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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200211

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200211

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2022, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le maire de la commune des Anses d'Arlet s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'il a déposée en vue de l'installation d'un panneau photovoltaïque d'une surface totale de 26 m² sur la toiture de la maison individuelle dont il est propriétaire, implantée sur une parcelle située lotissement de la Baie des Anses, sur le territoire de la commune des Anses d'Arlet.

Il soutient que :

- sa résidence est située à 700 mètres de l'Habitation sucrerie inscrite aux monuments historiques et n'est ainsi pas incluse dans le périmètre de protection de ce bâtiment ;

- les travaux envisagés, qui consistent à installer sur le toit de sa maison des panneaux solaires d'une épaisseur de 10 cm, bien inférieure à celle d'un chauffe-eau solaire et son ballon, ne portent pas atteinte à la conservation ou à la mise en valeur de ce monument historique ;

- son projet ne porte pas atteinte aux perspectives paysagères du site protégé de Morne Champagne puisque les travaux ont vocation à être réalisés sur le pan de toit orienté dans la direction opposée de ce site naturel avec lequel ils n'entrent pas en visibilité.

Par un mémoire en défense, enregistré par courrier le 31 mai 2022 et régularisé par l'application Télérecours le 1er mars 2023, la commune des Anses d'Arlet, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour présider temporairement la formation de jugement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire d'une maison individuelle, située lotissement de la Baie des Anses sur le territoire de la commune des Anses d'Arlet. Il a déposé auprès des services de la mairie, le 5 novembre 2021, une déclaration préalable portant sur l'installation sur la toiture de sa maison individuelle de panneaux photovoltaïques d'une surface totale de 26 m². A la suite de l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France rendu le 3 décembre 2021, le maire de la commune des Anses d'Arlet s'est opposé à la déclaration préalable de travaux par arrêté du 4 février 2022. Le recours administratif préalable que M. A a formé auprès du directeur régional des affaires culturelles de la préfecture de la Martinique par courrier du 29 décembre 2021 est resté sans réponse. Dans la présente instance, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal administratif d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le maire de la commune des Anses d'Arlet s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux.

2. L'article L. 621-30 du code du patrimoine dispose : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative () / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ". L'article L. 621-32 du même code dispose : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. " L'article L. 632-2 du même code dispose : " () l'absence d'opposition à déclaration préalable () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord () ". L'article R. 425-1 du code de l'urbanisme prévoit, de même, que lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées.

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les décisions de non-opposition à déclaration préalable de travaux portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.

4. En premier lieu, d'une part, il ressort de la liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en Martinique, accessible librement tant au juge qu'aux parties, que l'Habitation sucrerie, située à l'entrée du bourg des Anses d'Arlet, a fait l'objet, par arrêté du 15 avril 2016, d'une inscription au titre des monuments historiques et que cette inscription porte tant sur la maison principale, les dépendances et les autres vestiges anciens de l'activité industrielle du domaine, que sur la parcelle d'assise du monument, cadastrée section D n° 24, d'une contenance de 8 hectares, 58 ares et 30 centiares. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des vues aériennes Géoportail, accessibles librement aussi bien au juge qu'aux parties, que la maison d'habitation de M. A, située au sein du lotissement de la Baie des Anses, se trouve à moins de 500 mètres de la limite parcellaire sud-est du terrain d'assise sur lequel est implantée l'Habitation sucrerie. D'autre part, le requérant ne conteste pas que sa propriété serait visible à l'œil nu de l'édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public. Dans ces conditions, en l'absence de périmètre délimité par l'autorité administrative, M. A n'est pas fondé à soutenir que son projet de travaux n'entrait pas dans le périmètre de protection de l'Habitation sucrerie, inscrite au titre des monuments historiques. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, dans son avis du 3 décembre 2021, l'architecte des bâtiments de France s'est opposé au projet de M. A en retenant que la multiplication d'éléments industriels sur la toiture à quatre pans de la maison d'habitation du pétitionnaire porterait atteinte aux abords de l'Habitation sucrerie. Il ressort des pièces du dossier, notamment des différentes photographies aériennes produites par le requérant, que les abords du monument historique protégé sont constitués en grande partie de maisons traditionnelles de style créole présentant des toitures en tôle ondulée à quatre pans de couleur grise, rouge foncée, verte ou bleue, qui sont dépourvues de toute installation de type photovoltaïque. La seule circonstance que des panneaux solaires aient été effectivement installés sur les toiture d'une maison individuelle, d'un groupe scolaire et d'un ensemble collectif situés dans le périmètre de protection du monument, mais non à proximité immédiate de la maison d'habitation du requérant, n'est pas de nature à remettre en cause l'homogénéité des toitures des abords du monument dans l'alentour du projet de travaux. Dans ces conditions, compte-tenu de l'importance du projet, qui comporte notamment l'installation de panneaux solaires d'une surface de 26 m² sur la toiture à quatre pans de la maison individuelle du pétitionnaire, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Martinique aurait commis une erreur d'appréciation en confirmant implicitement, sur recours administratif préalable obligatoire, l'avis de l'architecte des bâtiments de France. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté, sans que le requérant ne puisse utilement se prévaloir de la dimension écologique de son projet de travaux, cette circonstance étant sans incidence sur l'appréciation de la conformité du projet au regard des dispositions citées au point 2.

6. En troisième lieu, si l'architecte des bâtiments des France avait également retenu, dans son avis défavorable du 3 décembre 2021, que le projet de travaux de M. A était de nature à porter atteinte aux perspectives paysagères du site Morne Champagne, qui constitue un site inscrit protégé au titre de l'article L. 341-1 du code de l'environnement, le maire de la commune des Anses d'Arlet s'est toutefois écarté de cette partie de l'avis, à laquelle il n'était pas tenu, et ne s'est fondé sur aucune atteinte de ce type pour s'opposer au projet de travaux litigieux. Le moyen d'erreur d'appréciation tiré de ce que les travaux en litige ne porteraient pas atteinte aux perspectives paysagères du site de Morne Champagne est dès lors inopérant. Il doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester la légalité de l'arrêté attaqué du maire de la commune des Anses d'Arlet du 4 février 2022. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune des Anses d'Arlet.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le premier conseiller faisant fonction de président,

S. de PalmaertLa greffière,

J. Lemaître

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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