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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200421

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200421

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJURISCARIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 6 septembre 2022, M. A B et Mme C B, représentés par Me Monotuka, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 972209 19BR045 du 4 octobre 2019 par lequel le maire de la commune de Fort-de-France a accordé à la SASU M.A.T. un permis de construire en vue de la démolition d'une maison d'habitation et de l'édification d'une résidence de deux bâtiments comportant 30 logements de type F2 à F4 sur une parcelle située quartier Beauséjour sur le territoire de la commune de Fort-de-France ;

2°) d'annuler l'arrêté n° PC 972209 19BR045 M02 du 27 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Fort-de-France a accordé à la SASU Résidence Florial, qui a bénéficié du transfert du permis de construire délivré le 4 octobre 2019 à la SASU M.A.T., un permis de construire modificatif en vue de l'édification d'une résidence à usage d'habitation constituée de deux bâtiments comprenant un total de 42 logements de type F2 à F4 sur une parcelle située quartier Beauséjour sur le territoire de la commune de Fort-de-France ;

3°) d'annuler l'arrêté n° PC 972209 19BR045 M02 du 20 février 2022 par lequel le maire de la commune de Fort-de-France a rectifié son arrêté du 27 janvier 2022 portant délivrance à la SASU Résidence Florial d'un permis de construire modificatif en vue de l'édification d'une résidence à usage d'habitation constituée de deux bâtiments comprenant un total de 42 logements de type F2 à F4 sur une parcelle située quartier Beauséjour sur le territoire de la commune de Fort-de-France ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Fort-de-France une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les dossiers de permis de construire déposés par les sociétés bénéficiaires n'étaient pas conformes aux articles A. 431-4 et A. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme ;

- ils sont illégaux dès lors qu'ils n'ont pas fait l'objet d'un affichage en mairie et que la SASU M.A.T. n'établit pas qu'elle aurait procédé à un affichage régulier du permis sur le terrain d'assise du projet ;

- le projet de construction leur cause un trouble grave de voisinage et crée des nuisances visuelles, sonores et des pollutions de toutes sortes auprès des parcelles avoisinantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, la commune de Fort-de-France conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme B une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du 4 octobre 2019 sont irrecevables dès lors que les requérants ne lui ont pas notifié l'intégralité de leur recours, en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable dans la mesure où les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir en méconnaissance de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

La procédure a été régulièrement communiquée à la SASU M.A.T. et à la SASU Résidence Florial, qui n'ont produit aucune observation malgré une lettre de mise en demeure qui leur a été adressée par un courrier du 18 octobre 2022.

Par ordonnance du 9 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Nicolas, avocat de la commune de Fort-de-France.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU M.A.T. a déposé le, 1er avril 2019, une demande de permis de construire en vue de la démolition d'une maison d'habitation et de l'édification d'une résidence de deux bâtiments comportant 30 logements de type F2 à F4 sur une parcelle située quartier Beauséjour sur le territoire de la commune de Fort-de-France. Le maire de la commune de Fort-de-France a délivré ce permis de construire par un arrêté du 4 octobre 2019. Par un nouvel arrêté du 20 octobre 2020, il a autorisé le transfert du permis de construire au profit de la SASU Résidence Florial. Cette société a déposé, le 15 juillet 2021, une demande de permis modificatif afin de transformer des logements privés en logements sociaux et de porter à un total de 42 le nombre de logements de la résidence d'habitation. Le maire de la commune de la commune de Fort-de-France a fait droit à cette demande et délivré le permis modificatif sollicité par un arrêté du 27 janvier 2022. Par un nouvel arrêté du 20 février 2022, il a apporté des rectifications à ce permis modificatif. Dans la présente instance, M. A B et Mme C B demande au tribunal administratif d'annuler les trois arrêtés du maire de la commune de Fort-de-France du 4 octobre 2019, portant délivrance d'un permis de construire initial, du 27 janvier 2022, portant délivrance d'un permis de construire modificatif, et du 20 février 2022, portant rectification de ce permis de construire modificatif.

