jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BRUNO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. E D, représenté par Me Bruno, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, née suite à sa demande datée du 6 mai 2022, par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité des systèmes d'assainissement non-collectif des immeubles d'habitation de Mme I, de M. B, de Mme A épouse H, de M. G et de Mme F, propriétaires de parcelles voisines de son terrain situées lieudit Crève-cœur à Sainte-Anne ;
2°) de condamner la commune de Sainte-Anne à lui verser des indemnités d'un montant total de 220 000 euros en réparation des divers préjudices matériels et moral qu'il estime avoir subis à raison de l'inaction fautive du maire de la commune de Sainte-Anne ;
3°) d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité des systèmes d'assainissement non-collectif des immeubles d'habitation de Mme I, de M. B, de Mme A épouse H, de M. G et de Mme F, propriétaires de parcelles voisines de son terrain situées lieudit Crève-cœur à Sainte-Anne ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Sainte Anne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a signalé depuis septembre 2003 des dysfonctionnements relatifs aux installations d'assainissement non-collectif des constructions de cinq fonds voisins au sien et est confronté depuis lors à l'inaction de ses voisins et des autorités compétentes ;
- la décision attaquée est illégale dès lors que le maire était tenu, en application des articles L. 2122-31 du code général des collectivités territoriales et 16 du code de procédure pénale, de dresser procès-verbal de l'infraction dont il avait connaissance ;
- l'inaction du maire de la commune de Sainte-Anne, qui a refusé depuis 2003 de dresser procès-verbal de l'infraction, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- en ne mettant pas en œuvre ses pouvoirs de police de police générale pour faire cesser les nuisances et en ne faisant pas réaliser les travaux aux frais des propriétaires, le maire a également commis une inaction fautive de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- cette situation a créé un phénomène d'affouillement et de ravinement sur une partie de son fonds, lui causant un préjudice de privation de jouissance qu'il évalue à la somme de 60 000 euros ;
- la présence d'eaux stagnantes putrides sur son terrain a généré une pollution environnementale, lui causant un préjudice qu'il évalue à la somme de 50 000 euros, ainsi que des nuisances olfactives, lui causant un préjudice de 35 000 euros ;
- l'endommagement de sa propriété lié au creusement d'une large crevasse a modifié l'apparence de sa propriété et dégradé son cadre de vie, lui causant préjudice qu'il évalue à la somme de 35 000 euros ;
- les dégradations à l'entrée, caractérisées par des eaux putrides qu'il doit enjamber pour accéder à sa propriété et par la présence de moisissures et de champignons, lui causent un préjudice qu'il évalue à la somme de 20 000 euros ;
- cette situation d'inaction créée un sentiment d'impuissance, lui causant un préjudice moral qu'il évalue à la somme de 20 000 euros ;
- il est fondé à demander réparation de l'ensemble de ces préjudices.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 février 2023, la commune de Sainte Anne, représentée par Me Yang-Ting Ho, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. D une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur le litige qui se rapporte à un différend d'ordre privé entre les voisins de plusieurs habitations et concerne un dispositif d'assainissement non-collectif ;
- les conclusions indemnitaires de la requête ne sont pas recevables, le requérant n'ayant formé aucune demande indemnitaire préalable ;
- la requête n'est pas recevable dans la mesure où la compétence en matière d'assainissement a été transférée à la communauté d'agglomération de l'espace sud de la Martinique par la loi n° 2018-702 du 3 août 2018 ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 7 septembre 2009 fixant les prescriptions techniques applicables aux installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Yang-Ting-Ho, avocate de la commune de Sainte-Anne.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D est propriétaire d'une maison d'habitation située lieu-dit Crève-cœur à Sainte-Anne. Par un courrier daté du 6 mai 2022, il a demandé au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser, en sa qualité d'officier de police judiciaire, un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité des systèmes d'assainissement non-collectif de cinq immeubles d'habitation situés sur des parcelles voisines de sa propriété. Cette demande est toutefois restée sans réponse. Dans la présente instance, M. D demande au tribunal administratif d'annuler la décision implicite rejetant sa demande datée du 6 mai 2022, ainsi que d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité des systèmes d'assainissement non-collectif des immeubles d'habitation de Mme I, de M. B, de Mme A épouse H, de M. G et de Mme F, propriétaires de parcelles voisines de son terrain. Il demande en outre à la juridiction de condamner la commune de Sainte-Anne à lui verser des indemnités d'un montant total de 220 000 euros en réparation des préjudices matériels et moral qu'il estime avoir subis à raison de l'inaction fautive du maire de la commune de Sainte-Anne.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
2. D'une part, si le procès-verbal d'infraction prévu à l'article L. 1312-1 du code de la santé publique a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires, le refus d'une autorité administrative de dresser un tel procès-verbal d'infraction constitue un acte administratif dont la légalité ne peut être appréciée que par la juridiction administrative. D'autre part, le litige relatif à l'engagement de la responsabilité d'une commune à raison de carences commises par son maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative pour faire cesser les désordres causés par un système d'assainissement non-collectif implanté sur le fonds voisin de la victime relève de la compétence de la juridiction administrative.
