jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200287 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DUFAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2022 et le 13 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Dufaud, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 333,85 euros en réparation des préjudices subis du fait des fautes et des négligences commises à son égard par le ministère des armées et le centre expert des ressources humaines et de la solde d'une part, et par le comptable public de la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise d'autre part, dans la liquidation et le recouvrement de l'indu de rémunération mis à sa charge en vertu d'un titre exécutoire du 19 décembre 2016 ;
2°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le comptable public de la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise a commis des fautes en s'abstenant d'exercer le contrôle de l'exactitude de la liquidation et de l'application des règles de prescription de la créance, conformément à l'article 20 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- l'administration militaire a commis des fautes dès lors qu'elle a manqué de transparence et de cohérence dans les informations qu'elle lui a délivrées, et qu'elle a mis en recouvrement une créance qui n'était pas fondée et qui était par ailleurs partiellement prescrite ;
- ces fautes lui causent un préjudice financier, qu'il évalue à la somme de 20 333,85 euros, et un préjudice moral, qu'il évalue à la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré 3 juin 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et à ce que M. B soit condamné au paiement d'une amende pour recours abusif.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que le tribunal s'est déjà prononcé sur le bien-fondé du titre de perception du 19 décembre 2016 ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête, à la condamnation de M. B au paiement d'une amende pour recours abusif et à ce que la somme de 1 600 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :
- l'irrecevabilité des conclusions de la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise et du ministre des armées tendant à ce que M. B soit condamné au paiement d'une amende pour recours abusif, dès lors que la faculté prévue par l'article R. 741-12 du code de justice administrative constitue un pouvoir propre du juge ;
- l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de M. B, dès lors que la requête n'a pas été précédée du recours administratif préalable obligatoire devant la commission des recours des militaires, conformément à l'article R. 4125-1 du code de la défense, qui s'impose à la suite de la décision expresse ou implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable.
M. B a présenté des observations sur ce dernier moyen, enregistrées le 11 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un titre de perception du 19 décembre 2016, la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise, à la demande du centre expert des ressources humaines et de la solde (CERHS) de Nancy, a mis à la charge de M. B, sous-officier de l'armée de terre, la somme de 18 017 euros, correspondant à un trop-versé au titre de l'indemnité pour charges militaires, de la majoration de l'indemnité pour charges militaires, du supplément familial de solde et du supplément forfaitaire de l'indemnité pour charges militaires sur la période courant du 1er octobre 2011 au 30 décembre 2015, à la suite de la réévaluation de sa situation familiale. L'intéressé a fait l'objet de mises en demeure de payer cette somme, majorée à 19 819 euros, le 24 avril 2018 et le 25 juillet 2019. M. B a ensuite été informé, par une lettre du CERHS du 30 juin 2020, que sa créance était réduite à la somme de 14 163,46 euros. L'intéressé a adressé des demandes indemnitaires préalables à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise, au centre expert des ressources humaines et de la solde et au ministre des armées, respectivement les 10, 11 et 12 janvier 2022, qui ont été implicitement rejetées. Dans la présente instance, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 333,85 euros en réparation de ses préjudices, résultant des fautes et des négligences commises à son égard par le ministère des armées et le centre expert des ressources humaines et de la solde d'une part, et par le comptable public de la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise d'autre part, dans la liquidation et le recouvrement de l'indu de rémunération mis à sa charge en vertu du titre exécutoire du 19 décembre 2016.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () / III. - Les dispositions de la présente section ne sont pas applicables aux recours contentieux formés à l'encontre d'actes ou de décisions : / 1° Concernant le recrutement du militaire, l'exercice du pouvoir disciplinaire, ou pris en application de l'article L. 4139-15-1 ; / 2° Pris en application du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et du code des pensions civiles et militaires de retraite ainsi que ceux qui relèvent de la procédure organisée par les articles 112 à 124 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'à l'exception des matières qu'elles ont entendu écarter expressément de la procédure du recours préalable obligatoire, la saisine de la commission des recours des militaires s'impose à peine d'irrecevabilité d'un recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle, que ce recours tende à l'annulation d'une décision ou à l'octroi d'une indemnité à la suite d'une décision préalable ayant lié le contentieux. Il importe peu, dans ce dernier cas, que le recours indemnitaire ait pour objet la réparation des conséquences dommageables de l'illégalité d'une décision elle-même incluse dans le champ de compétence de la commission ou de simples agissements de l'administration, pourvu que le litige puisse être regardé comme relatif à la situation personnelle du militaire concerné.
