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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200479

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200479

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJURISCARIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 août 2022 et le 13 janvier 2023, M. D C et Mme B C, représentés par la SELARL Galy et associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le maire de Fort-de-France a délivré à M. E un permis de construire portant sur une construction existante, afin de transformer une partie du rez-de-chaussée en cabinet médical et de réaliser huit places de stationnement en surélévation, sur la parcelle cadastrée section AC n° 0041, située 47 route de Moutte à Fort-de-France ;

2°) d'annuler la décision implicite du 11 juin 2022 par laquelle le maire de Fort-de-France a rejeté leur recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fort-de-France et de M. E la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'auteur de l'acte est incompétent, faute de disposer d'une délégation de signature régulière ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, dans la mesure où la notice architecturale est insuffisante et contradictoire avec les plans et que les documents graphiques et photographiques ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet ;

- le projet méconnaît l'article 3 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article 6 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article 9 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article 11 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article 12 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, M. A E, représenté par la SELARL Shakti, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens et la somme de 4 000 euros soient mis à la charge solidaire de M. et Mme C.

Il fait valoir que :

- M. et Mme C ne justifient pas d'un intérêt pour agir suffisant, tandis qu'ils ne démontrent pas être propriétaires de la parcelle cadastrée section AC n° 587 ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, la commune de Fort-de-France, représentée par la SELAS JurisCarib, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens et la somme de 3 000 euros soient mis à la charge de M. et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. et Mme C ne justifient pas d'un intérêt pour agir suffisant ;

- les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Nicolas, représentant la commune de Fort-de-France.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 novembre 2021, le maire de Fort-de-France a délivré à M. E un permis de construire portant sur un changement de destination partiel d'une construction existante, afin d'accueillir un cabinet médical au rez-de-chaussée, et la création de huit places de stationnement en surélévation, sur la parcelle cadastrée section AC n° 0041, située 47 route de Moutte à Fort-de-France. M. et Mme C ont formé un recours gracieux contre ce permis de construire, implicitement rejeté par le maire de Fort-de-France le 11 juin 2022. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2021, ensemble le rejet de leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants, qui justifient d'un titre de propriété de la parcelle AC 587, anciennement numérotée AC 257, sont voisins immédiats du projet. Leur maison d'habitation, implantée de l'autre côté de l'impasse René Barclay, auparavant dénommée impasse de Moutte, fait face à la construction existante pour laquelle le projet en litige prévoit notamment la modification de l'aspect extérieur de la construction et la création d'une aire de stationnement surélevée destinée à accueillir les patients du cabinet médical. Les requérants font état d'une perte d'intimité et de l'afflux de circulation que va générer le projet sur l'impasse René Barclay, compte tenu de l'installation d'un cabinet médical. Ils justifient ainsi d'un intérêt suffisant à contester le permis de construire litigieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par M. E et la commune de Fort-de-France doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme dispose que : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; () ". L'article R. 431-7 du même code dispose que : " Sont joints à la demande de permis de construire : () / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". En outre, aux termes de l'article R. 431-8 de ce code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Il ressort des pièces du dossier que le formulaire Cerfa n° 13409 de demande de permis de construire, qui fait état de huit places de stationnement existantes, prévoit notamment la création de trois places de stationnement en R+1 pour le logement T5, et d'un cabinet médical au rez-de-chaussée disposant de cinq nouvelles places de stationnement dédiées. Le projet a toutefois évolué à plusieurs reprises durant l'instruction du permis de construire, le pétitionnaire ayant déposé deux notices architecturales, dont les tampons apposés par le service instructeur ne permettent pas de déterminer leur chronologie. La notice descriptive datée du 8 juillet 2021 mentionne ainsi sept places de stationnement au rez-de-jardin, trois places au rez-de-chaussée et quatre places en R+1, tandis que la seconde notice fait état d'un parking extérieur existant devant l'immeuble pouvant accueillir près de huit véhicules et la création de places de stationnement extérieures devant la construction sur deux niveaux, sans plus de précision. Toutefois, le plan de masse avant travaux ne fait apparaître que sept places de stationnement existantes, en rez-de-jardin, tandis que le plan de masse du projet, dans sa version initiale du 3 février 2021, fait figurer huit places de stationnement existantes au rez-de-jardin et prévoit la création de cinq places de stationnement surélevées affectées au cabinet médical en rez-de-chaussée, à l'est de la construction existante et accessibles depuis l'impasse de Moutte, et trois places affectées au logement implantées au nord-ouest de la construction. Le pétitionnaire a ensuite déposé un nouveau plan de masse le 25 juin 2021, qui fait cette fois apparaître trois places de stationnement surélevées affectées au cabinet médical accessibles depuis le rez-de-jardin par l'emprunt d'une rampe d'accès nouvellement créée, et trois places de stationnement au nord-ouest. Le plan de masse du 8 juillet 2021 fait finalement figurer sept places de stationnement existantes en rez-de-jardin et désormais quatre places de stationnement au nord-ouest de la construction, portant ainsi à 14 le nombre total de places de stationnement, contrairement aux 16 indiquées dans le document Cerfa. Si le pétitionnaire fait valoir, en dépit de toute logique, que le plan de masse initial déposé le 3 février 2021 est le seul valable, mais se prévaut néanmoins de la création d'une rampe d'accès qui ne figure que sur les plans ultérieurs, la commune de Fort-de-France soutient, quant à elle, que seuls les derniers plans doivent être pris en compte, confirmant ainsi que l'appréciation du service instructeur a nécessairement été faussée par ces imprécisions et incohérences. Par ailleurs, s'agissant des accès à la construction, la notice architecturale du 8 juillet 2021 prévoit que la desserte du projet s'effectuera au nord par l'impasse de Moutte, tandis que la seconde notice indique que cet accès se fera par la route départementale menant à Fort-de-France, qui longe la parcelle AC 0041 au sud. Les plans de masse successifs font également apparaître plusieurs accès différents. Le plan de masse du 3 février 2021 fait ainsi état de trois accès le long de l'impasse permettant respectivement d'accéder à l'aire de stationnement prévue en R+1, à celle au rez-de-chaussée dédiée au cabinet médical et à l'aire de stationnement existante en rez-de-jardin. Les plans de masse ultérieurs remplacent toutefois les deux premiers accès véhicules par des accès piétons, ne matérialisant ainsi plus aucun accès depuis la voie publique pour atteindre l'aire de stationnement implantée en R+1 au nord-ouest de la construction. Le seul accès véhicule prévu est celui existant à l'angle est de la parcelle, permettant d'atteindre l'aire de stationnement existante en rez-de-jardin et l'aire surélevée réservée au cabinet médical par l'emprunt d'une rampe, le pétitionnaire se prévalant cette fois, opportunément, de la création de cette rampe qui n'apparaît toutefois pas sur le plan de masse du 3 février 2021, en contradiction avec ses propres écritures. Enfin, l'imprécision entachant les notices architecturales quant aux ouvertures, qui se bornent à indiquer que les façades non mitoyennes seront percées par des fenêtres exposées au mieux aux vents dominants, n'est pas compensée par les autres éléments produits au dossier, dans la mesure où ce dossier ne comporte aucun comparatif des plans de façade avant et après les travaux. Dans ces conditions, ces inexactitudes et contradictions entachant le dossier de permis de construire ont nécessairement été de nature à fausser l'appréciation portée par le service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit, par suite, être accueilli.

