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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200432

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200432

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2022 et le 27 janvier 2023, M. D B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2020 par lequel le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet de la Martinique l'a assigné à résidence, sur le territoire de la commune du Lamentin, pour une durée maximale de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'a pas reçu notification de cet arrêté ;

- il méconnaît l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris avant que le délai de recours pour saisir la Cour nationale du droit d'asile ne soit expiré ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Sur la décision d'assignation à résidence :

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a pas produit de mémoire.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes, conseillère,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 27 décembre 1985, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 19 mars 2019, dépourvu de tout visa et de tout cachet d'entrée en France sur ses documents de voyage, après avoir transité par la République dominicaine et l'île de la Dominique. Il a fait l'objet, le 11 mai 2020, d'une obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qu'il n'a pas exécutée. Le 23 mars 2022, le préfet de la Martinique l'a assigné à résidence, sur le territoire de la commune du Lamentin, pour une durée maximale de six mois, avec obligation de se présenter une fois par semaine, entre 8h00 et 11h00 hors dimanches et jours fériés, au commissariat du Lamentin, sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 11 mai 2020 ainsi que la décision du 23 mars 2022, et d'enjoindre au préfet de la Martinique de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 11 mai 2020 :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet de la Martinique du 11 mai 2020 portant obligation de quitter le territoire français a été notifié à M. B par courrier recommandé avec accusé de réception à l'adresse indiquée par l'intéressé, qui correspond d'ailleurs à celle mentionnée sur la demande d'autorisation de travail qu'il produit, et a été retourné aux services de la préfecture de la Martinique le 16 juin 2020 avec la mention " destinataire inconnu à cette adresse ". Le requérant, à qui il incombait de faire connaître son changement d'adresse à l'administration ou de prendre les mesures nécessaires pour faire suivre son courrier, est réputé avoir reçu notification régulière de ce courrier. En l'absence de recours contentieux, cette décision, qui mentionnait les voies et délais de recours, est devenue définitive à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de sa notification. Par conséquent, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2020 sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 23 mars 2022 :

3. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles le préfet signifie à l'étranger l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ainsi que les décisions accessoires. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision d'assignation à résidence. Dans ces conditions, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire préalable doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Martinique n'aurait pas procédé à un examen sérieux et individualisé de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a déclaré être entré irrégulièrement en France le 19 mars 2019, s'est maintenu sur le territoire français malgré l'obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, dont il a fait l'objet le 11 mai 2020. Par arrêté du 23 mars 2022, le préfet de la Martinique l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune du Lamentin, pour une durée de six mois maximum. Il a également été astreint, jusqu'à son départ effectif du territoire français et à l'exception des dimanches et jours fériés, à une obligation de présentation une fois par semaine au commissariat de police du Lamentin, situé à trois kilomètres du domicile de Mme C, qu'il expose être sa sœur chez qui il est hébergé. Dans la mesure où il se borne à se prévaloir de l'existence de liens familiaux avec Mme C, ainsi que d'une demande d'autorisation de travail ni datée ni signée, et eu égard aux effets d'une mesure d'assignation à résidence, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'assignation à résidence dont il fait l'objet porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant abrogées, ainsi que de l'article L. 435-1 du même code, sont inopérants à l'encontre d'une décision d'assignation à résidence et ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Martinique du 11 mai 2020 portant obligation de quitter le territoire français et de la décision du 23 mars 2022 l'assignant à résidence sur le territoire de la commune du Lamentin doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D B et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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