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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200339

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200339

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS MOÏSE CARETO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 mai 2022, le 28 juillet 2022 et le 22 novembre 2022, M. B A, demande au tribunal de condamner la commune de Sainte-Luce à lui verser la somme de 4 500 euros en réparation du préjudice matériel subi à la suite de l'enlèvement de son véhicule automobile et de sa destruction, et la somme de 4 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Il soutient que :

- c'est à tort que le maire de Sainte-Luce a considéré son véhicule comme une épave dangereuse, ou comme un véhicule abandonné constituant une gêne pour la circulation automobile ou un danger pour la salubrité publique et l'environnement ;

- le véhicule était stationné en bordure d'un chemin privé ;

- le défaut d'assurance ne suffit pas à qualifier d'épave un véhicule qui peut fonctionner avec une batterie en état de marche ;

- la décision d'enlever son véhicule et de le remettre à la société Metalcaraïb pour destruction est entachée de vices de procédure ;

- le véhicule a été détérioré lors de son enlèvement effectué sous la supervision de la police municipale de Sainte-Luce ;

- la police municipale a refusé de lui présenter les documents l'autorisant à procéder à cet enlèvement ;

- un véhicule rouleau compresseur, en état d'épave avancée, est laissé à l'abandon à proximité.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 juillet 2022, les 7 et 9 décembre 2022, la commune de Sainte-Luce, représentée par Me Careto, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était propriétaire d'un véhicule automobile de marque et modèle Renault Mégane, immatriculé AD-333-VR. Par un courrier du 25 juin 2021, le maire de Sainte-Luce a pris acte que ce véhicule se trouvait à l'état d'abandon depuis de nombreuses semaines dans le quartier Bellevue Ladour, et a demandé à M. A de procéder à son enlèvement dans un délai de trois jours, sous peine d'enlèvement d'office à ses frais. Le 12 août 2021, le véhicule a été enlevé d'office par la police municipale et remis pour destruction à la société Metalcaraïb. Par un courriel du 15 août 2021, M. A a sollicité une indemnité de 4 500 euros en réparation du préjudice matériel que lui aurait causé cette destruction. Cette demande ayant été rejetée par un courrier du 1er avril 2022 du maire de Sainte-Luce, M. A demande la condamnation de la commune de Sainte-Luce à l'indemniser de ses préjudices matériel et moral.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 325-1 du code de la route : " Les véhicules dont la circulation ou le stationnement en infraction aux dispositions du présent code ou aux règlements de police ou à la réglementation relative à l'assurance obligatoire des véhicules à moteur ou à la réglementation du transport des marchandises dangereuses par route compromettent la sécurité ou le droit à réparation des usagers de la route, la tranquillité ou l'hygiène publique, l'esthétique des sites et des paysages classés, la conservation ou l'utilisation normale des voies ouvertes à la circulation publique et de leurs dépendances, notamment par les véhicules de transport en commun peuvent à la demande et sous la responsabilité du maire ou de l'officier de police judiciaire territorialement compétent, même sans l'accord du propriétaire du véhicule, dans les cas et conditions précisés par le décret prévu aux articles L. 325-3 et L. 325-11, être immobilisés, mis en fourrière, retirés de la circulation et, le cas échéant, aliénés ou livrés à la destruction. / Peuvent également, à la demande et sous la responsabilité du maire ou de l'officier de police judiciaire territorialement compétent, même sans l'accord du propriétaire du véhicule, être immobilisés, mis en fourrière, retirés de la circulation et, le cas échéant, aliénés ou livrés à la destruction les véhicules qui, se trouvant sur les voies ouvertes à la circulation publique ou sur leurs dépendances, sont privés d'éléments indispensables à leur utilisation normale et insusceptibles de réparation immédiate à la suite de dégradations ou de vols. () ".

3. D'une part, il ressort du courrier du 25 juin 2021 du maire de Sainte-Luce que le véhicule de M. A se trouvait depuis " de nombreuses semaines " en bordure d'une voie ouverte à la circulation publique, face à sa propriété. Si un tel stationnement pouvait, le cas échéant, faire l'objet d'une verbalisation, il ne résulte pas de l'instruction que ce véhicule, par ce stationnement de longue durée à cet emplacement, compromettait la sécurité des usagers de la route ou portait atteinte à la tranquillité ou l'hygiène publique ou compromettait l'utilisation normale de cette voie ouverte à la circulation publique. Selon les photographies versées au dossier, les portes et fenêtres du véhicule étaient dans un état normal et fermées, de sorte qu'il n'était pas susceptible de colonisation par des moustiques ou autres animaux nuisibles.

4. D'autre part, il ressort des photographies versées aux débats et des témoignages de plusieurs voisins de M. A que le véhicule enlevé n'était pas privé des éléments indispensables à son utilisation normale et insusceptible de réparation immédiate. La commune de Sainte-Luce ne verse aux débats aucun document descriptif de l'état du véhicule enlevé, de sorte que M. A n'est pas sérieusement contredit lorsqu'il indique que le véhicule pouvait être démarré avec une batterie en état de fonctionnement. Par suite, en considérant que le véhicule de M. A pouvait être enlevé et détruit, le maire de Sainte-Luce a méconnu les dispositions de l'article L. 325-1 du code de la route et entaché sa décision d'illégalité. Cette illégalité est fautive et de nature à engager la responsabilité de la commune.

Sur les préjudices matériel et moral :

5. M. A verse aux débats une expertise concernant un autre véhicule, qui n'a donc aucune utilité dans l'appréciation de la valeur de son véhicule enlevé et détruit. Il n'apporte aucune précision utile quant aux caractéristiques de ce véhicule et à son état, et ne contredit pas la commune qui soutient que ce véhicule n'était ni assuré ni à jour du contrôle technique. Par suite, M. A ne mettant pas le tribunal en mesure d'apprécier plus précisément la valeur marchande du véhicule enlevé, il sera fait une juste appréciation de son préjudice matériel en condamnant la commune de Sainte-Luce à verser à l'intéressé la somme de 1 000 euros.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. A, qui n'utilisait plus le véhicule litigieux, en condamnant la commune de Sainte-Luce à lui verser la somme de 300 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Sainte-Luce au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Sainte-Luce est condamnée à verser à M. A la somme de 1 300 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sainte-Luce au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Sainte Luce.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

S. de Palmaert

Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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