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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200532

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200532

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDORWLING-CARTER SAMUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Dorwling-Carter, demande au tribunal de prononcer la décharge, à hauteur de 9 689 euros, de l'obligation de payer qui lui a été notifiée par quatre avis avant saisie de l'huissier des finances publiques en date du 16 octobre 2020 pour le recouvrement des cotisations de taxe d'habitation, d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de la cotisation foncière des entreprises qui lui sont réclamés au titre des années 2005 à 2018.

Elle soutient que l'action en recouvrement est prescrite, à hauteur de 9 689 euros, en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, dans la mesure où il reconnaît la prescription de l'action en recouvrement pour l'ensemble des impositions dont la décharge est demandée ;

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que les avis avant saisie de l'huissier des finances publiques ne constituent pas des actes de poursuite et, d'autre part, que la réclamation n'a pas été formée dans le délai de deux mois suivant leur notification, imparti par l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'huissier des finances publiques a signifié à Mme A, le 16 octobre 2020, quatre actes préalables à la saisie de ses meubles se rapportant au recouvrement de la somme totale de 11 072 euros, correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu dues au titre des années 2005, 2006, 2013 et 2014, des contributions sociales des années 2009 et 2010, ainsi qu'à des cotisations de taxe d'habitation réclamées au titre des années 2009 à 2015 et 2017 à 2018, et de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2009. L'intéressée a formé une réclamation préalable par un courrier réceptionné le 11 octobre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 9 689 euros, correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu dues au titre des années 2005, 2006, 2013 et 2014, des contributions sociales des années 2009 et 2010, ainsi qu'à des cotisations de taxe d'habitation réclamées au titre des années 2009 à 2015, et de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2009.

Sur l'exception de non-lieu :

2. La circonstance alléguée, selon laquelle le directeur régional des finances publiques de la Martinique reconnaît qu'une partie de l'action en recouvrement est prescrite, à hauteur de 9 689 euros, ne saurait impliquer qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, en l'absence de preuve de l'abandon des poursuites. L'exception de non-lieu, opposée par l'administration fiscale, doit par suite être écartée.

Sur les fins de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites () ". En outre, l'article R. 281-1 du même livre dispose que : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : / a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques ; () ". Par ailleurs, l'article R. 281-3-1 de ce livre dispose que : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : () / c) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée ". Aux termes de l'article R. 281-4 de ce livre : " Le chef de service ou l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 se prononce dans un délai de deux mois à partir du dépôt de la demande, dont il doit accuser réception. () / Si aucune décision n'a été prise dans ce délai ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou conjointement doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l'article L. 281. Il dispose pour cela de deux mois à partir : () / b) soit de l'expiration du délai de deux mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa décision () ". Enfin, il ressort de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, que les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision.

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le livre des procédures fiscales, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. Les règles énoncées au point précédent, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 3, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A s'est vu signifier à son domicile, le 16 octobre 2020, quatre avis, non assortis de la mention des voies et délais de recours, par lesquels l'huissier des finances publiques l'a informée de ce qu'il avait été chargé par le comptable public de saisir ses meubles et que, à défaut de régler immédiatement la somme de 11 072 euros dont elle était redevable, la saisie effective de ses meubles serait pratiquée, même en son absence, par l'ouverture forcée des portes, dans les conditions prévues par l'article L. 142-1 du code des procédures civiles d'exécution. Cet acte préalable à une saisie mobilière, qui tient lieu de commandement prescrit par les dispositions des articles L. 221-1 et R. 221-1 du code des procédures civiles d'exécution, constitue un acte de poursuite au sens des dispositions du livre des procédures fiscales, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale en défense. Par ailleurs, l'intéressée a formé une réclamation préalable, réceptionnée par la direction régionale des finances publiques de la Martinique le 11 octobre 2021, qui n'en a toutefois pas accusé réception, comme le prévoit pourtant l'article R. 281-4 du livre des procédures fiscales. La requérante n'ayant pas été informée des conditions de naissance de la décision implicite de rejet de l'administration fiscale, sa requête, introduite le 6 septembre 2022, n'est pas tardive. Il s'ensuit que les fins de non-recevoir tirées de ce que Mme A n'aurait fait l'objet d'aucun acte de poursuite, au sens de l'article L. 281 du livre de procédures fiscales, et de ce que la réclamation réceptionnée le 11 octobre 2021 aurait été formée tardivement, ne sont pas fondées. Elles doivent, par suite, être écartées.

Sur la demande de décharge :

7. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au présent litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable ".

8. Il résulte de l'instruction, et il est d'ailleurs admis en défense, que l'action en recouvrement est prescrite, à hauteur de 9 689 euros, dans la mesure où les cotisations d'impôt sur le revenu dues par Mme A au titre des années 2005, 2006, 2013 et 2014, les contributions sociales des années 2009 et 2010, les cotisations de taxe d'habitation réclamées au titre des années 2009 à 2015 et la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2009, ont toutes été mises en recouvrement avant le 16 octobre 2016, et qu'aucun acte interruptif de prescription n'est intervenu avant la date du 16 octobre 2020 à laquelle l'huissier des finances publiques a signifié à l'intéressée les actes de poursuite contestés. Le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement doit, par suite, être accueilli.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 9 689 euros, correspondant aux cotisations d'impôt sur le revenu dues au titre des années 2005, 2006, 2013 et 2014, aux contributions sociales des années 2009 et 2010, aux cotisations de taxe d'habitation réclamées au titre des années 2009 à 2015 et à la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2009.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée, à hauteur de la somme de 9 689 euros, de l'obligation de payer qui lui a été notifiée par quatre avis avant saisie de l'huissier des finances publiques en date du 16 octobre 2020.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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