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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100783

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100783

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DIDIER, PINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2100783 le 30 décembre 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 mars 2022, la SA Usine du Marin, représentée par la SCP Hélène Didier et François Pinet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née suite à sa demande datée du 22 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne, agissant au nom de l'Etat, a refusé, d'une part, de dresser, conformément à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, un procès-verbal constatant l'illégalité de constructions édifiées sans autorisation par les occupants sans droit ni titre du terrain dont elle est propriétaire, situé lieu-dit Habitation Anse Noire sur le territoire de la commune de Sainte-Anne, et, d'autre part, d'édicter un arrêté ordonnant l'interruption de ces travaux de construction, en application de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser un procès-verbal d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif de travaux, dans le délai de dix jours et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a informé le maire de Sainte-Anne que les occupants sans droit ni titre de son terrain ont entrepris depuis 2001 l'édification de constructions nouvelles à usage d'habitation, sans être titulaires d'aucune autorisation d'urbanisme ;

- ces constructions étaient interdites par le plan d'occupation des sols de la commune, applicable jusqu'au 27 septembre 2018, qui classait le terrain en zones naturelles NC et I ND ;

- elle méconnaissent l'article L. 111-3 du règlement national d'urbanisme, applicable depuis le 27 septembre 2018, dès lors que le terrain n'est pas situé dans les parties actuellement urbanisées de la commune ;

- tous les éléments constitutifs des infractions pénales réprimées par les articles L. 610-1 et L. 480-4 du code de l'urbanisme sont ainsi caractérisés ;

- le maire de la commune de Sainte-Anne, qui a la qualité d'officier de police judiciaire, était tenu de dresser un procès-verbal d'infraction en application du 3e alinéa de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ;

- il était également tenu d'édicter un arrêté interruptif de travaux, en application de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme ;

- la situation s'est aggravée postérieurement à la décision attaquée puisque les occupants sans droit ni titre des parcelles ont poursuivi les travaux.

La procédure a été régulièrement communiquée à la commune de Sainte-Anne et au préfet de la Martinique, qui n'ont produit aucune observation avant la clôture de l'instruction, malgré une lettre de mise en demeure qui leur a été adressée par courrier du 25 mai 2022.

Par ordonnance du 5 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire en défense du préfet de la Martinique, enregistré le 5 décembre 2022, et ses pièces complémentaires, enregistrées le 7 décembre 2022, n'ont pas été communiqués.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire en défense de la commune de Sainte-Anne, enregistré le 7 décembre 2022, n'a pas été communiqué.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200170 le 15 mars 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 mars 2022, la SA Usine du Marin, représentée par la SCP Hélène Didier et François Pinet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née suite à sa demande datée du 6 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne, agissant au nom de l'Etat, a refusé, d'une part, de dresser, conformément à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, un procès-verbal constatant l'illégalité de constructions édifiées sans autorisation par les occupants sans droit ni titre du terrain dont elle est propriétaire, situé lieu-dit Habitation Anse Noire sur le territoire de la commune de Sainte-Anne, et, d'autre part, d'édicter un arrêté ordonnant l'interruption de ces travaux de construction, en application de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser un procès-verbal d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif de travaux, dans le délai de dix jours et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a informé le maire de Sainte-Anne que les occupants sans droit ni titre de son terrain ont entrepris depuis 2001 l'édification de constructions nouvelles à usage d'habitation, sans être titulaires d'aucune autorisation d'urbanisme ;

- ces constructions étaient interdites par le plan d'occupation des sols de la commune, applicable jusqu'au 27 septembre 2018, qui classait le terrain en zones naturelles NC et I ND ;

- elle méconnaissent l'article L. 111-3 du règlement national d'urbanisme, applicable depuis le 27 septembre 2018, dès lors que le terrain n'est pas situé dans les parties actuellement urbanisées de la commune ;

- tous les éléments constitutifs des infractions pénales réprimées par les articles L. 610-1 et L. 480-4 du code de l'urbanisme sont ainsi caractérisés ;

- le maire de la commune de Sainte-Anne, qui a la qualité d'officier de police judiciaire, était tenu de dresser un procès-verbal d'infraction en application du 3e alinéa de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ;

- il était également tenu d'édicter un arrêté interruptif de travaux, en application de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme ;

- la situation s'est aggravée postérieurement à la décision attaquée puisque les occupants sans droit ni titre des parcelles ont poursuivi les travaux.

