lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE FLOC'H |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, la société Les S'snack, représentée par Me le Floc'h, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté par lequel le préfet de la Martinique a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Les S'snack " à compter de sa notification, le 9 septembre 2022, pour une durée de trois mois ;
2°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'auteur de l'acte est incompétent, faute de disposer d'une délégation de signature régulière ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation, dans la mesure où l'établissement respecte les réglementations applicables en matière d'émissions sonores et ne commet dès lors aucune atteinte à l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Les S'snack ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Les S'snack exploite un établissement de restauration rapide et de vente de boissons dénommé " Les S'snack ", situé à la nouvelle marina, au sein du quartier Mondésir, sur le territoire de la commune du Marin. Par un arrêté non daté, le préfet de la Martinique a ordonné la fermeture administrative de cet établissement pour une durée de trois mois à compter de sa notification, le 9 septembre 2022, sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Par une ordonnance n° 2200558, la juge des référés du tribunal administratif de la Martinique a rejeté la demande de la société Les S'snack tendant à la suspension de l'exécution de cette décision. Dans la présente instance, la société Les S'snack demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté n° R02-2022-08-23-00005 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° R02-2022-227 du même jour, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. C B, sous-préfet de l'arrondissement du Marin, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, en toutes matières intéressant l'arrondissement, à l'exception des arrêtés de conflits et déclinatoires de compétence, les recours et mémoires juridictionnels, les saisines de la chambre régionale des comptes, les réquisitions du comptable public et les réquisitions des forces armées. Il s'ensuit que M. B était compétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, la décision contestée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements () / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois () ". Les nuisances sonores générées par le fonctionnement d'un débit de boissons dont la matérialité est établie peuvent être regardées comme portant atteinte à l'ordre public et à la tranquillité et sont susceptibles de justifier la fermeture de l'établissement.
4. En outre, l'article R. 1336-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Les dispositions du présent chapitre s'appliquent aux lieux ouverts au public ou recevant du public, clos ou ouverts, accueillant des activités impliquant la diffusion de sons amplifiés dont le niveau sonore est supérieur à la règle d'égale énergie fondée sur la valeur de 80 décibels pondérés A équivalents sur 8 heures. / II. - L'exploitant du lieu, le producteur, le diffuseur qui dans le cadre d'un contrat a reçu la responsabilité de la sécurité du public, ou le responsable légal du lieu de l'activité qui s'y déroule, est tenu de respecter les prescriptions suivantes : / 1° Ne dépasser, à aucun moment et en aucun endroit accessible au public, les niveaux de pression acoustique continus équivalents 102 décibels pondérés A sur 15 minutes et 118 décibels pondérés C sur 15 minutes () ". Et l'article R. 1336-4 de ce code dispose que : " () / Des prescriptions applicables aux lieux ouverts au public ou recevant du public accueillant des activités de diffusion de sons amplifiés à des niveaux sonores élevés sont énoncées aux articles R. 571-25 et suivants du code de l'environnement ".
5. L'article R. 571-25 du code de l'environnement dispose que : " Sans préjudice de l'application de l'article R. 1336-1 du code de la santé publique, l'exploitant du lieu, le producteur, le diffuseur qui dans le cadre d'un contrat a reçu la responsabilité de la sécurité du public, le responsable légal d'une activité se déroulant dans un lieu ouvert au public ou recevant du public, clos ou ouvert, et impliquant la diffusion de sons amplifiés est tenu de respecter les prescriptions générales de fonctionnement définies dans la présente sous-section ". En outre, aux termes de l'article R. 571-26 du même code : " Les bruits générés par les activités impliquant la diffusion de sons amplifiés à des niveaux sonores élevés dans les lieux ouverts au public ou recevant du public ne peuvent par leur durée, leur répétition ou leur intensité porter atteinte à la tranquillité ou à la santé du voisinage. / En outre, les émissions sonores des activités visées à l'article R. 571-25 qui s'exercent dans un lieu clos n'engendrent pas dans les locaux à usage d'habitation ou destinés à un usage impliquant la présence prolongée de personnes, un dépassement des valeurs limites de l'émergence spectrale de 3 décibels dans les octaves normalisées de 125 hertz à 4 000 hertz ainsi qu'un dépassement de l'émergence globale de 3 décibels pondérés A () ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dernières dispositions qu'il appartient au préfet, en vertu des pouvoirs de police spéciale que ces mêmes dispositions lui confient, de prendre les mesures nécessaires pour faire respecter les prescriptions générales de fonctionnement des établissements diffusant à titre habituel de la musique amplifiée mentionnées à l'article R. 751-25 du code de l'environnement.
