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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200152

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200152

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROSEMAIN-BEROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mars et 27 août 2022, Mme B C, représentée par Me Labéjof-Lordinot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle la maire de Ducos a rejeté sa demande de cumul d'une activité accessoire avec ses fonctions (ano)pour l'année universitaire 2021/2022, en qualité de formatrice vacataire pour le compte de l'institut universitaire de formation continue (IUFC) de l'université des Antilles(/ano);

2°) d'enjoindre à la commune de Ducos de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de condamner la commune de Ducos à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice ;

4°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de la commune de Ducos au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle constitue une sanction déguisée qui n'a pas été précédée de la procédure contradictoire préalable, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dans la mesure où l'exercice de son activité accessoire ne porte pas atteinte au bon fonctionnement du service ;

- elle traduit une discrimination en raison de son état de santé ;

- la responsabilité de la commune de Ducos est engagée en raison de l'illégalité fautive de la décision du 6 décembre 2021 ;

- elle subit un préjudice financier, lié à l'absence de rémunération de son activité accessoire, qui doit être évalué à la somme de 3 000 euros ;

- elle subit un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, qui doivent être évalués à la somme de 5 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 mai 2022, le 7 juillet 2022 et le 4 octobre 2022, la commune de Ducos, représentée par la SELARL CJM Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la décision pouvait légalement être prise en se fondant sur un autre motif de refus, tiré de l'irrégularité de la demande d'activité accessoire de la requérante ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Labéjof-Lordinot, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, technicienne territoriale de 2e classe exerçant les fonctions de (ano)chef de projet en charge du développement territorial(/ano) à temps complet au sein des services de la commune de Ducos, a présenté auprès de sa hiérarchie, le 22 octobre 2021, une demande d'autorisation d'activité accessoire (ano)en qualité de formatrice vacataire pour le compte de l'institut universitaire de formation continue de l'université des Antilles, au titre de l'année universitaire 2021/2022(/ano). Cette demande a toutefois été rejetée par décision de la maire de Ducos en date du 6 décembre 2021. L'intéressée a présenté un recours gracieux réceptionné par la commune de Ducos le 10 janvier 2022, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 6 décembre 2021, d'enjoindre à la commune de Ducos de réexaminer sa demande et de condamner l'administration à l'indemniser de ses préjudices.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article () / IV.- Le fonctionnaire peut être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à exercer à titre accessoire une activité, lucrative ou non, auprès d'une personne ou d'un organisme public ou privé dès lors que cette activité est compatible avec les fonctions qui lui sont confiées et n'affecte pas leur exercice. Par dérogation au 1° du I du présent article, ces activités peuvent être exercées sous le régime prévu à l'article L. 133-6-8 du code de la sécurité sociale () ". Par ailleurs, l'article 10 du décret du 30 janvier 2020 relatif aux contrôles déontologiques dans la fonction publique dispose que : " Sous réserve des interdictions prévues aux 2° à 4° du I de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et de celles prévues par le présent décret, l'agent peut être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à cumuler une activité accessoire avec ses fonctions. Cette activité ne doit pas porter atteinte au fonctionnement normal, à l'indépendance ou à la neutralité du service ni placer l'intéressé en situation de méconnaître l'article 432-12 du code pénal () ". Enfin, l'article 17 de ce décret dispose que : " L'autorité compétente peut s'opposer au cumul d'activités ou à sa poursuite, si l'intérêt du service le justifie, si les informations sur le fondement desquelles l'autorisation a été donnée ou celles communiquées dans la déclaration mentionnée à l'article 13 sont inexactes ou si ce cumul est incompatible avec les fonctions exercées par l'agent ou l'emploi qu'il occupe au regard des obligations déontologiques mentionnées au chapitre IV de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ou des dispositions de l'article 432-12 du code pénal ".

3. En l'espèce, pour rejeter la demande de M. C de cumul d'une activité accessoire avec ses fonctions, la maire de Ducos s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée a été absente au moins six mois durant l'année 2021. Il est en effet constant que la requérante a comptabilisé 128 jours d'absence au cours de l'année 2021, au titre, d'une part, de ses congés annuels et, d'autre part, d'autorisations spéciales d'absences compte tenu de son état de santé la rendant particulièrement vulnérable à une infection au virus de la Covid-19. A supposer que l'administration ait ainsi estimé que l'exercice par Mme C d'une activité accessoire porterait atteinte au bon fonctionnement du service, faute de pouvoir se consacrer pleinement aux missions qui lui sont confiées, il n'est toutefois pas établi, ni même sérieusement soutenu, que le fait de dispenser des enseignements en soirée et le samedi matin empêcherait Mme C d'accomplir correctement ses missions et de rattraper le retard induit par ses absences, pendant son temps de travail. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que l'intéressée a assuré ces mêmes enseignements pendant plusieurs années, et il n'est aucunement établi, ni même allégué, que cette activité ait eu un quelconque impact sur la qualité de son travail ou sur son investissement dans ses missions. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la maire de Ducos a commis une erreur d'appréciation en rejetant sa demande de cumul d'activité au seul motif des absences répétées de Mme C. Le moyen doit, par suite, être accueilli.

