jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100624 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JURISCARIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 octobre 2021 et le 20 mai 2022, M. C B, représenté par la SELARL Boissy avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de Fort-de-France a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste à compter du 15 juin 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Fort-de-France de le réintégrer dans ses précédentes fonctions, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Fort-de-France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de radiation des cadres est insuffisamment motivée ;
- la mise en demeure de reprendre son poste est irrégulière dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée, qu'elle ne comporte pas de date butoir précise et qu'elle ne l'a pas mis en mesure de comprendre le risque de radiation des cadres encouru ;
- la décision de radiation des cadres est entachée d'erreur d'appréciation dans la mesure où il justifie d'un motif valable pour ne pas avoir repris son poste.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, la commune de Fort-de-France, représentée par l'AARPI Les avocats réunis, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens et la somme de 4 000 euros soient mis à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- les observations de M. B,
- et les observations de Me Nicolas, représentant la commune de Fort-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique principal de 2e classe qui exerce ses fonctions au sein des services de la commune de Fort-de-France, a cessé de se présenter à son poste pour la dernière fois, le 1er novembre 2020. Par un arrêté du 14 juin 2021, le maire de Fort-de-France a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste, à compter du 15 juin 2021. M. B a alors formé un recours gracieux contre cette décision le 16 juin 2021, qui a fait l'objet d'une décision expresse de rejet le 30 septembre 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé. Elle peut alors procéder à la radiation de l'agent pour abandon de poste.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision contestée vise les textes applicables, en particulier la loi du 13 juillet 1983 et la loi du 26 janvier 1984. Elle indique par ailleurs que M. B est en situation d'absence injustifiée depuis le 1er novembre 2020 et qu'il n'a depuis lors pas repris ses fonctions, malgré la notification d'une mise en demeure de réintégrer le service en date du 23 avril 2021, l'informant qu'il serait radié des cadres en cas de refus d'obtempérer. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et l'intéressé était parfaitement à même de comprendre les motifs ayant déterminé l'appréciation de l'administration. La décision en litige ne peut, dès lors, être regardée comme entachée d'insuffisance de motivation du seul fait qu'elle vise malencontreusement une disposition inexistante et qu'elle omet de préciser que le pli contenant la mise en demeure n'a pas été retiré par l'intéressé. Il s'ensuit que le moyen manque en fait et doit être écarté.
5. En second lieu, en cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
6. M. B, après avoir fait l'objet d'une mise en demeure le 22 août 2019, a été destinataire d'une seconde mise en demeure, le 12 novembre 2020, lui indiquant qu'en l'absence de reprise de ses fonctions au plus tard le 16 novembre 2020 il s'exposait à une procédure d'abandon de poste. Enfin, par une lettre du 23 avril 2021, le maire de Fort-de-France a mis M. B en demeure de fournir tout élément permettant de justifier son absence, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la date de notification de ce courrier, ce qui ne laissait, contrairement à ce que soutient le requérant, aucun doute possible sur le délai qui lui était imparti pour y déférer. Cette lettre l'a informé que, passé ce délai, s'il n'avait pas régularisé sa situation, il serait radié des cadres pour abandon de poste sans procédure disciplinaire. A cet égard, le requérant ne peut sérieusement soutenir que cette mise en demeure serait irrégulière dans la mesure où elle fait suite à deux précédentes mises en demeure, rédigées dans des termes similaires, auxquelles il n'a pas déféré sans avoir toutefois été radié des cadres, pouvant ainsi lui laisser supposer que l'administration n'y donnerait pas suite. En effet, la circonstance que la commune de Fort-de-France ait fait preuve de mansuétude en laissant plusieurs opportunités à l'intéressé de reprendre son poste n'a pu générer aucune incertitude sur le risque qu'encourrait M. B en l'absence de reprise de son poste, indiqué sans ambiguïté dans la mise en demeure du 23 avril 2021. Par ailleurs, le pli contenant cette mise en demeure a été présenté au domicile de M. B le 27 avril 2021, en recommandé avec accusé de réception. Il a, cependant, été renvoyé à l'administration avec la mention " pli avisé non réclamé ", M. B s'étant abstenu de se rendre au bureau de poste pour le retirer. Si le requérant soutient qu'aucun avis de passage n'a été laissé dans sa boîte aux lettres, il n'apporte toutefois aucun commencement de preuve, susceptible de remettre en cause les mentions claires et concordantes portées sur l'enveloppe. Dans ces conditions, la mise en demeure du 23 avril 2021 doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à la date de sa présentation, soit le 27 avril 2021, sans que la commune n'ait été tenue d'engager de démarches supplémentaires telles qu'une remise en main propre du courrier. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée n'aurait pas été précédée d'une mise en demeure régulière doit être écarté.
7. En troisième lieu, M. B ne démontre ni même n'allègue s'être présenté à son poste de travail ou avoir fourni le moindre élément permettant de justifier de son absence dans le délai de quarante-huit heures imparti par la mise en demeure, ni d'ailleurs à un quelconque autre moment de la procédure. L'intéressé ne justifie, pas plus dans la présente instance que devant l'administration, d'aucune impossibilité, d'ordre matériel ou médical, de nature à justifier une impossibilité ou un retard à reprendre son poste, celui-ci se bornant à soutenir que son état de santé l'empêchait de reprendre ses fonctions, sans en justifier aucunement par la production d'une pièce médicale ni apporter de précision sur la nature des affections dont il allègue souffrir. Dans ces conditions, en refusant de rejoindre son poste sans motif, M. B s'est placé dans une situation telle qu'il a rompu le lien avec son service. Le maire de Fort-de-France était dès lors fondé à prononcer la radiation des cadres de l'intéressé pour abandon de poste.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de Fort-de-France a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste à compter du 15 juin 2021 et du rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les dépens :
11. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de la commune de Fort-de-France tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de M. B doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Fort-de-France, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Fort-de-France au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera une somme de 1 000 euros à la commune de Fort-de-France en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Fort-de-France.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La rapporteure,
A. DLa présidente,
H. Rouland-Boyer
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026