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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200454

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200454

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBBLM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Araucarias, représentée par Me Strella, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 juin 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2017, ainsi que des intérêts de retard et majorations ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction en base de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 juin 2017, à hauteur de 150 000 euros, ainsi que des conséquences financières en découlant ;

3°) de prononcer la décharge de la majoration pour manquement délibéré à laquelle elle a été assujettie sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ;

5°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le droit de reprise de l'administration au titre des impositions de l'année 2017 était prescrit à la date à laquelle la proposition de rectification lui a été notifiée ;

- c'est à bon droit qu'elle a déduit de ses résultats la provision pour facture non parvenue d'un montant de 150 000 euros HT ;

- la majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée, dans la mesure où elle a spontanément régularisé sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. B exerce une activité de promotion immobilière de logements. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, portant sur la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale, selon une procédure de rectification contradictoire, a mis à sa charge, par une proposition de rectification du 9 juin 2021, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 30 juin 2017, 2018 et 2019 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019, assortis d'intérêts de retard et de la majoration pour manquement délibéré. A la suite d'une réclamation présentée par la société le 14 janvier 2022, un dégrèvement partiel lui a été accordé par une décision du 29 juin 2022. Par la présente requête, B doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2019, ainsi que des pénalités de retard et de la majoration pour manquement délibéré.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". En outre, aux termes de l'article L. 176 de ce livre : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. () / Dans le cas où l'exercice ne correspond pas à une année civile, le délai part du début de la première période sur laquelle s'exerce le droit de reprise en matière d'impôt sur le revenu et d'impôt sur les sociétés et s'achève le 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle se termine cette période () ". Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales que, dans le cas où l'exercice ne correspond pas à une année civile, le délai de reprise de l'administration s'apprécie par référence à la période sur laquelle peut s'exercer le droit de reprise en matière d'impôt sur le revenu et d'impôt sur les sociétés et part du début de la première période sur laquelle s'exerce le droit de reprise en ce qui concerne ces impositions et s'achève le 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle se termine cette période.

3. D'autre part, l'article L. 189 du même livre dispose que : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun ". Par ailleurs, l'article 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période dispose que : " I.- Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : / 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 ; / 2° Accordés à l'administration ou à toute personne ou entité et prévus par les dispositions du titre II des première, deuxième et troisième parties du livre des procédures fiscales, à l'exception des délais de prescription prévus par les articles L. 168 à L. 189 du même livre, par les dispositions de l'article L. 198 A du même livre en matière d'instruction sur place des demandes de remboursement de crédits de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que par les dispositions de l'article 67 D du code des douanes ; () ".

4. En l'espèce, dans la mesure où B clôture ses exercices au 30 juin, le délai de reprise de l'administration fiscale expirait, en matière d'impôt sur les sociétés de l'exercice clos en 2017 et de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2017, le 14 juin 2021 à minuit. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 9 juin 2021 a été adressée par voie dématérialisée à M. A, représentant légal de B, par le biais de l'application dénommée " Escale V2 " (transfert sécurisé de fichiers). Il ressort sans ambiguïté du rapport relatif à cet envoi, produit en défense par la direction de contrôle fiscal Ile-de-France, qu'un courriel intitulé " SARL Araucarias - proposition de rectification " a été envoyé à l'adresse électronique de M. A, que ce courriel contenait un lien permettant de télécharger la proposition de rectification en cause, et que celle-ci a été téléchargée par l'intéressé le 14 juin 2021 à 13h20. Si la société requérante soutient que l'envoi de la proposition de rectification par voie dématérialisée n'était pas régulier et n'a, ainsi, pas pu interrompre le délai de reprise, il ne ressort toutefois d'aucun texte législatif ou réglementaire qu'une proposition de rectification devrait nécessairement être adressée par voie postale, ni même qu'un envoi électronique devrait nécessiter l'accord préalable du contribuable, le décret n° 2015-243 du 2 mars 2015 invoqué par la requérante ne s'appliquant qu'aux actes de poursuite notifiés aux établissements de crédit, aux sociétés de financement et aux organismes gérant des régimes de protection sociale. En outre, les dispositions de l'article R. 103-1 du livre des procédures fiscales ne visent qu'à garantir le secret des correspondances entre l'administration et les contribuables, ce que permet la voie dématérialisée utilisée en l'espèce. Dans la mesure où il n'est pas contesté que l'adresse électronique utilisée par l'administration fiscale, transmise par l'épouse de M. A, était exacte, et alors qu'il est établi que le représentant de la société Araucarias a pris connaissance de la proposition de rectification le 14 juin 2021, sa notification par voie dématérialisée, qui présente les mêmes garanties pour le contribuable qu'un envoi postal, a valablement interrompu le délai de reprise dont disposait le service. Par suite, le moyen tiré de la prescription du droit de reprise de l'administration fiscale doit être écarté.

5. En second lieu, le 2 de l'article 38 du code général des impôts dispose que : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

6. L'administration fiscale a réintégré aux résultats de l'exercice clos le 30 juin 2017 une provision, pour facture non parvenue de la société Terra finances d'un montant de 150 000 euros HT, qu'elle a regardée comme un passif injustifié, en l'absence de production d'une convention ou d'une facture relative à cet achat de la société Terra finances. En l'espèce, il est constant que la facture correspondante n'est, en réalité, jamais parvenue à la société requérante, puisqu'aucune charge n'a été comptabilisée, à ce titre, pendant l'exercice 2018. B, qui n'apporte aucun justificatif de la réalité d'une prestation exercée par la société Terra finances à son profit, se borne à soutenir que cette provision, pour facture non parvenue, a été inscrite à tort sur le compte " achat de matériel, équipement ", alors qu'il s'agissait en réalité d'honoraires provisionnés pour la société Terra finances, et qu'elle aurait été comptabilisée de nouveau, en fin d'exercice 2018, au profit de la société Terra développement, qui se serait substituée à la société Terra finances. Toutefois, ces allégations, qui ne sont étayées par aucune pièce, ne peuvent suffire à justifier une telle écriture, alors que, ainsi que l'a retenu l'administration fiscale sans être contestée sur ce point, la facture non parvenue de Terra développement comptabilisée au titre de l'exercice clos le 30 juin 2018, pour un montant de 400 000 euros HT, correspond à une facture non parvenue qui sera émise à la fin du chantier, conformément à la convention d'assistance de maîtrise d'ouvrage conclue le 22 janvier 2015. Dans la mesure où le contribuable ne justifie pas du principe même de la déductibilité de cette provision, l'administration fiscale était fondée à réintégrer dans son bénéfice imposable de l'exercice clos en 2017, la somme de 150 000 euros.

Sur la majoration pour manquement délibéré :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

8. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur la discordance existant entre le chiffre d'affaires tel qu'il a été déclaré et celui qui a été comptabilisé au titre des périodes d'imposition vérifiées. Si, pour attester de sa bonne foi, B soutient qu'elle a procédé à une régularisation de taxe sur la valeur ajoutée collectée sur sa déclaration du mois d'août 2020, cette circonstance, qui n'est au demeurant pas établie, est en tout état de cause sans incidence sur le caractère délibéré de l'omission de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée, lequel s'apprécie au moment de la déclaration initiale de cette taxe. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré de B à ses obligations déclaratives et, par suite, du bien-fondé des majorations mises à sa charge en application de l'article 1729 du code général des impôts précité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que B n'est pas fondée à demander la décharge ni la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2017, ainsi que des intérêts de retard et majorations mis à sa charge.

Sur les dépens :

10. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de B tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à B la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à B et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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