4. En second lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. D'une part, l'article 12 du décret du 30 janvier 2020 relatif aux contrôles déontologiques dans la fonction publique dispose que : " Préalablement à l'exercice de toute activité accessoire soumise à autorisation, l'intéressé adresse à l'autorité hiérarchique dont il relève, qui lui en accuse réception, une demande écrite qui comprend au moins les informations suivantes : / 1° Identité de l'employeur ou nature de l'organisme pour le compte duquel s'exercera l'activité accessoire envisagée ; / 2° Nature, durée, périodicité et conditions de rémunération de cette activité accessoire. / L'intéressé accompagne sa demande de toute autre information de nature à éclairer l'autorité hiérarchique sur l'activité accessoire envisagée. / Lorsque l'autorité compétente estime ne pas disposer de toutes les informations lui permettant de statuer sur la demande, elle invite l'intéressé à la compléter dans un délai maximum de quinze jours à compter de la réception de sa demande ".

6. La commune de Ducos fait valoir en défense qu'elle pouvait légalement rejeter la demande de cumul d'activité, présentée par Mme C, au motif qu'elle ne respectait pas les conditions de forme, imposées par l'article 12 précité. S'il est vrai que la demande de l'intéressée se borne à mentionner la durée totale de 86 heures d'enseignement durant l'année universitaire 2021/2022, sans apporter aucune précision sur la périodicité ni les horaires de ces cours, il résulte des dispositions citées au point précédent que l'administration qui s'estime insuffisamment informée pour statuer sur la demande doit inviter l'agent à la compléter et ne peut, dès lors, rejeter la demande, que ce soit de façon explicite ou implicite, sans préalablement solliciter des précisions complémentaires. Dans la mesure où il ne ressort pas des pièces du dossier que la maire de Ducos ait sollicité un quelconque complément d'information, elle n'aurait pu légalement se fonder sur le caractère incomplet de la demande de Mme C pour la rejeter.

7. D'autre part, contrairement à ce que fait valoir la commune de Ducos, aucune disposition légale ou réglementaire ne prévoit que la demande d'autorisation d'exercice d'une d'activité accessoire doive être présentée au moins trois mois avant le début de l'exercice de l'activité. Dans ces conditions, la maire de Ducos ne pouvait pas davantage se fonder sur le caractère tardif de la demande de Mme C pour la rejeter. La demande de substitution de motifs présentée par la commune de Ducos doit, par suite, être rejetée.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2021 par laquelle la maire de Ducos a rejeté sa demande de cumul d'une activité accessoire avec ses fonctions pour l'année universitaire 2021/2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Dans les circonstances de l'espèce, l'annulation du refus opposé à la demande de Mme C de cumul d'une activité accessoire avec ses fonctions pour l'année universitaire 2021/2022 n'appelle plus aucune mesure d'exécution à la date du présent jugement. Les conclusions de la requérante tendant au réexamen de sa demande sont, de ce fait, devenues sans objet et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Il ne résulte pas de l'instruction que la maire de Ducos aurait pris la même décision pour des motifs différents, si l'erreur d'appréciation entachant la décision du 6 décembre 2021 n'avait pas été commise. Il s'ensuit que cette illégalité fautive est à l'origine du préjudice résultant pour Mme C de l'impossibilité d'exercer l'activité accessoire sollicitée.

11. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a perdu une chance sérieuse de percevoir les revenus liés à l'activité accessoire qu'elle aurait pu exercer pour le compte de l'université des Antilles, au même titre que les années précédentes. Il y a lieu de faire une juste appréciation du préjudice financier subi par l'intéressée, compte tenu de la rémunération nette à laquelle elle aurait pu prétendre, à une somme de 2 500 euros.

12. En second lieu, si Mme C soutient que le refus injustifié opposé par la maire de Ducos a eu un impact sur son moral, et a engendré chez elle un sentiment de dévalorisation, ce préjudice n'est toutefois étayé par aucune pièce ni aucun élément concret. Le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence de l'intéressée ne sont, dès lors, pas établis.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Ducos à verser à Mme C une somme de 2 500 euros en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme C, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Ducos la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Ducos une somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 décembre 2021 par laquelle la maire de Ducos a rejeté la demande de Mme C de cumul d'une activité accessoire avec ses fonctions pour l'année universitaire 2021/2022, est annulée.

Article 2 : La commune de Ducos est condamnée à verser une somme de 2 500 euros à Mme C en réparation de son préjudice.

Article 3 : La commune de Ducos versera une somme de 1 500 euros à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Ducos.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

A. DLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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