Sur la légalité des arrêtés attaqués :

2. En premier lieu, l'article A. 431-4 du code de l'urbanisme dispose : " La demande de permis de construire prévue aux articles R. 421-1 et R. 421-14 à R. 421-16 est établie conformément aux formulaires enregistrés par le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique : / () b) Sous le numéro Cerfa 13409 lorsque la demande porte sur une construction autre qu'une maison individuelle ou ses annexes. / La demande de permis de construire contient également la déclaration des éléments nécessaires au calcul des impositions prévus à l'article R. 431-5, établie conformément au modèle joint aux formulaires susmentionnés. " L'article A. 431-5 du même code dispose : " Le demandeur annexe à la demande de permis de construire un bordereau de dépôt, établi conformément au modèle annexé aux formulaires mentionnés à l'article A. 431-4, identifiant celles des pièces qui sont jointes à la demande. ".

3. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire initiale que la SASU M.A.T. a déposée auprès des services de la commune de Fort-de-France le 1er avril 2019 a été présentée avec le modèle Cerfa 13409. Elle comportait le bordereau des pièces jointes ainsi que la déclaration des éléments nécessaires au calcul des impositions pour les demandes de permis de construire prévues par l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme. D'autre part, la demande que la SASU Résidence Florial a déposée auprès de la mairie de Fort-de-France le 15 juillet 2021, sur la base de laquelle ont été édictés les deux arrêtés attaqués du 27 janvier 2022 et du 20 février 2022, constituait une demande de modification d'un permis de construire. Elle devait dès lors être établie selon le formulaire Cerfa défini à l'article A. 431-7 du code de l'urbanisme, et non celui défini par les dispositions citées au point précédent des articles A. 431-4 et A. 431-5 du même code, qui n'étaient ainsi pas applicables à cette demande de permis modificatif. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les demandes de permis de construire initiale et de modification d'un permis de construire déposées par la SASU M.A.T. et la SASU Résidence Florial n'étaient pas conformes aux dispositions des articles A. 431-4 et A. 431-5 du code de l'urbanisme. Les moyens doivent, par suite, être écartés.

4. En deuxième lieu, M. et Mme B se bornent à reproduire en intégralité les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme et à soutenir que celles-ci ne seraient pas respectées en l'espèce. Toutefois, ils ne précisent pas les raisons pour lesquelles ces dispositions seraient, selon eux, méconnues, ni ne font état de dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords avec lesquelles le projet de construction ne serait, d'après eux, pas en conformité. Il s'ensuit que le moyen ainsi soulevé n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, à supposer même que les arrêtés attaqués des 4 octobre 2019, 27 janvier 2022 et 20 février 2022 n'auraient pas fait l'objet des formalités d'affichage en mairie prévues à l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme et que la société pétitionnaire n'aurait pas affiché le permis de construire initial sur le terrain d'assiette du projet, ces circonstances seraient en tout état de cause sans influence sur la légalité des arrêtés attaqués. Les moyens sont dès lors inopérants. Ils doivent, par suite, être écartés.

6. En quatrième lieu, l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est susceptible, en raison de sa localisation, d'être exposé à des nuisances graves, dues notamment au bruit. " A supposer même que M. et Mme B aient entendu invoquer la méconnaissance de ces dispositions, celles-ci, en application de l'article R. 111-1 du même code, ne s'appliquent toutefois pas dans le territoire des communes qui, comme la ville de Fort-de-France, sont dotées d'un plan local d'urbanisme. Le moyen est dès lors inopérant et doit, par suite, être écarté, à supposer même qu'il soit soulevé.

7. En cinquième lieu, le permis de construire étant délivré sous réserve des droits des tiers, le moyen tiré de ce que la construction projetée serait à l'origine pour les requérants de troubles de voisinage, résultant d'une perte de visibilité, de troubles sonores ou de pollutions de toutes sortes, est inopérant. Il doit, par suite, être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à contester la légalité des arrêtés attaqués du maire de la commune de Fort-de-France des 4 octobre 2019, 27 janvier 2022 et 20 février 2022. Les conclusions principales de leur requête tendant à l'annulation de ces arrêtés doivent, par suite, être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Fort-de-France.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Fort-de-France, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme demandée par la commune de Fort-de-France au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Fort-de-France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à la commune de Fort-de-France, à la SASU M.A.T. et à la SASU Résidence Florial.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le rapporteur,

V. Phulpin

La présidente,

H. Rouland-BoyerLa greffière,

J. Lemaître

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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