jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200052 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 15 juin 2022, M. A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Martinique a prononcé le retrait avec effet immédiat de la carte professionnelle de conducteur de taxi dont il était titulaire ;
2°) de condamner l'Etat à l'indemniser de ses préjudices et à lui verser une provision d'un montant de 10 000 euros dans l'attente que son entier préjudice soit déterminé avec exactitude ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de le rétablir dans ses droits.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée dans les règles administratives et qu'elle ne comporte aucune mention des voies et délais de recours ;
- la décision attaquée ne précise pas les motifs sur lesquels elle se fonde ;
- il n'a pas eu accès au dossier administratif sur la base duquel l'autorité administrative a édicté la décision attaquée ;
- il n'a commis aucune faute, ni aucun manquement dans le cadre de l'exercice de son activité professionnelle qui justifierait le retrait de sa carte professionnelle ;
- la décision attaquée est entachée de discrimination dans la mesure où le préfet de la Martinique a cherché à sanctionner son engagement contre les signes et symboles d'apologie de l'esclavage qui lui ont valu une condamnation pénale le 25 mars 2021 ;
- la décision attaquée méconnait le principe non bis in idem dès lors qu'elle a pour conséquence de lui infliger une deuxième fois une sanction à raison d'un même fait ;
- elle méconnait pour la même raison l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnait son droit au travail, protégé par le cinquième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 ;
- ces illégalités lui causent un préjudice et justifient qu'une provision de 10 000 euros lui soit allouée dans l'attente que soit déterminé avec exactitude son entier préjudice.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 février 2022, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il se trouvait en situation de compétence liée pour procéder au retrait de la carte professionnelle, compte-tenu de ce que le casier judiciaire de M. C comporte des mentions incompatibles avec l'exercice de sa profession ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.
En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, les pièces complémentaires de M. C, enregistrées le 7 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C exerce la profession de conducteur de taxi depuis janvier 2007. Par décision du 3 décembre 2021, le préfet de la Martinique a prononcé le retrait avec effet immédiat de la carte professionnelle de conducteur de taxi dont il était titulaire. Dans la présente instance, M. C demande au tribunal administratif d'annuler cette décision, d'enjoindre au préfet de la Martinique de le rétablir dans ses droits, ainsi que de condamner l'Etat à l'indemniser de ses préjudices et de lui verser une provision d'un montant de 10 000 euros dans l'attente que son entier préjudice soit déterminé avec exactitude.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. L'article L. 3120-2-2 du code des transports dispose : " Les conducteurs des véhicules qui exécutent les prestations mentionnées à l'article L. 3120-1, à l'exclusion des conducteurs de cycles à pédalage assisté, sont titulaires d'une carte professionnelle délivrée par l'autorité administrative. " L'article L. 3120-1 du même code auquel il est ainsi renvoyé dispose : " Le présent titre est applicable aux prestations de transport routier de personnes effectuées à titre onéreux avec des véhicules de moins de dix places, à l'exclusion des transports publics collectifs mentionnés au titre Ier de la présente partie et du transport privé routier de personnes mentionné au titre III. " L'article R. 3120-6 du même code, relatif au conducteur d'un véhicule de transport public, dispose : " () La carte professionnelle () est délivrée à toute personne souhaitant exercer la profession de conducteur d'un véhicule de transport public particulier qui : / 3° Satisfait à une condition d'honorabilité professionnelle conformément à l'article R. 3120-8 () / Le conducteur restitue sa carte professionnelle lorsqu'il cesse définitivement son activité professionnelle () / Il la restitue également lorsque l'une des conditions auxquelles sa délivrance est subordonnée par les dispositions du présent titre cesse d'être remplie. A défaut de restitution, elle lui est retirée après qu'il a été mis à même de présenter ses observations écrites sur la décision de retrait envisagée par l'autorité compétente. " L'article R. 3120-8 du même code dispose : " Nul ne peut exercer la profession de conducteur de véhicule de transport public particulier si figure au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, ou à son équivalent pour les non-nationaux, l'une des condamnations suivantes : / () 3° Une condamnation définitive prononcée par une juridiction, française ou étrangère, à une peine criminelle ou à une peine correctionnelle d'au moins six mois d'emprisonnement pour vol, escroquerie, abus de confiance, atteinte volontaire à l'intégrité de la personne, agression sexuelle , trafic d'armes, extorsion de fonds ou infraction à la législation sur les stupéfiants. "
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. C, délivré le 20 mai 2021 à la demande du préfet de la Martinique, comporte une condamnation prononcée le 25 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Fort-de-France à une peine d'emprisonnement d'un an, avec sursis probatoire pendant deux ans, pour des faits, notamment, d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, commis le 12 février 2021, ainsi que des faits de violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, commis le 14 février 2021. Dans ces conditions, et alors que le caractère définitif de la condamnation n'est pas contesté, le bulletin n° 2 du casier judiciaire du conducteur comporte l'une des condamnations prévues par l'article R. 3120-8 cité précédemment du code des transports. Le préfet de la Martinique est dès lors fondé à soutenir qu'il se trouvait placé en situation de compétence liée pour procéder au retrait de la carte professionnelle du requérant, et ce quand bien même les compétences de M. C pour l'exercice de la profession de conducteur taxi ne sont pas en cause et malgré la circonstance que la décision attaquée engendre d'importantes conséquences sur la situation personnelle du requérant. Il suit de là que les moyens invoqués par M. C, tirés de l'incompétence du signataire de l'acte, de l'irrégularité de la notification de la décision attaquée, de l'irrégularité de la procédure au terme de laquelle celle-ci est intervenue, de l'absence de toute faute ou manquement commis dans l'exercice de son activité professionnelle, de l'existence d'une discrimination, de la méconnaissance du principe non bis in idem, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance du cinquième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 sont inopérants. Ils doivent, par suite, être écartés à ce titre.
4. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du 3 décembre 2021 prononçant le retrait avec effet immédiat de la carte professionnelle de conducteur de taxi dont il était titulaire. Les conclusions de sa requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires et tendant au versement d'une provision :
5. M. C demande au tribunal de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis à raison de l'illégalité du retrait de sa carte professionnelle ainsi que de lui allouer une indemnité provisionnelle de 10 000 euros dans l'attente que son entier préjudice puisse être déterminé avec exactitude. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision attaquée du préfet de la Martinique du 3 décembre 2021 n'est entachée d'aucune illégalité. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'Etat aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en prononçant, par la décision attaquée du 3 décembre 2021, le retrait de la licence de conducteur de taxi dont il était jusque-là titulaire.
6. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de toute faute commise par l'Etat, M. C n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat devrait être engagée à son encontre. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat tenant à l'existence d'un préjudice et d'un lien de causalité, les conclusions à fin d'indemnisation de sa requête et celles tendant au versement d'une provision doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.
Sur l'injonction :
7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. C, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.
8. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. C, s'il s'y croit recevable et fondé, sollicite auprès de l'autorité judiciaire, en application de l'article 775-1 du code de procédure pénale, l'effacement au bulletin n° 2 de son casier judiciaire de la mention de la condamnation prononcée à son encontre le 25 mars 2021, puis forme auprès de l'administration une demande tendant à la délivrance d'une nouvelle carte professionnelle de conducteur de taxi.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Martinique.
Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
V. D
La présidente,
H. Rouland-BoyerLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026