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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200498

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200498

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantLABEJOF-LORDINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2022, et un mémoire complémentaire, enregistrée le 18 août 2022, M. K L, représenté par Me Labéjof-Lordinot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné la République d'Haïti comme pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence, leur signataire ne justifiant d'aucune délégation régulière à défaut d'absence ou d'empêchement de la secrétaire générale, de la sous-préfète déléguée et du directeur de cabinet de la préfecture ;

- elles sont irrégulières dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un interprète pour lui expliquer les implications des décisions, en méconnaissance de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il vit en Martinique avec sa compagne qui n'a pas épuisé ses voies et délais de recours au titre de l'asile ;

- elle est encore illégale dans la mesure où il est exposé à des menaces en cas de retour en Colombie, où son cousin a été assassiné pour des menaces similaires ;

- la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans est disproportionnée puisqu'il n'a jamais causé aucun trouble à l'ordre public ni commis la moindre infraction ;

- la décision fixant la République d'Haïti comme pays de renvoi méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il possède la nationalité colombienne ;

- l'erreur flagrante dans la fixation du pays de renvoi révèle que cette décision est également entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre l'Union européenne et la République de Colombie relatif à l'exemption de visa de court séjour, signé à Bruxelles le 20 octobre 2015 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Phulpin, conseiller, pour statuer sur les mesures d'éloignement relevant de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Pyrée, greffière d'audience, M. H a présenté son rapport et entendu les observations de Me Labéjof-Lordinot, avocat de M. L, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête ; il soutient en outre que la décision d'obligation de quitter le territoire français est irrégulière dans la mesure où elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire préalable définie à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, et qu'il ne dispose d'aucun document l'autorisant à circuler en Haïti.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 10h30.

Considérant ce qui suit :

1. M. K L, ressortissant colombien né le 8 mars 1971, est entré en France le 25 décembre 2018, muni d'un passeport colombien dans le cadre de l'exemption de visa de court séjour instituée par l'accord entre l'Union européenne et la République de Colombie relatif à l'exemption de visa de court séjour signé à Bruxelles le 20 octobre 2015. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 mars 2022, que l'intéressé n'a pas contesté devant la cour nationale du droit d'asile. Le préfet de la Martinique a alors pris à l'encontre de M. L, le 2 août 2022, une décision l'obligeant à quitter le territoire français, dans le délai de départ volontaire de trente jours, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un acte séparé du même jour, il a également fixé la République d'Haïti comme pays de destination. Dans la présente instance, M. L demande au tribunal administratif d'annuler l'ensemble des décisions préfectorales ainsi prises à son encontre le 2 août 2022.

Sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, d'une part, par arrêté n° R02-2022-07-05-00003 du 5 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° R02-2022-192 du 7 juillet 2022, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. B D, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme J A de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme E I, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, ainsi que de M. G F, directeur de cabinet, notamment, les arrêtés et décisions individuelles relevant de la direction de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, y compris les obligations de quitter le territoire français et les mesures d'exécution prises en application de ces décisions. D'autre part, en se bornant à produire un arrêté préfectoral signé par secrétaire générale de la préfecture de la Martinique, le 3 août 2022, soit le lendemain de l'édiction des décisions attaquées, le requérant n'apporte aucun élément de nature à mettre en doute l'absence ou l'empêchement de la Mme A de Monchy, de Mme E I ou de M. G F. Dans ces conditions, M. L n'est pas fondé à soutenir que M. D était incompétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, la décision attaquée du 2 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français.

3. En deuxième lieu, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article L. 211-2 du même code dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

4. L'étranger qui présente une demande d'asile ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra, si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français prise, comme en l'espèce, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 de ce code. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur à la préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire. Par suite, M. L, qui, au demeurant, n'apporte aucune précision au sujet des éléments qu'il aurait pu porter à la connaissance de l'administration s'il avait été invité à le faire, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure à ce titre. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire () ".

6. M. L soutient qu'il n'a pas bénéficié de l'aide d'un interprète ou de traduction écrite, afin de comprendre la teneur des décisions prises à son encontre. Toutefois, il ne ressort d'aucun texte qu'une telle obligation pèserait sur les services du préfet dès lors que la décision contestée d'obligation de quitter le territoire français, notifiée par voie postale, n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 141-3 cité au point précédent du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'irrégularité de la décision en litige soulevé à ce titre n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En l'espèce, M. L se prévaut de la vie commune qu'il entretient en Martinique avec sa compagne avec laquelle il a fui la Colombie en 2018. Toutefois, il est constant que cette dernière, qui n'a pas épuisé ses voies et délais de recours dans le cadre des procédures qu'elle a engagées au titre de l'asile ainsi que l'indique lui-même le requérant dans ses écritures, ne bénéficie d'aucune admission durable à séjourner sur le territoire français. M. L ne se prévaut d'aucune autre attache personnelle ou affective en France. Il ne démontre en outre pas être dépourvu d'attaches familiales et affectives dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 47 ans et où vivent ses deux enfants majeurs, prénommés Christian Ale, né le 6 janvier 2000, et Ammy Julieht, née le 29 janvier 2004, ainsi que ses deux parents et les autres membres de sa famille. Dans ces conditions, malgré les trois ans et sept mois de présence sur le territoire français, M. L, compte-tenu des conditions de son séjour en France, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts recherchés par l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si le requérant fait état des risques encourus en cas de retour en Colombie, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'implique pas, par elle-même, un renvoi dans ce pays. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué uniquement à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, est ainsi inopérant. Il doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. L n'est pas fondé à contester la légalité de la décision du préfet de la Martinique du 2 août 2022 l'obligeant à quitter le territoire français. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. L'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

13. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. En l'espèce, pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Martinique s'est fondé sur l'irrégularité du séjour en France de M. L suite au rejet définitif de sa demande d'asile, ainsi que sur l'absence de lien intenses et stables en France. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le requérant n'avait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que sa présence sur le territoire français ne présente aucune menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. L est fondé à soutenir qu'en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, soit la durée maximale prévue par l'article L. 612-8 cité précédemment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Martinique a commis une erreur d'appréciation.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français que, compte-tenu du caractère indivisible de la décision en litige, qui porte à la fois sur le principe de l'interdiction de retour sur le territoire français et sur la durée de cette interdiction, la décision du préfet de la Martinique du 2 août 2022 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. L doit être annulée.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

16. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible () ".

17. En l'espèce, il est constant que le requérant, qui est ressortissant colombien arrivé en France en provenance de la Colombie, ne dispose pas de nationalité haïtienne et ne s'est vu délivrer aucun document de voyage par les autorités de la République d'Haïti, pays dans lequel il n'est pas légalement admissible. Dans ces conditions, M. L est fondé à soutenir que le préfet de la Martinique a méconnu les dispositions citées au point précédent de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant la République d'Haïti comme pays de renvoi. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.

18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de M. L dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi, que la décision du préfet de la Martinique du 2 août 2022 fixant la République d'Haïti comme pays de destination doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. L et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans contenue dans la décision attaquée du préfet de la Martinique du 2 août 2022 est annulée.

Article 2 : La décision du préfet de la Martinique du 2 août 2022 fixant le pays de renvoi est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à M. L une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. L est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. K L et au préfet de la Martinique.

Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

V. HLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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