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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200104

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200104

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHALVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 25 mars 2022, M. A B, représenté par Me Chalvin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder la restitution d'un trop-versé de 652,30 euros qui a été prélevé sur son compte bancaire à la suite d'un avis de saisie à tiers détenteur émis par le comptable public le 14 septembre 2020, assorti des intérêts au taux légal ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 65,23 euros destinée à couvrir les frais bancaires que lui a appliqués sa banque à l'occasion du prélèvement du trop-versé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que, conformément aux articles R. 281-1 et R. 196-1 du livre des procédures fiscales, il a formé une réclamation préalable qui est restée sans réponse ;

- le comptable public a procédé à des saisies sur ses comptes bancaires afin de recouvrer une dette de l'Etat se rapportant à l'année 2014, générant un trop-versé d'un montant de 652,30 euros dont il est fondé à demander la restitution ;

- il est également fondé à solliciter le remboursement des frais bancaires de 65,23 euros que sa banque lui a appliqués le 15 novembre 2021 suite au prélèvement du trop-versé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête, subsidiairement, au rejet de celle-ci et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête a perdu son objet, la somme de 652,30 euros prélevée à tort sur le compte courant de M. B à la suite d'une erreur de la banque de ce dernier étant en cours de restitution.

Par un courrier du 19 septembre 2022, le tribunal a, en application des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, adressé une demande de maintien de la requête au requérant. Par courrier du 20 septembre 2022, M. B a indiqué maintenir les conclusions de sa requête.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête en l'absence de toute décision prise par l'administration sur une demande indemnitaire formée préalablement devant elle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Chalvin, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a fait l'objet d'un avis de saisie à tiers détenteur et d'une lettre de mise en demeure valant commandement de payer, émis par le comptable public les 14 septembre 2020 et 27 avril 2021, portant sur le recouvrement d'une créance de 3 300 euros relative au remboursement d'un prêt d'honneur contracté le 19 novembre 2007 avec les services du rectorat d'Orléans-Tours. Par un courrier daté du 21 octobre 2021 resté sans réponse, l'intéressé a sollicité auprès du directeur régional des finances publiques de la Martinique la restitution de trop-versés qu'il estimait avoir été indument prélevés sur son compte bancaire suite à l'émission de ces actes de poursuite. Dans la présente instance, M. B demande au tribunal administratif, dans le dernier état de ses écritures, de lui accorder la restitution d'un trop-versé de 652,30 euros prélevé sur son compte bancaire à la suite de l'avis de saisie à tiers détenteur émis le 14 septembre 2020, assorti du bénéfice des intérêts au taux légal, et de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 65,23 euros destinée à le couvrir des frais bancaires que lui a appliqués sa banque à l'occasion du prélèvement du trop-versé.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Il résulte des justificatifs produits par le directeur régional des finances publiques de la Martinique que, postérieurement à l'introduction de la requête, le comptable public a restitué à M. B la somme litigieuse de de 652,30 euros, qui a été effectivement versée sur le compte bancaire de l'intéressé le 11 avril 2022. Il s'ensuit que les conclusions principales de la requête tendant à la restitution du trop-versé prélevé à la suite de l'avis de saisie à tiers détenteur émis le 14 septembre 2020 ont perdu leur objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer. L'exception de non-lieu ainsi soulevée doit, par suite, être accueillie.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires de la requête :

3. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "

4. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

5. En l'espèce, M. B demande que l'Etat soit condamné à lui verser une indemnité de 65,23 euros destinée à couvrir les frais d'avis à tiers détenteur que sa banque lui a appliqués à l'occasion du versement au Trésor public du trop-versé de 652,30 euros le 18 novembre 2021. Toutefois, le requérant n'a formé auprès de l'administration aucune demande tendant au versement d'une quelconque indemnité, ni préalablement à sa requête, ni en cours d'instance. Il s'ensuit que le contentieux n'est pas lié et que les conclusions indemnitaires dirigées contre l'Etat ne sont pas recevables. Elles doivent, par suite, être rejetées.

Sur le surplus de la requête :

6. L'article 1231-6 du code civil dispose : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ".

7. M. B a droit aux intérêts légaux de la somme de 652,30 euros à compter du 21 février 2022, date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal, et jusqu'au paiement effectif de la somme, intervenu le 11 avril 2022. Il y a dès lors lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées à ce titre, dans cette mesure.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par l'Etat soient mises à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à la restitution du trop-versé de 652,30 euros.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B les intérêts moratoires sur la somme de 652,30 euros, du 21 février 2022 au 11 avril 2022 inclus.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de l'Etat présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics.

Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique ainsi qu'au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- M. de Palmaert, premier conseiller,

- M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le rapporteur,

V. C

La présidente,

H. Rouland-BoyerLe greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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