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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200351

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200351

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantLABOR & CONCILIUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2022 et le 8 décembre 2022, Mme C A épouse B, représentée par Me Célénice, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique lui a infligé la sanction disciplinaire de l'avertissement ;

2°) de mettre à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- l'administration n'a pas pris les mesures nécessaires pour faire cesser le harcèlement moral qu'elle subissait ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les éventuels manquements relevés s'expliquent par les conditions de travail délétères qu'elle subissait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2022, la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique, représentée par Me Bertrand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Célénice pour Mme A, et de Me Bertrand pour la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. Recrutée en 2006 par la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique, Mme A a été affectée en 2015 sur l'emploi de directrice de la communication. Par une décision du 5 avril 2022, le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique lui a infligé la sanction disciplinaire de l'avertissement. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques et morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 2° Infligent une sanction ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision de sanction du 5 avril 2022 mentionne l'article 61 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat sur lequel elle se fonde. Elle précise que la sanction est prononcée en raison de refus récurrents de Mme A de se conformer aux instructions de sa hiérarchie, et des retards répétés sur des dossiers urgents, des exemples étant donnés dans trois courriers en date des 22 juin 2021, 31 janvier 2022 et 7 mars 2022 joints à la décision. La décision attaquée indique en outre qu'en adressant au président de l'établissement des courriers au ton comminatoire et discourtois, elle a méconnu son obligation de respect due à sa hiérarchie. Ainsi, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat : " Les agents consacrent l'intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien du 1er avril 2022 et des courriers de rappel adressés à l'intéressée, que plusieurs retards et négligences pouvaient être reprochés à Mme A dans l'exercice de ses missions de directrice de la communication. L'agenda 2022 de l'établissement, préparé tardivement, n'a pu être diffusé avant fin janvier 2022 ; la lettre du président, prévue pour une parution tous les deux mois, n'est pas parue depuis février 2021 ; la communication interne était devenue quasi inexistante et le rapport d'activité de l'établissement n'a pas été publié depuis 2019. Il ressort ainsi des documents versés aux débats que Mme A a accumulé retards et négligences dans l'exercice de ses fonctions de directeur de la communication. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la matérialité des faits reprochés n'est pas établie.

6. D'autre part, Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la décision attaquée retient une méconnaissance du principe de respect de l'autorité hiérarchique, cette attitude incorrecte ressortant notamment du courrier du 7 juillet 2021 adressé au président de l'établissement, dans lequel l'intéressée emploie un ton particulièrement comminatoire et déplacé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 61 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat : " Toute faute commise par un agent dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / Les sanctions disciplinaires sont : sanctions du premier degré : l'avertissement () ".

8. Mme A soutient que les faits reprochés ne pouvaient être regardés comme fautifs dès lors qu'ils s'inscrivent dans une ambiance de travail particulièrement dégradée, subissant un harcèlement moral de la part de la secrétaire générale de l'établissement. Toutefois, il ne ressort aucunement des pièces du dossier que Mme A aurait subi des attitudes ou agissements de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son endroit de la part de la secrétaire générale de l'établissement. La chambre de métiers et de l'artisanat démontre au contraire avoir fait preuve d'une certaine bienveillance à l'égard de Mme A, acceptant notamment de lui accorder un long congé annuel dans une période peu compatible avec l'intérêt du service. Ainsi, le contexte conflictuel allégué par Mme A n'est pas établi et ne saurait remettre en cause le caractère fautif des manquements professionnels qui lui ont été reprochés. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut dès lors qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera la somme de 1 000 euros à la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique.

Article 3 : La présente requête sera notifiée à Mme C A épouse B et à la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le magistrat désigné,

S. de Palmaert

Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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