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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200199

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200199

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BERTE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, M. A B, représenté par Me Romer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2022 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Martinique l'a suspendu de ses fonctions à compter du 11 juillet 2022 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Martinique de le réintégrer sur ses fonctions ;

3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice ;

4°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où le centre hospitalier universitaire de Martinique ne lui a pas demandé de fournir les justificatifs relatifs à son statut vaccinal ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits, dès lors qu'il justifie d'un statut vaccinal complet ;

- la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique est engagée en raison de l'illégalité fautive de la décision du 26 janvier 2022 ;

- il subit un préjudice moral, qui doit être évalué à la somme de 5 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 juin et 13 septembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Martinique, représenté par la SELARL Berte et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, dans la mesure où la décision contestée a été retirée par un arrêté du 21 juin 2022 ;

- les conclusions aux fins d'annulation sont irrecevables dès lors, d'une part, qu'elles sont tardives et, d'autre part, que la décision contestée ne fait pas grief au requérant ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 26 janvier 2022, la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Martinique a suspendu de ses fonctions M. B, technicien supérieur hospitalier de 1ère classe, à compter du 11 juillet 2022 et jusqu'à la production par l'intéressé d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021. L'intéressé a formé une demande indemnitaire préalable, tendant à la réparation de son préjudice résultant de l'illégalité fautive de cette décision, par un courrier adressé à la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Martinique le 12 avril 2022, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Dans la présente instance, M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 26 janvier 2022 et la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à l'indemniser de son préjudice.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a pris une nouvelle décision le 21 juin 2022, devenu définitive, prononçant le retrait de la décision de suspension de M. B. Il s'ensuit que les conclusions de l'intéressé, dirigées contre la décision du 26 janvier 2022, qui a disparu de l'ordonnancement juridique, sont devenues sans objet. L'exception de non-lieu opposée par le centre hospitalier universitaire de Martinique doit, dès lors, être accueillie dans cette mesure.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () ". En outre, aux termes de l'article 13 de cette loi, dans sa version applicable au litige : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II.- A.- Sans qu'y fasse obstacle l'article L. 1110-4 du code de la santé publique, le contrôle du respect de l'obligation prévue au I du présent article est assuré : / 1° En ce qui concerne les salariés et les agents publics mentionnés au I de l'article 12, par leur employeur ; () ". Par ailleurs, l'article 14 de la loi dispose que : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. () ".

5. Pour prononcer la suspension de M. B de ses fonctions, la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Martinique s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé, qui est soumis à l'obligation vaccinale, n'a pas produit le justificatif nécessaire à l'exercice de ses fonctions, alors qu'il a été informé des conséquences qu'emporte l'interdiction d'exercer son activité sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. Toutefois, le centre hospitalier universitaire de Martinique ne démontre nullement avoir informé M. B des conséquences qu'emportait l'absence de production des justificatifs de vaccination, faute de justifier de la réception par l'intéressé de la mise en demeure du 16 décembre 2021, alors que l'administration reconnaît elle-même que l'entretien prévu le 19 janvier 2022 n'a pas pu se tenir. Un tel vice de procédure, qui n'a pas permis à l'intéressé de régulariser sa situation en justifiant de son respect de l'obligation vaccinale, l'a nécessairement privé d'une garantie et a exercé une influence sur le sens de la décision. Par ailleurs, la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Martinique a entaché sa décision d'inexactitude matérielle des faits, dans la mesure où il résulte de l'instruction que M. B justifiait d'un statut vaccinal complet à la date de la décision contestée. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision du 26 janvier 2022 est entachée d'une illégalité fautive, de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique.

6. Il résulte de l'instruction que cette faute a conduit M. B à se voir notifier, sans aucune explication préalable, une décision de suspension, l'exposant à une perte de traitement, alors qu'ayant été vacciné dans les locaux mêmes de l'établissement, il avait parfaitement respecté cette obligation, ce que l'administration n'a pas jugé utile de vérifier avant d'édicter sa décision. Il résulte en outre de l'instruction qu'alors même que l'intéressé a produit son justificatif de vaccination le 24 février 2022, le centre hospitalier universitaire de Martinique a attendu le 21 juin 2022 pour retirer la décision litigieuse. Dans ces conditions, et quand bien même la suspension ne prenait effet qu'à compter du 11 juillet 2022, M. B est fondé à demander la réparation du préjudice moral qu'il a subi et dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 300 euros.

7. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Martinique doit être condamné à verser une somme de 300 euros à M. B en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au centre hospitalier universitaire de Martinique la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le centre hospitalier universitaire de Martinique. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B dirigées contre la décision du 26 janvier 2022.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Martinique est condamné à verser une somme de 300 euros à M. B en réparation de son préjudice.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Martinique versera une somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier universitaire de Martinique.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

A. CLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

J. Lemaitre

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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