3. En l'espèce, le recours de M. D tend, d'une part, à l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne a refusé de dresser le procès-verbal d'infraction prévu à l'article L. 1312-1 du code de la santé publique et, d'autre part, à l'engagement de la responsabilité de la commune de Sainte-Anne à raison de l'illégalité de cette décision de refus et d'une carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police administration pour faire cesser les désordres causés par les systèmes d'assainissement non-collectif des fonds voisins de celui du requérant. Dans ces conditions, la juridiction administrative est compétente pour statuer sur la requête de M. D, et ce quand bien même un litige d'ordre privé pourrait par ailleurs exister entre le requérant et les propriétaires des fonds voisins. L'exception d'incompétence soulevée par la commune de Sainte-Anne n'est dès lors pas fondée. Elle doit, par suite, être écartée.
Sur les fins de non-recevoir :
4. En premier lieu, l'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
5. Il résulte des termes mêmes du courrier daté du 6 mai 2022 que M. D a adressé au maire de la commune de Sainte-Anne que le requérant a sollicité à cette occasion l'indemnisation des préjudices qu'il estimait avoir subis à raison, notamment, de l'absence d'établissement d'un procès-verbal d'infraction et de l'inertie des services municipaux face aux écoulements d'eaux usées sur sa propriété qu'il avait signalés. Il s'ensuit que la commune de Sainte-Anne n'est pas fondée à soutenir que le contentieux ne serait pas lié faute de demande préalable indemnitaire. La fin de non-recevoir ainsi opposée n'est dès lors pas fondée. Elle doit, par suite, être écartée.
6. En second lieu, la requête de M. D tend, ainsi qu'il a été dit précédemment, à l'engagement de la responsabilité de la commune de Sainte-Anne à raison d'une inaction fautive du maire dans la mise en œuvre de ses pouvoirs de police administrative pour faire cesser les désordres causés par les systèmes d'assainissement non-collectif des fonds voisins à celui du requérant. La circonstance que la commune n'exercerait plus la compétence en matière d'assainissement suite à son transfert à un établissement public de coopération intercommunal, qui concerne le fond du litige, n'est pas de nature à affecter la recevabilité du recours. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir ainsi opposée en défense par la commune de Sainte-Anne n'est pas fondée. Elle doit, par suite, être écartée.
Sur la légalité du refus de dresser procès-verbal d'infraction :
7. D'une part, l'article L. 1312-1 du code de la santé publique dispose : " Sous réserve des dispositions des articles L. 1324-1, L. 1337-1, L. 1337-1-1, L. 1338-4 et L. 1343-1, les infractions aux prescriptions des articles du présent livre, ou des règlements pris pour leur application, et les infractions aux prescriptions des articles du titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation en matière d'insalubrité sont recherchées et constatées par des officiers et agents de police judiciaire, conformément aux dispositions du code de procédure pénale, ainsi que par les agents mentionnés aux articles L. 1421-1 et L. 1435-7 ou des agents des collectivités territoriales habilités et assermentés dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat () ". L'article 16 du code de procédure pénale dispose : " Ont la qualité d'officier de police judiciaire : / 1° Les maires et leurs adjoints ; () ". L'article 19 du même code dispose : " Les officiers de police judiciaire sont tenus d'informer sans délai le procureur de la République des crimes, délits et contraventions dont ils ont connaissance. Dès la clôture de leurs opérations, ils doivent lui faire parvenir directement l'original ainsi qu'une copie des procès-verbaux qu'ils ont dressés ; tous actes et documents y relatifs lui sont en même temps adressés ; les objets saisis sont mis à sa disposition () ".
