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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200156

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200156

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 mars 2022, le 16 mars 2022, le 2 septembre 2022, le 7 septembre 2022 et le 14 octobre 2022, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du centre hospitalier Maurice Despinoy du 18 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de prononcer son avancement de grade, de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire, de procéder à la révision de sa notation annuelle et à son reclassement pour raison de santé ;

3°) de condamner le centre hospitalier Maurice Despinoy à lui verser la somme de 9 003,60 euros en réparation de son préjudice ;

4°) de mettre la somme de 800 euros à la charge du centre hospitalier Maurice Despinoy au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été lésé dans l'évolution de sa carrière, alors que ses qualifications et son expérience justifient qu'il bénéficie d'un avancement de grade ou qu'il exerce des fonctions d'encadrement ;

- il est victime d'une rupture d'égalité de traitement et d'une discrimination, dans la mesure où des collègues de moindre valeur professionnelle ont été nommés sur des fonctions de cadre de santé ;

- il est fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices matériels et moraux résultant des fautes commises par le centre hospitalier Maurice Despinoy dans la gestion de sa carrière, qu'il évalue à la somme de 9 003,60 euros.

La procédure a été régulièrement communiquée au centre hospitalier Maurice Despinoy, qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2022, par une ordonnance du même jour.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, les mémoires de M. B, enregistrés le 14 février 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, n'ont pas été communiqués.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :

- l'irrecevabilité des conclusions de M. B tendant à annuler la décision implicite du 18 janvier 2022 en tant qu'elle refuse de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire, de réviser sa notation annuelle et de le reclasser pour raison de santé, dès lors que le courrier du 7 novembre 2021 ne le sollicitait pas ;

- l'irrecevabilité des conclusions de M. B tendant à ce que le tribunal prononce son avancement de grade, lui attribue la nouvelle bonification indiciaire, procède à la révision de sa notation annuelle et à son reclassement pour raison de santé, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur en se substituant à l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1466 du 26 décembre 2012 ;

- le décret n° 2019-54 du 30 janvier 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, infirmier en soins généraux et spécialisés de 1er grade, exerce ses fonctions au centre hospitalier Maurice Despinoy. Par un courrier du 7 novembre 2021, il a sollicité un avancement de grade ou sa nomination sur un poste d'encadrement. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 18 janvier 2022. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision, de prononcer son avancement de grade, de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire, de procéder à la révision de sa notation annuelle et à son reclassement pour raison de santé, ainsi que de condamner le centre hospitalier Maurice Despinoy à l'indemniser de ses préjudices.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. En premier lieu, à la suite de la demande de régularisation qui a été adressée à M. B le 4 octobre 2022 afin qu'il produise la décision attaquée, le requérant a produit un courrier du 7 novembre 2021 intitulé " recours gracieux ", et a indiqué qu'il entendait demander l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur cette demande. Il ressort des pièces du dossier que cette lettre, réceptionnée par le centre hospitalier Maurice Despinoy le 18 novembre 2021, se borne à faire état de la valeur professionnelle de l'intéressé et de sa volonté de mettre en œuvre son projet thérapeutique, et sollicite uniquement un avancement de grade ou sa nomination sur un poste d'encadrement. Or, au vu de ses écritures, M. B entend également demander l'annulation du refus de l'administration de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire, de réviser sa notation annuelle et de le reclasser pour raison de santé. Ces questions ne sont toutefois pas évoquées, même de manière incidente, dans le courrier du 7 novembre 2021. Il s'ensuit que le centre hospitalier Maurice Despinoy, qui ne s'est pas prononcé sur ces demandes, ne peut être regardé comme ayant pris une quelconque décision de refus. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à l'annulation d'une telle décision sont, dans cette mesure, irrecevables.

4. En deuxième lieu, à supposer que M. B doive être regardé comme demandant au tribunal de prononcer son avancement de grade, de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire, de procéder à la révision de sa notation annuelle et à son reclassement pour raison de santé, il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur en se substituant à l'administration pour intervenir directement sur la carrière d'un fonctionnaire. Il en résulte que ses conclusions sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

