôle emploi Martinique a confirmé le positionnement de Mme A, classée en catégorie 2 niveau d'emploi 2.2, dans l'emploi " conseillère emploi " de la filière " relation de service ". L'intéressée a formé un recours gracieux, le 9 juin 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision du 21 avril 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi : " Les agents mentionnés à l'article 1er sont répartis, en fonction de leur emploi, dans l'une des catégories d'emplois 1, 2, 3 et 4 et dans l'une des trois filières suivantes : relation de service, support et management. / La catégorie d'emplois 1 comporte deux niveaux d'emplois (1.1 et 1.2), les catégories d'emplois 2 et 3 comportent chacune trois niveaux d'emplois (2.1, 2.2, 2.3, 3.1, 3.2 et 3.3) et la catégorie d'emplois 4 comporte un niveau d'emploi (4). / Les filières relation de service et support comportent les catégories d'emplois 1, 2, 3 et 4, la filière management comporte les catégories d'emplois 3 et 4. / Les emplois sont classés dans les différentes catégories d'emplois par décision du directeur général ".

3. D'autre part, il résulte du tableau de correspondance de l'article 26 du décret du 28 janvier 2021 modifiant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, que les agents mentionnés à l'article 1er du décret du 31 décembre 2003 en fonction à la date d'entrée en vigueur du présent décret, qui étaient classés au 9e échelon du niveau d'emploi III, sont désormais reclassés au 9e échelon du niveau d'emploi 2.2. Par ailleurs, l'article 27 de ce décret dispose que : " Dans le mois qui suit l'entrée en vigueur du présent décret, l'agent se voit notifier son positionnement dans un emploi et une filière du référentiel des métiers de Pôle emploi. L'agent qui conteste ce rattachement peut saisir la commission paritaire compétente dans un délai d'un mois à compter de la date de la notification. / La commission paritaire rend un avis sur la contestation dans un délai d'un mois à compter de sa saisine et peut demander au directeur général la révision du positionnement contesté. Le directeur général notifie à l'agent, dans les quinze jours qui suivent l'avis de la commission paritaire, son positionnement définitif ". Enfin, il ressort de la décision n° 2021-26 du 29 janvier 2021 du directeur général de Pôle emploi relative à la classification des emplois des agents contractuels de droit public de Pôle emploi, que le niveau d'emploi 2.2 de la filière " relation de service " correspond à la catégorie d'emploi " conseiller relation de service supérieur 2e classe ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, jusqu'au 1er février 2021, Mme A était positionnée au 9e échelon, indice 523, du niveau d'emploi III dans la filière " conseil à l'emploi " et occupait les fonctions de conseiller référent. Elle a été informée, par courriers des 22 et 27 février 2021, qu'elle était désormais positionnée au 9e échelon, indice 526, de la catégorie 2, niveau d'emploi 2.2 " conseiller relation de service supérieur 2ème classe ", et occupait en conséquence l'emploi de " conseillère emploi " du métier " conseil " de la filière " relation de service ". A la suite de l'avis défavorable émis par la commission consultative paritaire locale le 12 avril 2021, le directeur régional de Pôle emploi Martinique a confirmé le positionnement de Mme A. Si la requérante se prévaut de l'illégalité de cette décision au motif notamment qu'elle aurait dû être reclassée au niveau 3.3, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'administration était tenue, en application de l'article 26 du décret du 28 janvier 2021, de reclasser Mme A dans le 9e échelon du niveau d'emploi 2.2, sans porter aucune appréciation sur les faits de l'espèce, dans la mesure où le reclassement présente un caractère automatique et s'impose tant à l'administration qu'à l'agent concerné. Ainsi, seuls les agents occupant précédemment un emploi de niveau IV pouvaient être reclassés au niveau 3.1. Dans la mesure où la requérante doit être regardée comme contestant uniquement son reclassement au niveau 2.2 de la catégorie 2, mais ne remet nullement en cause son rattachement à la filière " relation de service " et à son emploi, l'ensemble de ses moyens, qui ne critiquent pas cette situation de compétence liée, doivent être écartés comme inopérants.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 21 avril 2021 par laquelle le directeur régional de Pôle emploi Martinique l'a définitivement positionnée dans l'emploi " conseillère emploi " de la filière " relation de service " du niveau d'emploi 2.2 de la catégorie 2, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les dépens :

8. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de Mme A relatives aux dépens doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Pôle Emploi, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par Pôle Emploi au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à Pôle emploi.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- M. de Palmaert, premier conseiller,

- Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

A. CLa présidente,

H. Rouland-Boyer

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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