La procédure a été régulièrement communiquée à la commune de Sainte-Anne, qui n'a produit aucune observation, malgré une lettre de mise en demeure qui lui a été adressée par courrier du 25 mai 2022.

Par ordonnance du 5 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire en défense de la commune de Sainte-Anne, enregistré le 7 décembre 2022, n'a pas été communiqué.

III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200334 le 1er juin 2022, la SA Usine du Marin, représentée par la SCP Hélène Didier et François Pinet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande datée du 21 mars 2022 tendant, d'une part, à ce qu'il mette en demeure le maire de la commune de Sainte-Anne de dresser un procès-verbal constatant l'illégalité de constructions édifiées sans autorisation par les occupants sans droit ni titre du terrain dont elle est propriétaire, situé lieu-dit Habitation Anse Noire sur le territoire de la commune de Sainte-Anne, conformément à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, et d'édicter un arrêté ordonnant l'interruption de ces travaux de construction, en application de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, et, d'autre part, à ce qu'il prescrive lui-même l'interruption de ces travaux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de dresser un procès-verbal d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif de travaux, dans le délai de dix jours et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les occupants sans droit ni titre de son terrain ont entrepris depuis 2001 l'édification de constructions nouvelles à usage d'habitation, sans être titulaires d'aucune autorisation d'urbanisme ;

- ces constructions étaient interdites par le plan d'occupation des sols de la commune, applicable jusqu'au 27 septembre 2018, qui classait le terrain en zones naturelles NC et I ND ;

- elle méconnaissent l'article L. 111-3 du règlement national d'urbanisme, applicable depuis le 27 septembre 2018, dès lors que le terrain n'est pas situé dans les parties actuellement urbanisées de la commune ;

- malgré ses deux demandes des 22 juillet 2021 et 6 janvier 2022, le maire a refusé de dresser procès-verbal de ces infractions et d'ordonner l'interruption des travaux alors qu'il y était tenu, compte-tenu de ce que les éléments constitutifs des infractions pénales réprimées par les articles L. 610-1 et L. 480-4 du code de l'urbanisme étaient caractérisés ;

- le préfet était tenu d'exercer les pouvoirs de substitution qu'il détient aux alinéas 9e et 10e de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme en mettant en demeure le maire défaillant et, en l'absence de résultat, en ordonnant lui-même l'interruption des travaux.

La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produit aucune observation avant la clôture de l'instruction, malgré une lettre de mise en demeure qui leur a été adressée par courrier du 5 août 2022.

Par ordonnance du 5 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire en défense du préfet de la Martinique, enregistré le 5 décembre 2022, et ses pièces complémentaires, enregistrées le 7 décembre 2022, n'ont pas été communiqués