5. En dépit de la demande de régularisation qui lui a été adressée par l'application Télérecours le 10 janvier 2023, et dont il a accusé réception le jour même, M. B n'a pas produit de décision du centre hospitalier Maurice Despinoy portant rejet d'une demande indemnitaire qui lui aurait été adressée ni de l'accusé de réception d'une telle demande. Dans la mesure où le requérant ne justifie pas avoir saisi l'administration d'une demande indemnitaire tendant à la réparation des préjudices qu'il allègue subir, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 69 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Sauf pour les emplois mentionnés à l'article 3, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité investie du pouvoir de nomination tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 26 ; () ". En outre, l'article 20 du décret du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés de la fonction publique hospitalière dispose que : " Peuvent être promus au deuxième grade, dans les conditions prévues au 1° de l'article 69 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, les agents du premier grade comptant au moins un an d'ancienneté dans le 6e échelon de leur grade et ayant accompli dix ans de services effectifs dans un corps ou un cadre d'emplois à caractère paramédical classé dans la catégorie A. / Les conditions d'ancienneté prévues s'apprécient au 31 décembre de l'année au titre de laquelle sont mise en œuvre ces promotions ". Enfin, l'article 21 du décret dispose que : " Le nombre maximum de promotions pouvant être prononcées dans chaque établissement en application de l'article 20 est calculé, chaque année, dans chaque établissement, dans les conditions fixées à l'article 1er du décret du 3 août 2007 susvisé. / Lorsque, en application de ces dispositions, aucune promotion ne peut être prononcée au deuxième grade pendant deux années consécutives, une promotion peut être prononcée dans ce grade la troisième année ".

7. M. B soutient que ses qualifications et compétences justifiaient qu'il bénéficie d'un avancement au 2ème grade du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, classé au neuvième échelon du 1er grade du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés depuis le 1er mai 2018, remplit les conditions statutaires pour être promu au 2ème grade, il n'a toutefois pas contesté les tableaux d'avancement établis par le centre hospitalier Maurice Despinoy. Par ailleurs, pour justifier de ses qualités professionnelles, le requérant se borne à faire valoir qu'il est titulaire du diplôme d'infirmier de secteur psychiatrique, du master Humanités, sciences de l'homme et du comportement à finalité professionnelle ainsi que du certificat d'aptitude aux fonctions d'encadrement et de responsable d'unité d'intervention sociale (CAFERUIS), et que ses compétences artistiques lui permettent d'organiser des activités culturelles innovantes à visées thérapeutiques. Il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'apprécier ses états de service, son aptitude et sa valeur professionnelle, dès lors qu'il n'a produit aucun compte-rendu d'entretien professionnel. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une erreur d'appréciation en rejetant sa demande d'avancement de grade. A supposer que M. B entende en réalité contester le fait que le centre hospitalier Maurice Despinoy a refusé sa nomination sur un poste d'encadrement, il n'établit ni même n'allègue qu'il remplirait les conditions légales pour intégrer le corps des cadres de santé paramédicaux de la fonction publique hospitalière. Il résulte en effet des dispositions de l'article 6 du décret du 26 décembre 2012 portant statut particulier du corps des cadres de santé paramédicaux de la fonction publique hospitalière, que les cadres de santé paramédicaux sont recrutés soit par voie de concours interne sur titres ouvert aux fonctionnaires titulaires du diplôme de cadre de santé, lequel n'est pas équivalent aux diplômes détenus par l'intéressé, soit par voie de concours externe sur titres, pour lequel l'intéressé ne démontre ni même n'allègue avoir postulé. Le requérant n'établit pas davantage qu'il remplirait les conditions statutaires pour intégrer le corps des cadres socio-éducatifs de la fonction publique hospitalière, telles que définies à l'article 6 du décret du 30 janvier 2019 portant statut particulier du corps des cadres socio-éducatifs de la fonction publique territoriale. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite et en tout état de cause, être écarté.

8. En deuxième lieu, l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige, dispose que : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race () ".

9. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. En l'espèce, si M. B soutient qu'il serait victime d'une rupture d'égalité de traitement et de discrimination, dans la mesure où plusieurs de ses collègues auraient bénéficié d'une évolution de carrière plus favorable que la sienne, il n'établit nullement avoir été victime d'un quelconque traitement défavorable. En particulier, il expose lui-même que les collègues auxquelles il fait référence, ont été admises au concours interne, leur garantissant l'accès à des fonctions de niveau supérieur. Le requérant ne démontre toutefois pas s'être porté candidat à un tel concours, si ce n'est à des examens universitaires qui ne sauraient lui conférer un quelconque droit à avancement. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme apportant des éléments de fait susceptibles de laisser présumer l'existence d'une situation de discrimination. Les moyens tirés de la rupture d'égalité de traitement et de la discrimination dont il serait victime ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision implicite du 18 janvier 2022, par laquelle la directrice générale du centre hospitalier Maurice Despinoy a rejeté sa demande d'avancement de grade ou de nomination sur un poste d'encadrement, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier Maurice Despinoy, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant, qui n'est au demeurant pas représenté par un avocat.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au centre hospitalier Maurice Despinoy.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

A. DLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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