8. En deuxième lieu, l'article 3 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme de Fort-de-France dispose que : " Pour être constructible, un terrain doit être desservi par une voie (publique ou privée) de caractéristiques proportionnées à l'importance de l'occupation ou de l'utilisation des sols envisagée. () / Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gène à la circulation publique. Lorsque le terrain est riverain de deux ou plusieurs voies publiques, l'accès sur celle des voies qui présenterait une gène ou un risque pour la circulation peut être interdit. Toute opération doit prendre le minimum d'accès sur les voies publiques. La disposition des accès doit assurer la sécurité des usagers. Leurs abords doivent être dégagés de façon à assurer la visibilité. Ils doivent être situés en des points les plus éloignés possibles des carrefours existants, des virages et autres endroits où la visibilité est mauvaise. / Si les accès doivent être munis d'un dispositif de fermeture, celui-ci sera situé en retrait d'au moins 2 mètres de l'alignement () ".

9. Si les défendeurs font valoir que le projet ne modifie pas les accès existants et n'aggrave donc pas leur non-conformité, il ressort toutefois du plan de masse avant travaux que le terrain ne dispose que d'un unique accès existant depuis l'impasse de Moutte, à l'angle est de la parcelle, permettant de rejoindre l'aire de stationnement située au rez-de-jardin, tandis que les plans de masse successifs du projet prévoient alternativement la création d'accès pour les véhicules au niveau R+1 et au rez-de-chaussée pour atteindre les nouvelles aires de stationnement, ou la création d'accès piétons à ces mêmes emplacements. A supposer qu'il faille cette fois tenir compte, ainsi que le soutient le pétitionnaire, des derniers plans de masse datés du 25 juin et 8 juillet 2021, s'il est exact que l'unique accès véhicule matérialisé correspond à un accès existant à l'angle est de la parcelle, permettant de desservir l'aire de stationnement en rez-de-jardin et l'aire de stationnement surélevée en rez-de-chaussée via une rampe, ce plan omet nécessairement de faire figurer un accès pour atteindre la nouvelle aire de stationnement implantée en R+1 au nord-ouest de la parcelle, ne permettant ainsi pas de déterminer si cet accès respecte les dispositions de l'article 3 du règlement de la zone U4. En tout état de cause, à supposer que seul le plan de masse du 3 février 2021 doive être pris en compte, il prévoit deux accès véhicule destinés à desservir l'aire de stationnement prévue au nord-ouest et l'aire de stationnement surélevée affectée au cabinet médical. Or, ces accès, qui ont vocation à être munis d'un portail, ainsi que cela ressort des simulations de l'état futur des bâtiments, ne se situent pas en retrait de deux mètres par rapport à la voie, et ce en méconnaissance de l'article 3 précité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme doit être accueilli.