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Mme B, représentante du préfet de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. La SA Usine du Marin est devenue propriétaire, suivant un jugement d'adjudication du 23 mai 1950, d'un terrain de 135 hectares 37 ares et 17 centiares situé lieu-dit Habitation Anse Noire, sur le territoire de la commune de Sainte-Anne. Par un jugement du 13 février 1990, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Fort-de-France du 19 juin 1992, le tribunal de grande instance de Fort-de-France a ordonné l'expulsion des occupants sans droit ni titre du terrain. L'occupation irrégulière du terrain s'est toutefois poursuivie, en dépit de plusieurs demandes, formées par la société dès 1993, tendant à obtenir le concours de la force publique en vue de permettre l'exécution forcée de ce jugement. Par deux demandes datées des 22 juillet 2021 et 6 janvier 2022, la SA Usine du Marin a demandé au maire de la commune de Sainte-Anne, d'une part, de dresser, en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, un procès-verbal constatant l'illégalité de constructions édifiées sans autorisation par les occupants sans droit ni titre du terrain et, d'autre part, d'édicter un arrêté ordonnant l'interruption de ces travaux de construction, sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme. Ces deux demandes sont toutefois restées sans réponse. La société a alors saisi le préfet de la Martinique, d'un courrier daté du 21 mars 2022 qui est resté sans réponse, afin qu'il se substitue au maire et, dans ce cadre, fasse dresser lui-même le procès-verbal d'infraction et édicte un arrêté interruptif de travaux. Par les présentes requêtes, la SA Usine du Marin demande au tribunal d'annuler les deux décisions implicites par lesquelles le maire de la commune de Sainte-Anne a rejeté ses demandes des 22 juillet 2021 et 6 janvier 2022, ainsi que la décision implicite du préfet de la Martinique rejetant sa demande du 21 mars 2022. Elle demande en outre au tribunal d'enjoindre au maire, sous conditions de délai et d'astreinte, de dresser un procès-verbal d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif de travaux, ainsi que d'enjoindre au préfet de la Martinique, sous conditions de délai et d'astreinte, de se substituer au maire et de dresser lui-même un procès-verbal d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif de travaux.

2. Les requêtes susvisées n° 1700783, n° 2200170 et n° 2200334, présentées pour la SA Usine du Marin présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la légalité des décisions attaquées du maire de la commune de Sainte-Anne :

3. L'article L. 480-1 du code de l'urbanisme dispose : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public () ". L'article L. 480-2 du même code dispose : " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. () / Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () / Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public () ". L'article L. 480-4 du même code dispose : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé () ". L'article L. 610-1 du même code dispose : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. / Les sanctions édictées à l'article L. 480-4 s'appliquent également : / 1° En cas d'exécution de travaux ou d'utilisation du sol en méconnaissance des obligations imposées par les articles L. 111-1 à L. 111-10, L. 111-15, L. 111-23, L. 115-3 et L. 131-1 à L. 131-7 ainsi que par les règlements pris pour leur application ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. Si, après établissement d'un procès-verbal, le maire peut, dans le second cas, prescrire par arrêté l'interruption des travaux, il est tenu de le faire dans le premier cas. En outre, le maire est également tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 610-1 du même code, résultant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme. Il ne saurait cependant, dans cette hypothèse, prendre un arrêté interruptif pour des travaux exécutés conformément aux autorisations d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision, même s'il estime que les travaux en cause méconnaissent les règles d'urbanisme et notamment le plan local d'urbanisme.

5. En premier lieu, la SA Usine du Marin a informé le maire de la commune de Sainte-Anne, par des courriers datés des 9 août 2019, 22 juillet 2021 et 6 janvier 2022, que les occupants sans droit ni titre de son terrain, situé lieu-dit Habitation Anse Noire, avaient entrepris depuis 2001 l'édification sur les parcelles de ce terrain de 23 constructions à usage d'habitation sans avoir préalablement sollicité aucune autorisation d'urbanisme. Il ressort des clichés aériens figurant en annexe de ces trois courriers, lesquels clichés ont été réalisés à l'aide d'un drone ayant procédé à des survols du terrain, que l'ensemble des travaux se rapportant à l'édification de ces 23 constructions de bâtiments à usage d'habitation, compte-tenu tant de leur nature et de leur importance, étaient soumis à la délivrance préalable d'un permis de construire, en application de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme. Il est toutefois constant que ceux-ci ont été entrepris sans avoir fait l'objet préalablement d'aucune autorisation d'urbanisme, en méconnaissance de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, la SA Usine du Marin est fondée à soutenir que le maire de la commune de Sainte-Anne, compétent pour délivrer les autorisations d'urbanisme sur le territoire communal, était tenu de dresser un procès-verbal constatant ces infractions, conformément à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, et d'édicter un arrêté ordonnant aux contrevenants d'interrompre les travaux de constructions, en application du 10e alinéa de l'article L. 480-2 du même code. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.