4. Si la précédente requête de M. B, enregistrée sous le n° 2000295, tendant à la décharge de la somme réclamée par l'administration en vertu du titre de perception du 19 décembre 2016, relevait de la procédure organisée par les articles 112 à 124 du décret du 7 novembre 2012 précité, et s'inscrivait dès lors dans le cadre de l'exception prévue au III de l'article R. 4125-1 du code de la défense, la présente requête indemnitaire de M. B tend uniquement à la condamnation de l'Etat au versement d'une somme distincte en réparation de ses préjudices. Elle constitue ainsi un contentieux relatif à la situation personnelle d'un militaire au sens du I de cet article, qui devait être précédé d'un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission des recours des militaires. Il résulte de l'instruction que M. B a adressé des demandes indemnitaires préalables, par courriers du 7 janvier 2022, à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise, au centre expert des ressources humaines et de la solde et au ministre des armées. A la suite de l'intervention des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par ces administrations, le requérant n'a toutefois pas saisi, avant l'introduction de sa requête, la commission des recours des militaires. Contrairement à ce qu'allègue M. B, la circonstance qu'il n'ait pas été informé, lors de la réception de ses demandes indemnitaires préalables, de cette obligation de saisine de la commission des recours des militaires n'est pas de nature à remettre en cause le caractère obligatoire de ce recours administratif préalable. De même et a fortiori, le fait que le requérant ait déjà saisi, à tort, la commission des recours des militaires d'un précédent litige, le 24 novembre 2020, ne le dispensait pas de la saisir de nouveau, préalablement à cette instance relative à un litige distinct. Il s'ensuit que la requête de M. B est irrecevable.
5. En tout état de cause, à supposer même que l'engagement de la responsabilité de l'Etat en raison des fautes commises par le comptable public de la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise dans le cadre du recouvrement de l'indu de rémunération ne soit pas soumis à l'obligation de saisine préalable de la commission des recours des militaires, il résulte sans ambiguïté des articles 19 et 20 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique que, contrairement à ce qu'allègue le requérant, le contrôle du comptable public sur la validité de la dette, et en particulier l'exactitude de la liquidation et l'application des règles de prescription, ne concerne que les ordres de payer. Dans la mesure où, s'agissant des ordres de recouvrer, le contrôle du comptable public se limite à la régularité de l'autorisation de percevoir la recette et, dans la limite des éléments dont il dispose, à la mise en recouvrement des créances et à la régularité des réductions et des annulations des ordres de recouvrer, M. B n'est pas fondé à soutenir que le comptable public aurait commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, en s'abstenant de vérifier, préalablement à l'émission du titre de perception du 19 décembre 2016, du bien-fondé et de l'exigibilité de la créance.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à la condamnation de l'Etat à l'indemniser de ses préjudices résultant des dysfonctionnements de l'administration dans la gestion de sa rémunération puis dans le recouvrement de la créance correspondante doivent être rejetées.
Sur l'amende pour recours abusif :
7. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise et du ministre des armées, tendant à ce que M. B soit condamné à une telle amende, ne sont pas recevables.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande du ministre des armées, présentée sur ce fondement, qui se borne au demeurant à se prévaloir d'un surcroît de travail pour ses services, sans faire état précisément des frais spécifiques exposés.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le ministre des armées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions présentées par la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre des armées, à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise et au centre expert des ressources humaines et de la solde.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Phulpin, conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe premier conseiller faisant fonction de président,
S. de Palmaert
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026