8. D'autre part, l'article L. 1331-1-1 du code de la santé publique dispose : " I. - Les immeubles non raccordés au réseau public de collecte des eaux usées sont équipés d'une installation d'assainissement non collectif dont le propriétaire assure l'entretien régulier et qu'il fait périodiquement vidanger par une personne agréée par le représentant de l'Etat dans le département, afin d'en garantir le bon fonctionnement () II. - Le propriétaire fait procéder aux travaux prescrits par le document établi à l'issue du contrôle prévu au III de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales, dans un délai de quatre ans suivant la notification de ce document () ". L'article L. 1331-8 du même code dispose : " Tant que le propriétaire ne s'est pas conformé aux obligations prévues aux articles L. 1331-1 à L. 1331-7-1, il est astreint au paiement d'une somme au moins équivalente à la redevance qu'il aurait payée au service public d'assainissement si son immeuble avait été raccordé au réseau ou équipé d'une installation d'assainissement autonome réglementaire, et qui peut être majorée dans une proportion fixée par le conseil municipal ou le conseil de la métropole de Lyon dans la limite de 400 %. / Cette somme n'est pas recouvrée si les obligations de raccordement prévues aux mêmes articles L. 1331-1 à L. 1331-7-1 sont satisfaites dans un délai de douze mois à compter de la date d'envoi de la notification de la pénalité () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. D a alerté dès le mois de septembre 2003 le maire de la commune de Sainte-Anne sur la non-conformité des systèmes d'assainissement non-collectif des propriétaires des cinq fonds voisins situés en amont du sien qui créaient des écoulements d'eaux usées sur sa propriété. Par courrier du 6 mai 2022, il a demandé au maire de dresser un procès-verbal d'infraction afin de constater la non-conformité desdits systèmes d'assainissement non-collectif des fonds voisins. Toutefois, si l'article L. 1331-8 du même code prévoit que le non-respect par un propriétaire des obligations s'imposant à lui en matière d'entretien et de bon fonctionnement des systèmes d'assainissement non-collectif peut donner lieu au versement d'une somme au moins équivalente au montant de la redevance d'assainissement et pouvant être majorée jusqu'à 400 % de ce montant, le versement d'une telle somme ne présente pas le caractère d'une sanction de nature pénale. Aucune disposition du livre III de la première partie du code de la santé publique ou de l'arrêté du 7 septembre 2009 fixant les prescriptions techniques applicables aux installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5 n'instaure de sanction de nature pénale en cas de non-respect par un propriétaire des obligations prévues à l'article L. 1331-1-1 du code de la santé publique s'imposant à lui en matière d'entretien et de bon fonctionnement des systèmes d'assainissement non-collectif. Il s'ensuit que, pour regrettable que soit de telles circonstances, le non-respect par les voisins du requérant de leurs obligations en matière d'entretien et de bon fonctionnement de leurs systèmes respectifs d'assainissement non-collectif et les rejets consécutifs d'eaux usées sur la parcelle de l'intéressé ne caractérisent pas une infraction de nature pénale devant donner lieu à l'établissement du procès-verbal d'infraction prévu à l'article L. 1312-1 cité précédemment du code de la santé publique. M. D n'est dès lors pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Sainte-Anne était tenu de dresser un tel procès-verbal. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne, agissant au nom de l'Etat, a implicitement refusé de dresser le procès-verbal d'infraction mentionné à l'article L. 1312-1 du code de la santé publique. Les conclusions principales de sa requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur l'engagement de la responsabilité de la commune de Sainte-Anne :
En ce qui concerne la faute :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 9. que le refus du maire de la commune de Sainte-Anne, agissant au nom de l'Etat, de dresser le procès-verbal d'infraction prévu à l'article L. 1312-1 du code de la santé publique n'est pas entaché d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le maire aurait commis une illégalité fautive en édictant cette décision implicite de refus n'est en tout état de cause pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
12. En deuxième lieu, L'article L. 1331-6 du code de la santé publique dispose : " Faute par le propriétaire de respecter les obligations édictées aux articles L. 1331-1, L. 1331-1-1, L. 1331-4 et L. 1331-5, la commune peut, après mise en demeure, procéder d'office et aux frais de l'intéressé aux travaux indispensables () ". La faculté de procéder d'office et aux frais du propriétaire intéressé aux travaux indispensables, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 1331-6 du code de la santé publique, ne constitue pas un pouvoir propre de police administrative du maire, mais se rattache à la compétence en matière de gestion du service public d'assainissement définie au II. de l'article . 2224-7 du code général des collectivités territoriales.
13. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de visite du 10 juillet 2006, que, avant même que le requérant n'alerte en septembre 2003 les services communaux sur les écoulements d'eaux usées générés par le mauvais fonctionnement des systèmes d'assainissement non-collectifs des cinq fonds voisins situés en amont du sien, la commune de Sainte-Anne avait transféré sa compétence en matière d'assainissement au syndicat intercommunal du sud de la Martinique (SICSM), puis, suite à l'entrée en vigueur de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, à la communauté d'agglomération de l'espace sud de la Martinique (CAESM). Il s'ensuit que le maire de la commune de Sainte-Anne n'était pas compétent pour mettre en œuvre les pouvoirs de police spéciale définis à l'article L. 1331-6 cité au point précédent du code de la santé publique. M. D n'est dès lors pas fondé à soutenir que le maire aurait commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Sainte-Anne en ne mettant pas en œuvre ces pouvoirs. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
14. En troisième lieu, l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales dispose : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". L'article L. 2212-2 du même code dispose : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature () ". L'existence de pouvoirs de police spéciale en matière de contrôle des installations d'assainissement non collectif ne prive pas le maire des pouvoirs de police générale qu'il tient de l'article L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, notamment en vue de faire cesser les pollutions de toute nature.
15. Il résulte de l'instruction que M. D a alerté dès le mois de septembre 2003 le maire de la commune de Sainte-Anne sur la non-conformité des systèmes d'assainissement non-collectif des propriétaires des cinq fonds voisins situés en amont du sien qui créaient des écoulements d'eaux usées sur sa propriété. Une enquête réalisée sur place le 18 mai 2004 conjointement entre les services de l'Etat et de la police municipale a établi que les effluents de fosses septiques incomplètement traités, des eaux usées ménagères brutes et des eaux pluviales de quatre maisons voisines sont évacués par un ouvrage aboutissant sur le terrain de M. D, où une partie d'entre elles stagne et dégage des odeurs désagréables. Invité par les services de l'Etat à mettre en œuvre ses pouvoirs de police, le maire de la commune de Sainte-Anne a informé le requérant, par courrier du 29 novembre 2004, qu'il avait invité les propriétaires concernés à prendre toutes les dispositions pour supprimer les nuisances, en mettant en conformité leur système d'assainissement et en réalisant les ouvrages hydrauliques nécessaires pour l'éloignement des eaux pluviales et des effluents des fosses septiques. Toutefois, malgré cette lettre de mise en demeure restée sans effet, les écoulements d'eaux usées sur la parcelle de M. D ont perduré, conduisant les services de l'Etat à se déplacer à nouveau sur les lieux et à établir, le 10 juillet 2006, un rapport de visite invitant de nouveau le maire de la commune de Sainte-Anne à mettre en œuvre ses pouvoirs de police. M. D a alors entamé en vain des démarches auprès du président du conseil général, le 4 octobre 2013, du préfet de la Martinique, le 14 mai 2014, et du ministre chargé de la santé, le 17 novembre 2015. Les services municipaux se sont de nouveau rendus sur place le 4 avril 2017. Ils ont constaté que les propriétaires concernés n'avaient pas réalisés les travaux prescrits et que les rejets d'eaux usées sur la propriété du requérant persistaient. M. D a assigné le 13 août 2018 la commune de Sainte-Anne et les propriétaires voisins concernés devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Fort-de-France, qui a ordonné la réalisation d'une expertise judiciaire. Le rapport d'expertise remis le 12 novembre 2020 constate la persistance des désordres sur