jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHALVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 avril 2022, 25 avril 2022 et 1er juillet 2022, la société Gardiennage Protection Sécurité Antilles (GAPS Antilles), représentée par Me Chalvin, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre à la société Secur 8 ou à la Régie des transports de Martinique de communiquer au tribunal le dossier technique d'analyse des offres et le dossier complet de candidature de la société Secur 8, le cas échéant sans soumettre à la procédure contradictoire les informations couvertes par le secret des affaires ;
2°) d'enjoindre à la Régie des transports de Martinique de résilier le contrat correspondant au lot n° 1 du marché de services conclu avec la société Secur 8 ;
3°) de condamner la Régie des transports de Martinique à lui verser la somme de 14 901,20 euros en réparation du préjudice résultant des conditions irrégulières dans lesquelles a été retenue l'entreprise attributaire du marché ;
4°) de mettre à la charge de la Régie des transports de Martinique la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la candidature de la société Secur 8 était irrégulière et aurait dû être rejetée ;
- l'offre retenue était anormalement basse et ne pouvait donc être choisie ;
- le principe d'égalité a été méconnu dans la notation de la valeur financière des offres, la méthode employée l'ayant désavantagée ;
- la procédure de passation est entachée de détournement de pouvoir et de détournement de procédure dès lors que les critères de notation n'étaient pas pertinents, que la commission d'appel d'offres n'a pas rempli son office, et que son offre était mieux-disante ;
- dès lors qu'elle avait une chance sérieuse de se voir attribuer ce marché, la Régie des transports de Martinique doit être condamnée à lui verser une indemnité représentant 10 % du chiffre d'affaires escompté, augmentée d'une somme de 2 500 euros au titre des frais de candidature.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la Régie des transports de Martinique, représentée par Me Mbouhou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société GAPS Antilles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La société Secur 8, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La Régie des transports de Martinique a publié au BOAMP, le 9 octobre 2021, un avis d'appel public à la concurrence en vue de la conclusion d'un marché de services relatif à des prestations de gardiennage et de surveillance à distance des locaux qu'elle exploite. La société GAPS Antilles a candidaté au lot n° 1 portant sur le gardiennage du centre technique des transports, du centre de maintenance, et des pôles d'échanges multimodaux de Carrère et de Mahaut. Par un courrier du 10 janvier 2022, la Régie des transports de Martinique a informé la société GAPS Antilles du rejet de son offre. Par des courriers en date des 28 janvier et 11 février 2022, la société GAPS Antilles a demandé à la Régie des transports de Martinique de reconsidérer sa décision d'attribution et de lui allouer une indemnité d'éviction. Ces demandes ayant été rejetées, la société requérante demande, par la présente requête, la résiliation du marché conclu avec la société Secur 8 et la condamnation de la Régie des Transports de Martinique à lui verser la somme de 14 901,20 euros.
Sur les conclusions à fin de résiliation et les conclusions indemnitaires :
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Si le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini, les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Le tiers agissant en qualité de concurrent évincé de la conclusion d'un contrat administratif ne peut ainsi, à l'appui d'un recours contestant la validité de ce contrat, utilement invoquer, outre les vices d'ordre public, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.
3. Saisi par un tiers, dans les conditions définies ci-dessus, de conclusions contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après avoir vérifié que l'auteur du recours autre que le représentant de l'Etat dans le département ou qu'un membre de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné se prévaut d'un intérêt susceptible d'être lésé de façon suffisamment directe et certaine et que les irrégularités qu'il critique sont de celles qu'il peut utilement invoquer, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci. Il peut enfin, s'il en est saisi, faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés.
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2152-1 du code de la commande publique : " Dans les procédures adaptées sans négociation et les procédures d'appel d'offres, les offres irrégulières, inappropriées ou inacceptables sont éliminées ".
