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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100608

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100608

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL DORWLING-CARTER CELCAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2021, Mme C B, représentée par la Selarl Dorwling-Carter-Celcal, demande au tribunal :

1°) d'annuler partiellement l'arrêté du 11 mars 2021 du préfet de la Martinique, en tant qu'il refuse l'autorisation de défricher une surface de 26 ares et 61 centiares sur la parcelle dont elle est propriétaire, située au lieu-dit Beauséjour sur le territoire de la commune du Robert, ensemble la décision du 28 juin 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a entaché son arrêté d'erreur d'appréciation dès lors que son projet de construction a été autorisé au vue d'études de sol et de risques, et qu'il respecte l'ensemble des prescriptions du plan de prévention des risques naturels ;

- son projet de construction respecte l'ensemble des règles du plan local d'urbanisme de la commune du Robert ;

- une partie des surfaces pour lesquelles l'autorisation de défrichement a été refusée comprenaient un espace déboisé de 10 ares et 45 centiares non soumis à autorisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 23 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B est propriétaire d'une parcelle d'une superficie de 36 ares et 96 centiares située au lieu-dit Beauséjour sur le territoire de la commune du Robert. Par arrêté du maire du 24 avril 2019, elle a obtenu la délivrance d'un permis de construire portant sur l'édification sur cette parcelle d'un bâtiment à usage d'habitation d'une surface de plancher de 145 m². Le 2 décembre 2020, afin de pouvoir mener à bien son projet immobilier, elle a sollicité auprès du préfet de la Martinique l'autorisation de défricher la parcelle. Par arrêté du 11 mars 2021, le préfet de la Martinique a délivré une dispense d'autorisation de défrichement d'une portion de cette parcelle, à hauteur de 10 ares et 35 centiares, et refusé le défrichement de la portion restante, soit de 26 ares et 61 centiares. L'intéressée a alors formé un recours gracieux par courrier daté du 20 mai 2021, qui a été rejeté par décision expresse du 28 juin 2021. Dans la présente instance, Mme B demande au tribunal administratif d'annuler partiellement l'arrêté du préfet de la Martinique du 11 mars 2021, en tant qu'il refuse l'autorisation de défrichement pour une surface de 26 ares et 61 centiares, ainsi que la décision du 28 juin 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. L'article L. 341-5 du code forestier dispose : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : / 1° Au maintien des terres sur les montagnes ou sur les pentes ; / () 9° A la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches. " Aux termes du plan de prévention des risques naturels applicable sur le territoire de la commune du Robert : " () Zone orange. Mouvement de terrain () Déboisements et défrichement des sols : Autorisé dans le cadre d'un aménagement global. Dans le respect du code forestier () Zone orange bleu. Mouvement de terrain () Déboisements et défrichement des sols : Autorisé dans le respect des conclusions de l'étude de risque. Dans le respect du code forestier () ".

3. En l'espèce, pour refuser à Mme B le déboisement partiel de sa parcelle, sur une superficie de 26 ares et 61 centiares, le préfet de la Martinique s'est fondé sur les 1° et 9° cités précédemment de l'article L. 341-5 du code forestier en retenant que le massif forestier dont fait partie la parcelle est nécessaire, d'une part, au maintien des terres sur les montagnes ou sur les pentes et, d'autre part, à la protection des personnes et des biens contre les risques naturels de mouvement de terrain ou inondation.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies aériennes annexées à l'arrêté attaqué du 11 mars 2021, que le préfet de la Martinique a délivré une dispense d'autorisation de défricher sur la partie est de parcelle, sur une surface non boisée de 10 ares et 35 centiares. Cette surface recoupe en totalité les surfaces déboisées qui avaient fait l'objet du constat de non boisement établi par les services de l'office national des forêts le 10 avril 2019 pour une superficie légèrement supérieure de 10 ares et 45 centiares qui incluait également la parcelle adjacente d'une surface de 15 centiares dont est également propriétaire Mme B. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de la Martinique n'a nullement opposé un refus de défrichement pour tout ou partie de la surface de 10 ares et 45 centiares qui avait fait l'objet du constat de non boisement du 10 avril 2019. Le moyen d'erreur de fait soulevé sur ce point n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, la parcelle de Mme B constitue un haut de versant, exposé Est, donnant sur la baie du Robert, situé à une altitude comprise en 100 et 140 m d'altitude, en contrebas d'un morne culminant à une altitude de 164 m. A ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de reconnaissance de l'état des bois à défricher et de l'étude géotechnique, que la parcelle litigieuse a fait l'objet d'un terrassement et comporte depuis lors des parties non boisées constituées d'un chemin d'accès, d'une plateforme ainsi que des talus de déblais et remblais présentant des pentes allant jusqu'à 70° par rapport à l'horizontal, pour lesquels le préfet de la Martinique a délivré une dispense d'autorisation de défricher. La partie de la parcelle pour laquelle le préfet a opposé un refus de déboisement est constituée d'une pente densément boisée inclinée d'environ 30 à 35° par rapport à l'horizontal, jonchée de très nombreux blocs rocheux. Cette partie de la parcelle, classée partiellement en zone orange-bleu et en zone orange par le plan de prévention des risques naturels, est soumise à un aléa de mouvement de terrain fort (rouge) pour ce qui concerne les glissements de terrain, les chutes de blocs et les effondrements. Si Mme B se prévaut du certificat d'étude de risque qu'elle avait joint à sa demande de permis de construire, lequel indique que son projet de construction d'un bâtiment à usage d'habitation d'une surface de plancher de 145 m² est possible moyennant des prescriptions techniques particulières, notamment de renforcement des talus, il ressort toutefois des termes mêmes de l'arrêté de permis de construire que lui a délivré le maire de la commune du Robert le 24 avril 2019 que l'ensemble des travaux projetés sont situés dans la partie non boisée de la parcelle pour laquelle le préfet de la Martinique a délivré une dispense d'autorisation de défricher. Dans ces conditions, alors même que le procès-verbal de reconnaissance de l'état des bois à défricher fait état d'un risque élevé de départs terrigène fort en cas de mise à nu du terrain, le préfet de la Martinique a légalement pu, sans méconnaître les dispositions citées précédemment des 1° et 9° de l'article L. 341-5 du code forestier, refuser de délivrer l'autorisation de défrichement sollicitée pour la partie boisée de la parcelle, d'une superficie de 26 ares et 61 centiares. Le moyen d'erreur d'appréciation soulevé sur ce point n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, eu égard à l'indépendance entre la législation relative à l'urbanisme et celle relative au défrichement, la circonstance que le projet de construction de Mme B respecterait l'ensemble des règles du plan local d'urbanisme de la commune du Robert est sans influence sur la légalité de l'arrêté du préfet de la Martinique lui refusant partiellement l'autorisation de défrichement sollicitée. Le moyen soulevé sur ce point est dès lors inopérant. Il doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à contester la légalité des décisions attaquées du préfet de la Martinique. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Wallerich, président,

- M. de Palmaert, premier conseiller,

- M. Phulpin, conseiller.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

V. D

Le président,

M. ELe greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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