10. En troisième lieu, l'article 5 du titre Ier sur les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de Fort-de-France définit l'emprise au sol comme la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. Il est précisé que : " Les ornements tels que les éléments de modénature et les marquises sont exclus, ainsi que les débords de toiture lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements. Les pergolas qui permettent une toiture fermée sont constitutives d'emprise au sol. Les piscines couvertes sont constitutives d'emprise au sol au contraire des piscines non couvertes ". En outre, aux termes de l'article 9 du règlement de la zone U4 : " L'emprise au sol des constructions est limitée à 50 % de la superficie du terrain ".

11. En l'espèce, l'aire de stationnement surélevée sur une structure métallique constitue une construction au sens du plan local d'urbanisme de Fort-de-France, dans la mesure où il s'agit d'un ouvrage fixe et pérenne générant un espace utilisable par l'homme. Elle doit être comptabilisée dans l'emprise au sol, dès lors que cette construction, qui dépasse le niveau du sol naturel, est nécessairement consommatrice de surface. Dans la mesure où les défendeurs, qui se bornent à faire valoir que l'aire de stationnement ne doit pas être comptabilisée dans l'emprise au sol, ne contestent pas l'allégation suffisamment sérieuse des requérants selon laquelle le projet conduira à un dépassement de la limite de 50 % de la superficie du terrain, alors que les plans de masse ne contiennent aucun cote permettant de calculer l'emprise exacte, M. et Mme C sont fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement de la zone U4. Le moyen doit, par suite, être accueilli.

12. En quatrième lieu, l'article 5 du titre Ier sur les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme définit le stationnement automobile comme un espace permettant à un véhicule automobile de se garer, la surface des places de stationnement devant par ailleurs être calculée " hors espaces de circulation et d'accès ". Par ailleurs, aux termes de l'article 12 du règlement de la zone U4 : " () / Chaque emplacement doit présenter une accessibilité satisfaisante. Une surface moyenne de 25 m2 par emplacement, dégagement compris, doit être prévue () ". En l'absence de précision contraire dans le règlement du plan local d'urbanisme, le dégagement des places de stationnement inclut tout espace contigu permettant aux véhicules de manœuvrer et le dégagement peut être commun à plusieurs places de stationnement.

13. Il résulte de ces dispositions que, contrairement à ce que soutient le pétitionnaire, la rampe d'accès au rez-de-chaussée, qui constitue un espace de circulation et d'accès et non pas un dégagement, ne peut être comptabilisée dans le calcul des surfaces des places de stationnement. Par ailleurs, pour justifier du respect des dispositions précitées, M. E se borne à faire valoir que l'aire de stationnement surélevée occupera une surface totale de 165 m2, sans toutefois l'établir. Le tribunal n'est pas davantage en mesure de s'assurer du respect des dispositions de l'article 12 du règlement de la zone U4, dès lors qu'il règne une incertitude sur le nombre de places de stationnement qui ont vocation à être créées sur le parking surélevé et que les différents plans de masse ne contiennent pas de cotes permettant de calculer sa surface. Dans ces conditions, l'allégation suffisamment sérieuse des requérants, selon laquelle l'aire de stationnement affectée au cabinet médical ne respecte pas la surface minimale de 25 m2 par emplacement, doit être regardée comme établie. En outre, il ressort des pièces du dossier que les places les plus à l'est de ce parking surélevé seront difficilement accessibles, dans la mesure où les espaces prévus pour manœuvrer sont très réduits, compte tenu de l'exiguïté de l'aire de stationnement et de l'implantation de la rampe. Par suite, M. et Mme C sont fondés à soutenir que le projet méconnaît l'article 12 du règlement de la zone U4.

14. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par les requérants n'est susceptible d'entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et dans la mesure où les vices tirés de l'insuffisance du dossier de permis de construire et de la méconnaissance des articles 3, 9 et 12 du règlement de la zone U4 du plan local d'urbanisme de Fort-de-France entachent d'illégalité l'arrêté en son entier et ne sont pas susceptibles d'être régularisés sans apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2021 par lequel le maire de Fort-de-France a délivré un permis de construire à M. E.

Sur les dépens :

16. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de M. E et de la commune de Fort-de-France tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de M. et Mme C doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. et Mme C, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à M. E et à la commune de Fort-de-France la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par les défendeurs. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E et de la commune de Fort-de-France une somme de 750 euros à verser chacun à M. et Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le maire de Fort-de-France a délivré à M. E un permis de construire sur un terrain situé 47 route de Moutte à Fort-de-France, ensemble la décision implicite du 11 juin 2022 portant rejet du recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : M. E et la commune de Fort-de-France verseront chacun une somme de 750 euros à M. et Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de M. E et de la commune de Fort-de-France présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à Mme B C, à la commune de Fort-de-France et à M. A E.

Copie du jugement sera adressée pour information au procureur de la République.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe premier conseiller faisant fonction de président,

S. de Palmaert

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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