5. La société GAPS Antilles soutient que la candidature et l'offre de la société Secur 8 étaient irrégulières et devaient être rejetées au motif que la société candidate ne justifiait pas régulièrement d'une autorisation d'exercer une activité privée de surveillance ou de gardiennage, qu'elle a fourni tardivement ses attestations fiscale et sociale, et qu'elle n'a pas déposé ses comptes annuels auprès du greffe du tribunal de commerce de Fort-de-France. Toutefois, il résulte de l'instruction que par une décision du 12 février 2015, la commission interrégionale d'agrément et de contrôle Antilles-Guyane du Conseil national des activités privées de sécurité a délivré à la société Secur 8 une autorisation d'exercer une activité de surveillance ou de gardiennage. Sont sans incidence sur la validité de cette autorisation les circonstances que cette décision aurait été publiée plusieurs années plus tard ou que la société Secur 8 n'aurait commencé son activité qu'en mai 2015. S'agissant de l'attestation fiscale délivrée par le service des impôts des entreprises le 17 mai 2022, " au titre de l'année 2022 ", le versement de cette pièce aux débats ne démontre pas que la même attestation n'avait pas été produite au titre de l'année 2021, les offres devant être remises au plus tard le 10 novembre 2021. Quant à l'attestation délivrée par l'Urssaf le 12 novembre 2021, si elle est certes postérieure à la date limite de remise des offres, elle a toutefois pu être valablement remise à l'entité adjudicatrice antérieurement à la signature du marché. Par ailleurs, à la supposer même établie, la circonstance que la société Secur 8 n'aurait pas déposé ses comptes auprès du greffe du tribunal de commerce de Fort-de-France depuis 2015 est sans incidence sur sa capacité à candidater à un marché public. Il suit de là que la société GAPS Antilles n'est pas fondée à soutenir que la candidature et l'offre de la société Secur 8 étaient irrégulières et devaient être rejetées.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2152-6 du code de la commande publique : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsque une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".
7. Pour soutenir que l'offre remise par la société Secur 8 était anormalement basse, la société requérante se borne à faire valoir que le prix était moins élevé que le sien et qu'aucune entreprise n'est économiquement en capacité d'exécuter ce marché avec un prix si bas. Toutefois, il résulte de l'instruction que les prix proposés par la société GAPS Antilles et Secur 8 étaient proches, le prix de la seconde société étant inférieure de seulement 8,2% au prix de la première. La société requérante n'apporte par ailleurs aucune indication de nature à accréditer son allégation de sorte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la Régie des transports de Martinique aurait commis une irrégularité en ne considérant pas l'offre de la société Secur 8 comme anormalement basse.
8. En troisième lieu, la société GAPS Antilles soutient que la méthode d'analyse et de notation de la valeur financière des offres aurait méconnu le principe d'égalité. Il résulte toutefois de l'instruction que la valeur financière des offres a été analysée et notée au regard d'une annexe financière jointe à l'acte d'engagement, intitulée " détail estimatif et quantitatif - estimation mensuelle fictive " que devaient remettre tous les candidats à l'attribution du lot n° 1. Si la société requérante fait valoir que cette méthode de comparaison des prix l'a désavantagée et a porté atteinte au principe d'égalité, elle n'apporte toutefois aucune précision à l'appui de son allégation. Le moyen doit dès lors être écarté.
9. En dernier lieu, la société GAPS Antilles soutient que la procédure de passation de ce marché est entachée de détournement de pouvoir et de procédure, au motif que les critères de notation et leur pondération étaient fantaisistes et inadaptés au regard des prestations commandées, que la commission d'appel d'offres n'a pas rempli son office et que son offre était mieux-disante que l'offre remise par la société Secur 8. Toutefois, la société requérante n'apporte pas, à l'appui de sa demande, de précisions suffisantes pour apprécier le bien-fondé des moyens qu'elle soulève, lequel ne résulte pas davantage de l'instruction. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société GAPS Antilles n'est pas fondée à demander la résiliation du marché conclu entre la Régie des transports de Martinique et la société Secur 8. Par suite, ses conclusions indemnitaires, fondées sur l'irrégularité du choix d'une offre concurrente à la sienne, ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le jugement du présent litige ne nécessite pas qu'il soit fait droit à la demande de la société requérante tendant à enjoindre à l'entité adjudicatrice ou à la société attributaire de produire plusieurs documents en rapport avec le marché litigieux. Par suite, les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Régie des transports de Martinique, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société GAPS Antilles au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société GAPS Antilles la somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société GAPS Antilles est rejetée.
Article 2 : La société GAPS Antilles versera à la Régie des transports de Martinique la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Gardiennage Protection Sécurité Antilles, à la Régie des transports de Martinique et à la société Secur 8.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
La présidente,
Mme C
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026