6. En deuxième lieu, il résulte des articles 1.2. et 2 du règlement de la zone NC du plan d'occupation des sols de la commune de Sainte-Anne, approuvé par délibération du conseil municipal du 17 mars 1983 et devenu caduc faute d'approbation d'un plan local d'urbanisme en application des dispositions des articles L. 174-1 et suivants du code de l'urbanisme, que les constructions à usage d'habitation qui ne sont pas directement liées à une exploitation agricole sont interdites au sein de la zone NC. Aux termes des articles 1.2. et 2 du règlement de la zone ND du même plan d'occupation des sols, l'ensemble des constructions à usage d'habitation sont interdites au sein de la zone I ND, à l'exception des travaux de restauration et de rénovation de constructions existantes.

7. En l'espèce, il ressort de l'extrait du plan de zonage que le terrain appartenant à la société requérante était classé en partie en zone NC et en partie en zone I ND par le plan d'occupation des sols communal approuvé le 17 mars 1983. Il s'ensuit que les travaux de construction entrepris dès 2001 sous l'empire de ce plan d'occupation des sols par les occupants sans droit ni titre du terrain, qui consistaient ainsi qu'il a été dit au point 5. en l'édification de bâtiments nouveaux à usage d'habitation, méconnaissaient les dispositions du plan d'occupation des sols et contrevenaient ainsi à l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, la SA Usine du Marin est fondée à soutenir que le maire de la commune de Sainte-Anne, compétent pour délivrer les autorisations d'urbanisme sur le territoire communal, était tenu de dresser un procès-verbal constatant ces infractions, conformément à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, et d'édicter un arrêté ordonnant aux contrevenant d'interrompre ces travaux de constructions, en application du 3e alinéa de l'article L. 480-2 du même code. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.

8. En troisième lieu, l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, devenu applicable sur le territoire de la commune de Sainte-Anne à compter de la caducité du plan d'occupation des sols communal en application des articles L. 174-1 et suivants du même code, dispose : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. " Ces dispositions ont pour effet d'interdire, en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies aériennes réalisées à l'aide d'un drone à l'occasion de survols des parcelles, que le terrain appartenant à la SA Usine du Marin, d'une superficie de 135 hectares 37 ares et 17 centiares, constitue un vaste espace boisé laissé à l'état naturel, situé à l'écart des hameaux construits de la commune de Sainte-Anne, qui s'ouvre sur la côte de l'océan Atlantique, entre la Pointe des Ebichets et la Pointe l'Etang. Dans ces conditions, les constructions édifiées par les occupants sans droit ni titre du terrain sous l'empire du règlement national d'urbanisme ne peuvent être regardées comme se trouvant dans les parties actuellement urbanisées de la commune. Il s'ensuit que les travaux d'édification se rapportant à ces constructions méconnaissent l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et contreviennent ainsi au 1° de l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme. La SA Usine du Marin est dès lors fondée à soutenir que le maire de la commune de Sainte-Anne, compétent pour délivrer les autorisations d'urbanisme sur le territoire communal, était tenu de dresser un procès-verbal constatant ces infractions, conformément à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, et d'édicter un arrêté ordonnant aux contrevenant d'interrompre ces travaux de constructions, en application du 3e alinéa de l'article L. 480-2 du même code. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler les décisions attaquées du maire de la commune de Sainte-Anne refusant d'établir un procès-verbal d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif de travaux.

Sur la légalité de la décision du préfet de la Martinique :

11. Les 9e et 10e alinéas de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme disposent : " () Les pouvoirs qui appartiennent au maire, en vertu des alinéas qui précèdent, ne font pas obstacle au droit du représentant de l'Etat dans le département de prendre, dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, toutes les mesures prévues aux précédents alinéas. / Dans le cas de constructions sans permis de construire () le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. Dans tous les cas où il n'y serait pas pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, le représentant de l'Etat dans le département prescrira ces mesures et l'interruption des travaux par un arrêté dont copie sera transmise sans délai au ministère public () ".

