jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MONOTUKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, Mme E B, représentée par Me Monotuka, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence, sa signataire ne justifiant d'aucune délégation régulière ;
- il n'est pas établi que l'auteure de la décision attaquée aurait signé l'acte original ;
- la décision méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle vit en Martinique avec sa mère, son père, sa sœur et sa tante, et qu'elle est scolarisée au lycée professionnel polyvalent du nord Caraïbe ;
- elle méconnait pour les mêmes raisons les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produit aucune observation malgré une lettre de mise en demeure qui lui a été adressée par courrier du 19 septembre 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, ressortissante haïtienne née le 21 juin 2000, est entrée irrégulièrement en France le 15 décembre 2019, sous couvert d'un passeport délivré par les autorités de la République d'Haïti, dépourvu de tout visa et de tout cachet d'entrée en France, après avoir transité par la République dominicaine et l'île de la Dominique. Suite à l'interpellation de l'intéressée lors de son entrée sur le territoire national, le préfet de la Martinique a pris à son encontre, le 16 décembre 2019, un arrêté l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. N'ayant pas formé de recours à l'encontre de cet arrêté, Mme B s'est toutefois maintenue en France et a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 14 décembre 2020, décision que l'intéressée n'a pas contestée devant la cour nationale du droit d'asile. Elle s'est cependant maintenue en France et a alors sollicité, le 3 février 2022, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 2 juin 2022, le préfet de la Martinique a rejeté cette demande. Dans la présente instance, Mme B demande au tribunal administratif d'annuler cette dernière décision et d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. En premier lieu, par arrêté n° R02-2022-02-11-00004 du 11 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs général n° R02-2022-042 du 14 février 2022, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à Mme D A de Monchy, secrétaire générale de la préfecture de la Martinique, à l'effet de signer, notamment, tous les actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des arrêtés de conflits, des déclinatoires de compétence et des réquisitions du comptable public. Cette délégation inclut ainsi l'ensemble des arrêtés et décisions pris à l'égard des ressortissants étrangers, notamment les décisions de refus de titre de séjour. Il s'ensuit que Mme A de Monchy était compétente pour signer, au nom du préfet de la Martinique, la décision attaquée du 2 juin 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Le moyen d'incompétence n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, si la requérante affirme qu'il n'est pas établi que l'original de l'acte attaqué comporterait la signature manuscrite de son auteure, elle n'apporte aucun élément permettant de faire douter que l'original n'aurait pas été régulièrement signé alors que la signature manuscrite figurait sur l'ampliation notifiée et qu'il n'est pas allégué que la copie aurait été contrefaite. Le moyen n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " D'autre part, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement en France le 15 décembre 2019 afin de rejoindre son père. Scolarisée à compter de septembre 2020 au sein du lycée professionnel du nord Caraïbe de Bellefontaine en classe de certificat d'aptitude professionnelle spécialité commercialisation et services en hôtel-café-restaurant, elle soutient qu'elle vit en Martinique avec sa mère, son père, sa sœur prénommée Minélie, âgée de 16 ans et scolarisée en classe de 2nde générale, ainsi que l'une de ses tantes bénéficiant d'une carte de résident. Toutefois, il est constant que tant les parents de la requérante que la sœur de cette dernière se trouvent en situation irrégulière sur le territoire français, de même qu'une autre de ses tantes et plusieurs cousines. Mme B ne justifie, en outre, à la date de la décision attaquée, que de moins de deux ans et demi de présence sur le territoire français, où elle demeure célibataire et sans enfant à charge. Il n'est par ailleurs pas établi, ni même simplement soutenu, qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales et affectives dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans ces conditions, compte-tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, malgré l'investissement dans sa scolarité, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à contester la légalité de la décision attaquée du préfet de la Martinique du 2 juin 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Les conclusions principales de sa requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur l'injonction :
7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- M. de Palmaert, premier conseiller,
- M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
V. C
La présidente,
H. Rouland-BoyerLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026