vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200271 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 avril 2022 et le 19 septembre 2022, Mme D A demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recettes émis le 7 décembre 2021 par lequel le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique a mis à sa charge la somme de 8 240,46 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active ;
2°) d'annuler le courrier du 5 décembre 2021 par lequel le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Martinique a mis à sa charge la somme de 150 euros au titre d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Martinique de lui rembourser la somme de 128,67 euros suite à la remise gracieuse qui lui a été accordée par une décision du 16 décembre 2021.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que le titre de recettes lui a été notifié le 12 janvier 2022 et qu'elle a exercé un recours gracieux le 3 mars suivant ;
- l'indu de RSA ne lui a pas été notifié en juin 2021 contrairement à ce que soutient l'administration ;
- le contrôleur chargé de l'enquête sur sa situation a usé du droit de communication prévu à l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale sans l'en informer ;
- le rapport de contrôle ne lui a pas été communiqué ;
- en conséquence, la procédure de contrôle a méconnu le principe du contradictoire et les droits de la défense ;
- par ailleurs, sa bonne foi a été reconnue dès lors qu'une remise gracieuse lui a été accordée en décembre 2021 pour les primes exceptionnelles de fin d'année perçues au titre de 2019 et 2020 ;
- suite à cette remise gracieuse, la somme de 128,67 euros qu'elle avait versée au titre de cette dette doit lui être remboursée ;
- dès lors qu'elle était éligible au RSA, la CAF ne peut légalement soutenir qu'était indue l'aide exceptionnelle de solidarité perçue pour un montant de 150 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, la collectivité territoriale de Martinique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable, car tardive, et qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales de la Martinique qui a produit des pièces le 25 mai 2022 et le 19 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, représentant la Caisse d'allocations familiales de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle diligenté par la caisse d'allocations familiales de la Martinique révélant que Mme A avait perçu indûment le revenu de solidarité active entre le 1er juillet 2019 et le 31 mars 2021, ainsi qu'une prime exceptionnelle de fin d'année, l'intéressée a été invitée, par un courrier du 17 août 2021, à rembourser la somme de 8 621,58 euros, dont 8 240,46 euros au titre du revenu de solidarité active. Un titre de recettes a été émis pour ce montant de 8 240,46 euros le 7 décembre 2021, que Mme A a contesté par un courrier du 8 janvier 2022. Par ailleurs, par un courrier du 5 décembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Martinique a mis à la charge de Mme A une somme de 150 euros au titre d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation du titre de recettes relatif à l'indu de RSA, ensemble le courrier du 5 décembre 2021. Elle demande en outre, en exécution d'une remise gracieuse qui lui a été consentie par une décision du 16 décembre 2021, que lui soit remboursée la somme de 128,67 euros qu'elle dit avoir versée à titre de provision.
Sur les conclusions relatives à l'indu de revenu de solidarité active :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-14 du code de la sécurité sociale : " Les échanges d'informations entre les agents des administrations fiscales, d'une part, et les agents des administrations chargées de l'application de la législation sociale et du travail et des organismes de protection sociale, d'autre part, sont effectués conformément aux dispositions prévues par le livre des procédures fiscales, et notamment ses articles L. 97 à L. 99 et L. 152 à L. 162 B, et L. 114-19 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 114-19 du même code dans sa version applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ; 3° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment () ". Aux termes de l'article L. 114-21 : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
3. Ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme concerné. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer la prestation ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales ou à la caisse de mutualité sociale agricole de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation.
4. Si les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé, toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
5. En l'espèce, s'il résulte de l'instruction que Mme A n'a été informée ni de la teneur ni de l'origine des informations et documents obtenus par la caisse d'allocations familiales dans l'exercice de son droit de communication, cette absence d'information ne l'a privée d'aucune garantie dès lors que l'indu réclamé résulte de la prise en compte des ressources perçues par elle et son compagnon qu'elle a épousé en septembre 2020. Il résulte au demeurant de l'instruction que la requérante ne conteste aucunement la réalité de tous les revenus, perçus par elle-même et son conjoint, qui ont été identifiés par le rapport d'enquête. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information tel que prévu par les dispositions de l'article L. 114-21 doit être écarté.
6. En deuxième lieu, à supposer même que Mme A n'ait pas reçu, comme elle l'affirme, le courrier du 10 juin 2021 l'informant de ce qu'un indu de revenu de solidarité active était mis à sa charge pour la période du 1er juillet 2019 au 31 mars 2021, cette circonstance est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité du titre de recettes en litige. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit la transmission obligatoire et spontanée à l'allocataire faisant l'objet d'une telle enquête, des pièces ayant fondé la décision prise sur ce fondement. En tout état de cause, le rapport d'enquête établi par la caisse d'allocations familiales a été produit dans le cadre de la présente instance, permettant ainsi à la requérante de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté.
7. En troisième lieu, Mme A fait valoir que sa bonne foi n'a pas été mise en cause par l'autorité administrative. Toutefois, à supposer même que Mme A ait pu déclarer de bonne foi et à plusieurs reprises qu'elle était dépourvue de ressources, le présent litige ne porte pas sur un refus de remise gracieuse mais sur le recouvrement de sommes indûment versées. Par suite, le moyen soulevé est inopérant et doit être écarté.
Sur les conclusions relatives à l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 150 euros :
8. Il résulte de qui précède que Mme A n'était pas éligible au revenu de solidarité active pour la période du 1er juillet 2019 au 31 mars 2021. Par suite, et dès lors qu'elle n'établit pas qu'elle devait bénéficier de cette aide à un autre titre, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'est entachée d'illégalité la décision du 5 décembre 2021 mettant à sa charge une somme de 150 euros au titre d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité perçue au cours de cette période.
Sur les conclusions tendant au remboursement d'une somme de 128,67 euros :
9. Il résulte de l'instruction que, par une décision de la caisse d'allocations familiales de la Martinique du 16 décembre 2021, Mme A a bénéficié d'une remise gracieuse pour un montant de 381,12 euros. Il ressort des termes de ce courrier que la remise de dette, afférente à un autre indu, s'applique au solde qui était encore dû par l'intéressée et non au montant initial de cette dette. Par suite, Mme A n'est pas fondée, en tout état de cause, à solliciter le remboursement de la somme de 128,67 euros dont elle s'était déjà acquittée.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par la collectivité territoriale de la Martinique, la requête de Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la collectivité territoriale de Martinique et à la caisse d'allocations familiales de la Martinique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.
Le magistrat désigné,
S. de Palmaert
Le greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026