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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200546

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200546

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFOURLIN SAMUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2022, Mme C B et M. A B, représentés par Me Fourlin, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 juin 2022, relatif au traitement de l'insalubrité du logement dont ils sont propriétaires à la résidence les jardins d'émeraude située à Ducos, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'arrêté leur fixe un délai de six mois pour procéder à des travaux généraux et imprécis alors que les premières constatations du rapport de l'ARS localisent l'origine du désordre principal dans les parties communes de l'immeuble et qu'ils ont sollicité du syndicat des copropriétaires de prendre des mesures conservatoires urgentes sur lesquels ils n'ont pas toute l'amplitude d'action ; qu'en outre, la décision attaquée produit un effet immédiat sur leur situation économique dès lors qu'elle emporte suspension du versement des loyers et des aides de la caisse d'allocations familiales versées directement aux propriétaires alors même que la locataire n'a pas payé son loyer depuis le mois de mai 2019, qu'ils ont été condamnés à lui rembourser par compensation la gratuité partielle non appliquée depuis 2012 et qu'ils sont à la retraite, ne disposant que d'un reste à vivre inférieur à 700 euros par mois ; qu'enfin, les infiltrations d'eau ont une répercussion minime sur les conditions de résidence de leur locataire, cette dernière tentant uniquement d'échapper à une demande d'expulsion pour non-paiement des loyers et de mettre à leur charge de travaux de remise à neuf de l'appartement qu'elle occupe depuis près de dix ans ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors, d'une part, que l'Agence régionale de santé a été valablement informée de ce que les désordres d'infiltration d'eau ont essentiellement pour origine des désordres structurels inhérents à l'immeuble, une fuite en provenance du toit atteignant tous les appartements situés sur cette ligne de fuite, et qu'en prescrivant aux requérants de rechercher et de réparer durablement ces infiltrations, le préfet de la Martinique a créé une rupture d'égalité entre les copropriétaires placés dans la même situation, d'autre part, que ces travaux ainsi que la pose de lames ventilantes relevant d'une mise aux normes des façades de l'ensemble de la résidence et le nettoyage profond des gaines et du moteur de la ventilation mécanique contrôlée, doivent être soumis à l'approbation de l'assemblée générale des copropriétaires, que le nettoyage insuffisant des bouches d'aération découle de la propre faute du locataire ; qu'enfin les prescriptions de l'autorité administrative sont vagues et imprécises et ont des conséquences économiques exorbitantes.

La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique qui n'a produit aucune observation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 24 août 2022 sous le numéro 2200510 par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Minin, greffier d'audience, Mme D a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. L'arrêté du 22 juin 2022 prescrit à M. et Mme B de rechercher les causes d'infiltrations d'eaux dans la salle d'eau et la chambre de l'appartement leur appartenant puis de les supprimer durablement par toutes actions utiles, de faire procéder à l'étanchéité ou au remplacement de la canalisation située dans le placard de la chambre, de remettre en état toutes les surfaces verticales et horizontales qui le nécessitent et de prendre toutes dispositions pour garantir une aération générale et permanente des pièces du logement ainsi que l'entretien régulier du système d'extraction de l'air vicié. Ces prescriptions, au demeurant imposées alors qu'une expertise judiciaire concernant l'origine des infiltrations structurelles de la copropriété est en cours, qui impliquent des études et travaux de grande ampleur pour lesquels il est imparti aux époux B un délai de six mois à l'expiration duquel leur éventuelle carence les expose à des poursuites pénales, préjudicient suffisamment gravement à leurs intérêts. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas, au vu des pièces du dossier soumis au juge des référés, que l'état du logement soit tel que l'intérêt de la santé publique s'oppose à la suspension de cet arrêté, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement prescrire à M. et Mme B, en leur qualité de propriétaires, des études et des travaux soit portant sur des parties communes de l'immeuble en copropriété, et relevant ainsi de la compétence du syndicat des copropriétaires, soit relevant des obligations de leur locataire, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision critiquée. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 22 juin 2022 du préfet de la Martinique, relatif au traitement de l'insalubrité du logement, appartenant à M. et Mme B, situé dans la résidence les jardins d'émeraude à Ducos, est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme B, la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et M. A B et à la Préfecture de la Martinique.

Fait à Schoelcher, le 29 septembre 2022.

La présidente, juge des référés,

H. D

La république mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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