jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200402 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2022 et le 3 janvier 2023, Mme C A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la cheffe du service Protection économique du consommateur de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique a refusé d'initier une procédure pénale à l'encontre de la société Autos GM ;
2°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence, dans la mesure où, d'une part, la signataire de l'acte n'est pas l'agent qui a instruit sa plainte et, d'autre part, seul le procureur de la République pouvait procéder au classement de sa plainte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la société Autos GM s'est rendue coupable d'une infraction de tromperie, justifiant qu'un procès-verbal soit dressé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, la directrice de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- Mme A n'a pas intérêt à agir, dès lors que la décision contestée ne lui fait pas grief ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
La procédure a été régulièrement communiquée à la société Autos GM, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la consommation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- les observations de Mme A,
- et les observations de Mme B, représentant la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er octobre 2021, Mme A, estimant avoir été victime de tromperie commise par la société Autos GM dans le cadre de l'achat de son véhicule, a effectué un signalement sur le portail du ministère de l'économie et des finances. Ce signalement a été transmis au pôle Concurrence, consommation, répression des fraudes et métrologie (pôle C) de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique. Le 20 janvier 2022, la cheffe du service Protection économique du consommateur du pôle C a informé Mme A que, si des manquements à la réglementation ont été constatés lors des contrôles de l'établissement et ont fait l'objet des suites administratives appropriées, elle n'entendait pas, s'agissant de sa situation particulière, initier de procédure pénale à l'encontre de la société Autos GM. L'intéressée a formé un recours gracieux par courrier du 7 mars 2022, qui a été rejeté par la cheffe du pôle C le 18 mars 2022. Dans la présente instance, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision du 20 janvier 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, la circonstance, d'une part, que le contrôle de la société Autos GM ait été réalisé par un des agents de son service, ne saurait nullement impliquer que Mme B, cheffe du service Protection économique du consommateur, n'avait pas compétence pour signer la décision du 20 janvier 2022, informant Mme A de ce qu'aucune procédure pénale n'était initiée à la suite de son signalement. D'autre part, si Mme B a indiqué, de façon maladroite, qu'elle procédait au classement de sa plainte, le signalement de Mme A opéré auprès de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique ne peut être assimilé à un dépôt de plainte, au sens du code de procédure pénale. Par suite, la cheffe du service Protection économique du consommateur ne peut être regardée comme ayant exercé une prérogative du procureur de la République, mais a simplement entendu signifier qu'elle n'envisageait pas de donner de suite supplémentaire au signalement de Mme A. Elle n'a, ainsi, pas entendu se substituer à l'autorité judiciaire, qui demeure compétente pour se prononcer sur la plainte déposée par Mme A au commissariat de police du Lamentin le 7 avril 2022. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".
4. La décision par laquelle le directeur de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique refuse de dresser procès-verbal d'une infraction, qui procède de l'exercice du large pouvoir d'appréciation dont il dispose quant à l'opportunité d'engager une procédure pénale contre un contrevenant, ne constitue pas, à l'égard du demandeur, une décision administrative individuelle défavorable, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 211-2 précitées, et ne peut, en particulier, être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Par ailleurs, dans la mesure où les conditions de notification d'une décision administrative n'affectent pas sa légalité, la circonstance que la décision attaquée ne mentionnait pas les voies et délais de recours est sans incidence sur sa légalité. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation entachant la décision du 20 janvier 2022 doit, par suite, être écarté comme inopérant, ainsi que, à supposer qu'il soit soulevé, celui dirigé contre la décision du 18 mars 2022 portant rejet du recours gracieux de la requérante, ses vices propres ne pouvant, au demeurant, être utilement invoqués.