lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200414 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 6 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Bel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de cession d'une parcelle située dans la zone des cinquante pas géométriques, dans le centre-bourg de la commune de Case-Pilote ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de rendre un avis favorable à la cession de la parcelle ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- le premier motif retenu par la décision attaquée est entaché d'erreur d'appréciation puisqu'elle occupe une maison d'habitation édifiée sur la parcelle avant le 1er janvier 2010 et que l'état de délabrement de la construction ne pouvait lui être opposé ;
- le second motif retenu par la décision attaquée est entaché d'erreur de droit, aucune disposition ne prévoyant que l'existence d'un projet d'aménagement puisse légalement justifier le rejet d'une demande de cession d'un terrain situé dans la zone des cinquante pas géométriques ;
- ce motif est également entaché d'erreur d'appréciation puisque la parcelle n'est concernée par aucun projet d'aménagement mené par la ville, le maire ayant notamment verbalement donné son accord à la demande de cession.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet de la Martinique et l'agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques de la Martinique concluent au rejet de la requête.
Ils soutiennent que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Bel, avocate de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande du 21 août 2019 adressée au préfet de la Martinique, Mme B A a sollicité la cession à titre onéreux d'une parcelle située dans la zone des cinquante pas géométriques, au centre-bourg de la commune de Case-Pilote. Le préfet de la Martinique a rejeté cette demande par décision du 11 janvier 2022. L'intéressée a alors formé, par courrier daté du 14 mars 2022, un recours gracieux qui a été rejeté par décision du 9 juin 2022. Dans la présente instance, Mme A demande au tribunal administratif, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision préfectorale du 11 janvier 2022 portant rejet de sa demande de cession onéreuse de la parcelle et d'enjoindre au préfet de la Martinique, sous conditions de délai et d'astreinte, de rendre un avis favorable à la cession onéreuse de la parcelle ou, à défaut, de réexaminer sa demande.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. L'article L. 5111-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose : " La zone comprise entre la limite du rivage de la mer et la limite supérieure de la zone dite des cinquante pas géométriques définie à l'article L. 5111-2 fait partie du domaine public maritime de l'Etat. " L'article L. 5112-6 du même code dispose : " Les terrains situés dans les espaces urbains et les secteurs occupés par une urbanisation diffuse, délimités conformément aux articles L. 5112-1 et L. 5112-2, peuvent être déclassés aux fins de cession aux personnes ayant édifié ou fait édifier avant le 1er janvier 2010, ou à leurs ayants droit, des constructions à usage d'habitation () ".
3. Pour s'opposer par la décision attaquée du 11 janvier 2022 à la demande déposée par Mme A tendant à la cession d'une parcelle située dans la zone dite des cinquante pas géométriques, le préfet de la Martinique s'est fondé sur deux motifs distincts, l'un tiré de ce que la parcelle est vide de toute construction à usage d'habitation ou professionnel et l'autre tiré de ce que la parcelle est concernée par un projet d'aménagement mené par la ville.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'une petite maison de pêcheur à usage d'habitation et sa dépendance ont été édifiées sur la parcelle litigieuse par la famille de Mme A il y a de très nombreuses années, bien avant le 1er janvier 2010. La requérante, qui a passé son enfance puis a habité dans cette maison, a déposé le 21 août 2019 une demande de cession de la parcelle en sa qualité d'ayant-droit. La seule circonstance que la maison ait cessé pendant un temps d'être occupée et soit tombée temporairement dans un état de délabrement, ainsi qu'il ressort du procès-verbal de constat d'huissier dressé le 18 février 2022, est sans incidence sur l'application des dispositions citées au point précédent de l'article L. 5112-6 du code général de la propriété des personnes publique, lesquelles ne conditionnent pas la cession à l'occupation de la construction à usage d'habitation à la date de la demande de cession ou à l'état du bâti à cette même date. Il s'ensuit que Mme A est fondée à soutenir que le premier motif de rejet de sa demande retenu par le préfet de la Martinique, tiré de ce que la parcelle est vide de toute construction à usage d'habitation ou professionnel, est entaché d'erreur d'appréciation. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.
5. En second lieu, si la décision attaquée du 11 janvier 2022 fait référence en des termes généraux à un projet d'aménagement qui serait envisagé par la commune de Case-Pilote, elle ne comporte toutefois aucune précision sur la nature de ce projet. Les éléments produits en défense par le préfet de la Martinique, qui établissent seulement que la commune a, dans le cadre de la poursuite de sa politique d'aménagement et de développement du centre-bourg, rendu un avis négatif sur la demande de cession d'une maison d'habitation différente implantée sur une autre partie de la parcelle cadastrale et a procédé auprès des héritiers concernés à l'acquisition du bâti de cette construction, n'établissent pas, à eux-seuls, qu'un projet d'aménagement ou une opération d'utilité publique réellement menée par la ville s'opposerait à la cession de la portion de la parcelle supportant la maison d'habitation édifiée par les ascendants de la requérante. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que le second motif de rejet de sa demande retenu par le préfet de la Martinique, tiré de ce que la parcelle est concernée par un projet d'aménagement mené par la ville, est entaché d'erreur d'appréciation. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des motifs retenus par le préfet de la Martinique pour s'opposer à la demande de cession onéreuse de Mme A sont entachés d'illégalité. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le dernier moyen soulevé par la requérante, il y a lieu d'annuler la décision attaquée du préfet de la Martinique du 11 janvier 2022.
Sur l'injonction et l'astreinte :
7. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique seulement un réexamen de la demande de Mme A. Par suite, il est enjoint au préfet de la Martinique de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme A.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 % par une décision du 30 août 2022. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bel, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bel de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision attaquée du préfet de la Martinique du 11 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Martinique de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bel une somme de 1 500 (mille cinq cent) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Bel, à l'agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques de la Martinique et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026