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les travaux d'édification de 23 constructions nouvelles à usage d'habitation entrepris par les occupants sans droit ni titre du terrain de la SA Usine du Marin sont intervenus en méconnaissance des règles du permis de construire, de l'ancien plan d'occupation des sols communal et du règlement national d'urbanisme, contrevenant ainsi aux articles L. 480-4 et L. 610-1 du code de l'urbanisme. Le maire de la commune de Sainte-Anne, qui était tenu de dresser un procès-verbal constatant ces infractions et d'édicter un arrêté ordonnant aux contrevenant d'interrompre les travaux de constructions, en application des 3e et 10e alinéa de l'article L. 480-2 de ce code, n'a toutefois pas prescrit ces mesures, malgré les deux demandes que lui a adressées la société requérante par courriers des 22 juillet 2021 et 6 janvier 2022. Dans ces conditions, la SA Usine du Marin est fondée à soutenir que le préfet était tenu de mettre en œuvre les pouvoirs de substitution que lui confèrent les dispositions citées au point précédent des 9e et 10e alinéas de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme et, dans ce cadre, de mettre en demeure le maire de la commune de Sainte-Anne d'interrompre les travaux de construction entrepris par les occupants sans droit ni titre du terrain de la SA Usine du Marin et, dans l'hypothèse où celui-ci ne s'exécuterait pas, de faire dresser procès-verbal des infractions et de prescrire lui-même par arrêté l'interruption des travaux entrepris sur le terrain de la société. Le moyen doit, par suite, être accueilli.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision attaquée du préfet de la Martinique refusant implicitement de mettre en œuvre les pouvoirs de substitution définis aux 9e et 10e alinéas de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme.

Sur l'injonction :

14. En premier lieu, les annulations prononcées au point 10. impliquent nécessairement que le maire de la commune de Sainte-Anne, agissant au nom de l'Etat, établisse le procès-verbal des infractions à la législation des permis de construire et à l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme commises par les occupants sans droit ni titre des parcelles de la SA Usine du Marin et qu'il prescrive par arrêté l'interruption des travaux entrepris sur le terrain de la société. Par suite, il y a lieu d'enjoindre ces mesures au maire de la commune de Sainte-Anne, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la SA Usine du Marin.

15. En second lieu, l'annulation prononcée au point 13. implique nécessairement que, dans le cas où il n'y serait pas pourvu par le maire de la commune de Sainte-Anne à l'expiration du délai de trois mois prescrit par l'injonction qui lui est faite au point précédent et qui vaut mise en demeure, le préfet de la Martinique fasse usage des pouvoirs de substitution qu'il tient de l'article L. 480-2 du code de justice administrative en dressant procès-verbal des infractions et en prescrivant par arrêté l'interruption des travaux entrepris sur le terrain de la société. Par suite, il y a lieu d'enjoindre ces mesures au préfet de la Martinique, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la SA Usine du Marin.

Sur les frais liés aux litiges :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 2 000 euros au titre des frais exposés par la SA Usine du Marin et non compris dans les dépens dans les instances n°s 2100783, 2200170 et 2200334.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions attaquées du maire de la commune de Sainte-Anne portant refus implicite de dresser procès-verbal de constat d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif de travaux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Sainte-Anne, agissant au nom de l'Etat, d'établir le procès-verbal des infractions à la législation des permis de construire et à l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme commises par les occupants sans droit ni titre des parcelles de la SA Usine du Marin et de prescrire par arrêté l'interruption des travaux entrepris sur le terrain de la société, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La décision attaquée du préfet de la Martinique portant refus implicite de mettre en œuvre les pouvoirs de substitutions des 9e et 10e alinéas de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Martinique, à l'expiration du délai de trois mois fixé à l'article 2 et en cas de carence du maire de la commune de Sainte-Anne, de se substituer à celui-ci en dressant procès-verbal des infractions et en prescrivant par arrêté l'interruption des travaux entrepris sur le terrain de la société.

Article 5 : L'Etat versera à la SA Usine du Marin une somme globale de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les instances n°s 2100783, 2200170 et 2200334.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2100783, 2200170 et 2200334 de la SA Usine du Marin est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la SA Usine du Marin et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.

Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique et au maire de la commune de Sainte-Anne.

Copie sera également adressée à la procureure de la République, en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

Le rapporteur,

V. C

La présidente,

H. Rouland-BoyerLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2200170 et 2200334

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