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 511-3 du code de la consommation : " Les agents de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes sont habilités à rechercher et constater les infractions ou les manquements aux dispositions mentionnées à la présente section dans les conditions définies par celles-ci ". En outre, il résulte de l'article L. 511-11 de ce code que les agents sont habilités à rechercher et constater les infractions aux dispositions du livre IV, parmi lesquelles figure l'article L. 411-1 qui dispose que : " Il est interdit pour toute personne, partie ou non au contrat, de tromper ou tenter de tromper le contractant, par quelque moyen ou procédé que ce soit, même par l'intermédiaire d'un tiers : / 1° Soit sur la nature, l'espèce, l'origine, les qualités substantielles, la composition ou la teneur en principes utiles de toutes marchandises ; / 2° Soit sur la quantité des choses livrées ou sur leur identité par la livraison d'une marchandise autre que la chose déterminée qui a fait l'objet du contrat ; / 3° Soit sur l'aptitude à l'emploi, les risques inhérents à l'utilisation du produit, les contrôles effectués, les modes d'emploi ou les précautions à prendre. / Les dispositions du présent article sont également applicables aux prestations de services ". Selon l'article L. 454-1 de ce code : " La violation de l'interdiction prévue à l'article L. 441-1 est punie d'une peine d'emprisonnement de trois ans et d'une amende de 300 000 euros ". Enfin, aux termes de l'article L. 512-2 du même code : " Les infractions et les manquements sont constatés par des procès-verbaux, qui font foi jusqu'à preuve contraire ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a signé, dans le courant de l'année 2020, un bon de commande auprès de la société Autos GM pour l'achat d'un véhicule neuf de la marque Opel, modèle Grandland X Elite version 2E75-AG6Z. Selon les déclarations de l'intéressée, lors de la remise du véhicule, le 16 septembre 2021, alors qu'elle pensait signer le bon de livraison, elle a en réalité été invitée à signer, sans aucune information préalable, un avenant au bon de commande pour l'achat au même prix d'un véhicule neuf Opel du modèle Grandland X Elegance version 2E75-HN61, ne comportant pas toutes les options attendues. Toutefois, à supposer que les faits tels que présentés dans la requête soient susceptibles de constituer une tromperie au sens de l'article L. 411-1 du code de la consommation, Mme A ayant été intentionnellement invitée à signer, le jour même de la livraison du véhicule, un avenant au bon de commande portant sur un modèle distinct sans avoir été mise en mesure d'en comprendre les conséquences, le fait qu'une infraction soit caractérisée n'implique pas nécessairement que l'administration soit tenue d'en dresser procès-verbal, transmis à l'autorité judiciaire. En effet, si l'administration est tenue de faire respecter la réglementation, elle dispose néanmoins d'un large pouvoir d'appréciation quant aux suites qu'elle entend donner à ses contrôles. Les agents de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes disposent ainsi d'autres moyens à leur disposition pour sanctionner les infractions, en particulier les pouvoirs définis aux sections 1 à 3 du chapitre II du titre 1er du code de la consommation, et peuvent mettre en œuvre les mesures prévues à l'article L. 521-1 et à la section 2 du chapitre 1er du titre II. En l'espèce, à la suite du signalement opéré par Mme A, l'agent de contrôle s'est rendu dans les locaux de la société Autos GM, afin notamment d'évoquer ce dossier. Il est constant qu'il a rappelé à la société ses obligations légales et réglementaires, et l'a incitée à conclure un arrangement amiable avec l'intéressée. Dans ces conditions, l'administration, qui n'est pas restée inactive, a pu sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer qu'il n'était pas pertinent de dresser procès-verbal, alors, d'une part, que le trouble à l'ordre public était modéré, Mme A étant la seule victime de l'infraction alléguée et, d'autre part, que la matérialité et l'intentionnalité de l'infraction étaient difficiles à établir, le procès-verbal ne pouvant s'appuyer que sur des constats personnellement opérés par l'agent de contrôle, et non sur les déclarations de la requérante. Le moyen tiré de ce que la cheffe du service Protection économique du consommateur a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de dresser procès-verbal de l'infraction de tromperie doit, par suite, être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la cheffe du service Protection économique du consommateur du pôle C de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique a refusé d'initier une procédure pénale à l'encontre de la société Autos GM. Sa requête doit, dès lors, être rejetée. Le présent jugement ne fait toutefois pas obstacle à ce que Mme A, si elle s'y croit fondée, saisisse le tribunal judiciaire de Fort-de-France du litige civil qui l'oppose à la société Autos GM.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A sur ce fondement soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, alors au demeurant que la requérante n'est pas représentée par un avocat et ne justifie pas de frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à la société Autos GM.
Copie du présent jugement sera adressée à la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Phulpin, conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe premier conseiller faisant fonction de président,
S. de Palmaert
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026