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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200074

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200074

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJURISCARIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2022, M. D E, M. A M, Mme H C épouse L, Mme G K, M. B I et Mme F J, représentés par la SELAS Juriscarib, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 13 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Case-Pilote a approuvé la procédure de convocation d'urgence du conseil municipal et a autorisé le maire à contracter un emprunt d'un montant de 1 916 000 euros auprès de l'Agence française du développement (AFD), afin d'équilibrer le budget principal de la commune pour 2021 ;

2°) de mettre la somme de 2 400 euros à la charge de la commune de Case-Pilote au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le conseil municipal n'a pas été régulièrement convoqué, dès lors que la procédure de convocation d'urgence n'était pas justifiée et qu'aucune note de synthèse n'a été communiquée ;

- la délibération a été adoptée en méconnaissance des règles de quorum.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, la commune de Case-Pilote, représentée par Me Dumont, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de chaque requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme N,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- les observations de Me Nicolas, représentant M. E et autres,

- et les observations de Me le Floc'h, qui substitue Me Dumont, représentant la commune de Case-Pilote.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 décembre 2021, le conseil municipal de Case-Pilote a approuvé la procédure de convocation d'urgence du conseil municipal et a autorisé le maire à contracter un emprunt d'un montant de 1 916 000 euros auprès de l'Agence française du développement, afin d'équilibrer le budget principal de la commune pour 2021. Par la présente requête, M. E, M. M, Mme C épouse L, Mme K, M. I et Mme J demandent au tribunal l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse ". Par ailleurs, l'article L. 2121-12 du même code dispose que : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. / Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les convocations à la séance du conseil municipal du 13 décembre 2021 à 16h30 ont été adressées le 10 décembre 2021 à 11h36 par courriel. Cette réunion a été convoquée en urgence au motif que l'emprunt devait être contracté dans un délai contraint, compte tenu de l'avis de la chambre régionale des comptes du 8 juillet 2021 constatant le déséquilibre du budget principal de la commune pour 2021 et de l'arrêté du préfet de la Martinique du 14 septembre 2021 portant règlement du budget, qui a inscrit le montant de l'emprunt au titre des recettes d'investissement. Il ressort en effet des pièces du dossier, en particulier des échanges de courriels entre la commune de Case-Pilote et l'Agence française de développement, que la somme correspondant à cet emprunt devant être inscrite au budget principal avant la fin de l'exercice 2021, l'agence a demandé que l'arrêté d'emprunt, signé par le maire et transmis au contrôle de légalité, lui soit renvoyé au plus tard le 14 décembre 2021, tandis que le rendez-vous pour procéder à la signature de la convention de crédit était fixé au 15 décembre 2021. Par ailleurs, contrairement à ce qu'allèguent les requérants, la commune de Case-Pilote ne s'est pas elle-même placée dans une situation d'urgence, dans la mesure où il ressort des pièces du dossier que, à la suite de l'avis de la chambre régionale des comptes rendu le 8 juillet 2021, le maire a sollicité auprès du préfet de la Martinique la souscription d'un emprunt par courrier du 20 juillet 2021, tandis que les échanges avec l'Agence française de développement, pour négocier cet emprunt, ont été initiés dès le mois d'août 2021 et se sont poursuivis jusqu'au 13 décembre 2021, date de réception de l'offre de financement. Compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment du déséquilibre du budget principal de la commune de Case-Pilote devant être corrigé avant la fin de l'année, la contraction de l'emprunt par la commune présentait un caractère d'urgence de nature à justifier la réduction du délai de convocation du conseil municipal.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le courriel de convocation adressé aux conseillers municipaux, le 10 décembre 2021, contenait en pièce jointe le courrier de convocation du maire ainsi qu'une note de présentation de l'ordre du jour. Ce dernier document, qui fait office de note explicative de synthèse au sens de l'article L. 2121-12 précité, rappelle les conditions dans lesquelles la souscription de l'emprunt a été envisagée, notamment en mentionnant l'avis de la chambre régionale des comptes et l'arrêté préfectoral portant règlement et exécution du budget primitif de 2021 de la commune de Case-Pilote, et l'urgence à présenter un budget en équilibre d'ici la fin de l'année 2021. La note de présentation expose par ailleurs les termes de l'offre de financement, à savoir un taux indicatif de 1,26 % pour un emprunt sur 20 ans avec 3 ans de différé pour le remboursement, ainsi que les modalités du remboursement du prêt par échéances trimestrielles, constantes en intérêts et en capital. Ce document permettait aux élus du conseil municipal d'appréhender le contexte du projet et de comprendre les motifs de fait et de droit de la délibération présentée à leur vote, de sorte qu'ils disposaient d'une information suffisante qu'ils pouvaient, s'ils le souhaitaient, compléter par des demandes de précisions.

6. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la convocation du conseil municipal, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales précité, doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes d'une part de l'article L. 2121-17 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal ne délibère valablement que lorsque la majorité de ses membres en exercice est présente () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 6 de la loi du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au litige : " IV. - Par dérogation aux articles L. 2121-17, L. 2121-20, L. 3121-14, L. 3121-14-1, L. 3121-16, L. 4132-13, L. 4132-13-1, L. 4132-15, L. 4422-7, L. 7122-14, L. 7122-16, L. 7123-11, L. 7222-15 et L. 7222-17 du code général des collectivités territoriales et aux articles L. 121-11 et L. 121-12 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie, et à compter de la promulgation de la loi n° 2021-1465 du 10 novembre 2021 portant diverses dispositions de vigilance sanitaire et jusqu'au 31 juillet 2022, les organes délibérants des collectivités territoriales et des établissements publics qui en relèvent, les commissions permanentes des conseils départementaux et régionaux, de la collectivité territoriale de Guyane et du Département de Mayotte et les bureaux des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre ne délibèrent valablement que lorsque le tiers de leurs membres en exercice est présent. Si, après une première convocation régulièrement faite, ce quorum n'est pas atteint, l'organe délibérant, la commission permanente ou le bureau est à nouveau convoqué à trois jours au moins d'intervalle. Il délibère alors sans condition de quorum. Dans tous les cas, un membre de ces organes, commissions ou bureaux peut être porteur de deux pouvoirs ".

9. Il est constant que, en vertu des dispositions dérogatoires instituées par le IV de l'article 6 de la loi du 14 décembre 2020 précitées, le conseil municipal pouvait valablement délibérer, dans la mesure où plus du tiers des membres du conseil municipal en exercice étaient présents lors du vote de la délibération litigieuse. Si les requérants soutiennent que le maire ne pouvait régulièrement comptabiliser le quorum, en début de séance, selon les dispositions de l'article L. 2121-27 précité puis, suite au départ de conseillers de l'opposition, selon les règles dérogatoires, les conditions du décompte des membres présents, opéré par le maire, sont sans incidence sur le respect des règles de quorum. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-17 précité doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants, qui ne contestent pas le bien-fondé de la délibération du 13 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Case-Pilote a approuvé la procédure de convocation d'urgence du conseil municipal et a autorisé le maire à contracter un emprunt d'un montant de 1 916 000 euros auprès de l'Agence française de développement, ne sont pas fondés à en demander l'annulation. Leur requête doit, dès lors, être rejetée.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Case-Pilote, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de chaque requérant une somme de 250 euros à verser à la commune de Case-Pilote au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et autres est rejetée.

Article 2 : M. E, M. M, Mme C épouse L, Mme K, M. I et Mme J verseront chacun une somme de 250 euros à la commune de Case-Pilote en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E en application du troisième alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Case-Pilote.

M. A M, Mme H C épouse L, Mme G K, M. B I et Mme F J seront informés du présent jugement par Me Nicolas, qui les représente à l'instance.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- M. de Palmaert, premier conseiller,

- Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

A. NLa présidente,

H. Rouland-Boyer

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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