le fonds du requérant et l'absence de réalisation de tous travaux par les propriétaires voisins défaillants. Dans ces conditions, en se bornant à la suite de la lettre de mise en demeure restée infructueuse du 29 novembre 2004, soit pendant une période de près de vingt ans, à faire procéder par ses services à une visite sur les lieux le 4 avril 2017 et malgré les multiples démarches entamées par le requérant, le maire de la commune de Sainte-Anne n'a pas pris les mesures adéquates de nature à faire cesser les pollutions générées par les rejets d'eaux usées sur le terrain de l'intéressé et a ainsi commis une carence fautive de nature à engager la responsabilité de la commune. Le moyen ainsi soulevé par M. D est dès lors fondé. Il doit, par suite, être accueilli.
En ce qui concerne les préjudices et le lien de causalité :
16. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des photographies, des observations sur le pré-rapport d'expertise et du rapport d'expertise judiciaire, que le phénomène de ravinement et d'affouillement, ainsi que le creusement et l'élargissement progressif d'une crevasse, constatés en limite de la propriété de M. D sont liés à l'écoulement des eaux pluviales depuis la voie publique, située en amont, qui traversent sous caniveau deux fonds voisins avant de se jeter à ciel ouvert sur la parcelle du requérant. Ainsi les dommages causés au fonds de M. D liés au départ de terres et à la présence d'un sillon d'écoulement résultent du seul ruissellement des eaux pluviales et ne sont ainsi pas liés aux rejets d'eaux usées générés par les systèmes d'assainissement non-collectif défectueux des propriétaires des fonds voisins. Il s'ensuit que les chefs de préjudices invoqués à ce titre par M. D ne sont pas la conséquence de la carence fautive du maire de la commune de Sainte-Anne relevée au point 15. Les demandes d'indemnisations présentées à ce titre ne sont dès lors pas fondées, en l'absence de tout lien de causalité.
17. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des photographies, des observations sur le pré-rapport d'expertise et du rapport d'expertise judiciaire, que les rejets d'eaux usées générés par la carence fautive du maire de Sainte-Anne relevée au point 15. ont engendré la présence récurrente d'eaux stagnantes polluées et de déchets divers dans l'ouvrage d'évacuation bétonné non-conforme sur lequel sont raccordés les systèmes d'assainissement non-collectif défectueux des fonds voisins et à la sortie de cet ouvrage, à plusieurs endroits du terrain de M. D. Cette situation a engendré des nuisances olfactives, ainsi que des nuisances liées à la prolifération de larves de moustiques, à la présence moisissures et de champignons sur les parties bétonnées situées au niveau du portail d'entrée de la propriété. Dans les circonstances de l'espèce, compte-tenu de la durée de près de vingt ans durant laquelle ces nuisances ont perduré, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral subis par M. D en les évaluant à la somme globale de 20 000 euros.
18. Il résulte de ce qui précède que M. D est seulement fondé à soutenir que la carence fautive commise par le maire de Sainte-Anne lui a causé un préjudice d'un montant de 20 000 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner la commune de Sainte-Anne à verser à M. D une indemnité d'un montant de 20 000 euros.
Sur l'injonction :
19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. D, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Sainte-Anne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Sainte-Anne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Sainte-Anne est condamnée à verser à M. D une indemnité d'un montant de 20 000 euros.
Article 2 : La commune de Sainte-Anne versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Sainte-Anne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à la commune de Sainte-Anne et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026