jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100662 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JURISCARIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 octobre 2021, M. C D, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique à lui verser la somme de 37 818,30 euros en réparation du préjudice subi du fait de la privation de son traitement entre le 1er mai et le 31 octobre 2021, ainsi qu'une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral, sommes assorties des intérêts au taux légal à compter de la date de la demande préalable ;
2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision implicite rejetant sa demande d'indemnisation n'est pas motivée ;
- la communauté d'agglomération avait l'obligation de le rémunérer jusqu'à sa réintégration au ministère des armées ;
- l'arrêté du 3 mars 2021 mettant fin à son détachement n'est pas motivé ;
- il n'a pas été mis à même de consulter son dossier préalablement à l'entretien relatif à la fin de son détachement ;
- les délais réglementaires, prévus pour les fins anticipées de détachement, ont été méconnus ;
- il a fait l'objet d'un traitement particulièrement défavorable et subi diverses humiliations dans l'exercice de ses fonctions, l'obligeant à cesser le travail à compter du 11 février 2021 pour raisons de santé ;
- la communauté d'agglomération n'a pas pris en charge son retour en métropole ;
- son éviction a été brutale et définitive ;
- la communauté d'agglomération a commis une faute en le privant de son traitement entre le 1er mai 2021 et le 31 octobre 2021 ;
- son préjudice financier correspond au montant des rémunérations qu'il aurait dû percevoir jusqu'à la fin de son détachement, soit 37 818,30 euros ;
- son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique, représenté par Me Nicolas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les fautes alléguées ne sont pas établies et que, en tout état de cause, le requérant ne justifie pas suffisamment ses préjudices.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 11 janvier 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Nicolas, avocat de la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, administrateur civil hors classe, a été détaché par le ministère des armées auprès de la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique pour une durée de trois ans à compter du 1er novembre 2018, pour y occuper les fonctions de directeur général des services. Par un arrêté du 3 mars 2021, le président de cette communauté d'agglomération a mis fin par anticipation au détachement de M. D avec effet au 1er mai 2021. Le tribunal a annulé cette décision, pour vice de forme, par un jugement n° 2100258 du 17 mars 2022. Par un courrier du 25 juin 2021, M. D a présenté à l'administration une demande indemnitaire, implicitement rejetée. Par la présente requête, il demande la condamnation de la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique à l'indemniser des préjudices financier et moral qu'il estime avoir subis à raison de la fin anticipée de son détachement.
Sur la responsabilité :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / Il est prononcé sur la demande du fonctionnaire. / Le détachement est de courte ou de longue durée. / Il est révocable. () / Le fonctionnaire détaché remis à la disposition de son administration d'origine pour une cause autre qu'une faute commise dans l'exercice de ses fonctions, et qui ne peut être réintégré dans son corps d'origine faute d'emploi vacant, continue d'être rémunéré par l'organisme de détachement jusqu'à sa réintégration dans son administration d'origine. / () / A l'expiration de son détachement, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réintégré dans son corps d'origine. () ". Aux termes de l'article 24 du décret du 16 septembre 1985, applicable aux fonctionnaires de l'Etat, y compris lorsqu'ils sont détachés au sein d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public de coopération intercommunale : " Il peut être mis fin au détachement avant le terme fixé par l'arrêté le prononçant soit à la demande de l'administration ou de l'organisme d'accueil, soit de l'administration d'origine. / Lorsqu'il est mis fin au détachement à la demande de l'administration ou de l'organisme d'accueil, le fonctionnaire continue, si son administration d'origine ne peut le réintégrer immédiatement, à être rémunéré par l'administration ou l'organisme d'accueil jusqu'à ce qu'il soit réintégré, à la première vacance, dans son administration d'origine. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'administration d'origine, en tant qu'autorité investie du pouvoir de nomination, est seule compétente pour mettre fin au détachement d'un fonctionnaire avant le terme fixé par l'arrêté prononçant le détachement. En outre, saisie d'une demande en ce sens par l'administration ou l'organisme d'accueil, elle est tenue d'y faire droit et si elle ne peut réintégrer immédiatement le fonctionnaire, celui-ci continue à être rémunéré par l'administration ou l'organisme d'accueil jusqu'à ce qu'il soit réintégré à la première vacance.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 3 mars 2021, la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique a mis fin aux fonctions de M. D, détaché sur un emploi fonctionnel, à compter du 1er mai 2021, soit avant le terme de son détachement fixé au 31 octobre 2021, sans que l'administration d'origine ne soit saisie d'une demande de réintégration de la part de la collectivité d'accueil. Dès lors, la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique a, en refusant de continuer à lui verser sa rémunération dans l'attente de sa réintégration, méconnu les dispositions précitées de l'article 24 du décret du 16 septembre 1985, et ainsi commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à solliciter la réparation des préjudices qu'il estime avoir subi à raison du non-versement de sa rémunération à compter du 1er mai 2021.
6. En second lieu, si le requérant fait valoir le contexte dans lequel est intervenue la fin anticipée de son détachement, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait fait l'objet, au cours de son détachement d'un traitement vexatoire et humiliant de la part de la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la collectivité aurait commis, à ce titre, une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur l'évaluation des préjudices :
7. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait commis une faute de nature à minorer son droit à réparation du fait de la faute commise par la collectivité en refusant de lui verser sa rémunération pendant la période du 1er mai 2021 au 31 octobre 2021.
8. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période indemnisée. L'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant exact de l'indemnité due à M. D. Dès lors, il y a lieu de renvoyer le requérant devant la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique pour qu'il soit procédé à la liquidation de la somme correspondante, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 juin 2021, date de réception par l'administration de la demande indemnitaire.
9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il n'est pas établi que M. D aurait été victime d'un traitement vexatoire et humiliant. Toutefois, il est constant que M. D a été privé de sa rémunération pendant une durée de six mois. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral, compte tenu du peu de précisions apportées par le requérant pour le justifier, en le fixant à 500 euros tous intérêts compris à la date de la présente décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
11. Le présent jugement implique nécessairement que la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique détermine le montant exact de l'indemnité due à M. D en application des principes rappelés aux points 7 et 8 ci-dessus, et lui verse la somme correspondante. Il y a lieu d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder à cette liquidation et ce versement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique la somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique est condamnée à verser à M. D une indemnité dans les conditions précisées aux points 7 et 8 de la présente décision.
Article 2 : M. D est renvoyé devant la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique pour qu'il soit procédé à la liquidation et au versement de cette indemnité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique est condamnée à verser à M. D la somme de 500 euros en réparation de son préjudice moral.
Article 4 : La communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la communauté d'agglomération du Pays Nord Martinique.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
La présidente,
H. Rouland-Boyer
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026