7. Il ressort des pièces du dossier que par un premier arrêté du 22 septembre 2020, le préfet de la Martinique, constatant que la société Les S'snack, à l'origine d'atteintes à la tranquillité publique du voisinage, n'avait pas présenté l'étude d'impact des nuisances sonores réclamée sur le fondement de l'article R. 571-27 du code de l'environnement, l'a mise en demeure de cesser la diffusion de musique amplifiée et lui a prescrit, préalablement à l'exercice d'une activité impliquant la diffusion de musique amplifiée, de déclarer cette activité à la mairie et de présenter l'étude d'impact des nuisances sonores à l'agence régionale de santé de la Martinique. Puis, par l'arrêté contesté, le préfet de la Martinique a ordonné la fermeture de l'établissement " Les S'snack " pour une durée de trois mois, au motif que la société a contrevenu à l'interdiction de diffuser de la musique amplifiée résultant de l'arrêté du 22 septembre 2020 et qu'elle était à l'origine de nuisances sonores, constitutives d'une atteinte à l'ordre public.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la société requérante a fait procéder, le 4 juillet 2021, à une étude d'impact des nuisances sonores, réalisée par un organisme agréé, qui a constaté un dépassement des émergences limites autorisées, caractérisant une atteinte à la tranquillité et à la santé des riverains au sens des articles R. 571-25 et suivants du code de l'environnement, et a préconisé l'installation d'un limiteur de pression acoustique. Si le rapport de l'étude d'impact a été communiqué à l'agence régionale de santé de la Martinique, le 6 juillet 2021, cette dernière a toutefois fait savoir à la société Les S'snack, par un courrier du 16 juillet 2021, que l'interdiction de diffuser de la musique amplifiée était maintenue tant que l'intéressée ne justifiait pas avoir installé un limiteur de pression acoustique. Bien que la société requérante démontre avoir procédé à son installation, le 10 novembre 2021, il n'est cependant pas établi que le certificat d'installation du limiteur de pression acoustique ait été communiqué à l'autorité administrative, permettant de justifier des mesures qu'elle avait prises pour respecter les prescriptions imposées par la mise en demeure et ainsi remédier aux nuisances sonores subies par le voisinage. Ainsi, faute pour la société requérante d'avoir sollicité l'abrogation de l'arrêté préfectoral du 22 septembre 2020, lui interdisant de diffuser de la musique amplifiée, cet arrêté était toujours en vigueur à la date de la décision contestée. Dès lors qu'il est constant que la société Les S'snack a utilisé une enceinte amplificatrice pour diffuser de la musique, lors des évènements organisés au mois d'août 2022, le préfet pouvait légalement prendre une mesure de fermeture administrative sur le fondement du 1° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, au motif que la société Les S'snack a commis une infraction aux lois et règlements relatifs aux débits de boisson en poursuivant une activité sans se conformer à la mise en demeure du 22 septembre 2020.
9. D'autre part, la circonstance alléguée que l'établissement respecterait les valeurs maximales d'émergence depuis l'installation du limiteur de pression acoustique ne fait pas obstacle à ce qu'une atteinte à la tranquillité publique soit caractérisée au regard des nuisances sonores subies par le voisinage, quand bien même l'établissement ne se trouverait pas en infraction au regard de la réglementation du code de l'environnement applicable en matière de bruits de voisinage. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier, en particulier des quatre rapports administratifs de la gendarmerie nationale produits par le préfet de la Martinique, que des nuisances sonores générées par l'établissement, provenant non seulement de la musique diffusée à fort volume mais également de l'afflux massif de clients, rassemblés sur le parking du centre commercial et consommant de fortes quantités d'alcool, ont été signalées et constatées à de multiples reprises, malgré les mises en gardes répétées et les appels à réduire le volume sonore. Un procès-verbal pour tapage nocturne a ainsi été dressé le 21 juillet 2020, tandis que lors de l'intervention des gendarmes le 23 juin 2022, le gérant a refusé de baisser le volume en dessous de 96 décibels à des heures plus qu'avancées. Il ressort également des pièces du dossier que les plaintes du voisinage pour tapage et nuisances sonores sont très nombreuses, et ont nécessité six interventions des gendarmes entre les mois de juin à août 2022. En outre, le 29 août 2022, une procédure judiciaire a été ouverte à la suite d'une plainte d'une voisine. L'ensemble de ces faits, dont la matérialité n'est au demeurant pas sérieusement contestée, est de nature à caractériser une atteinte à l'ordre et à la tranquillité publics qui justifient légalement une mesure de police administrative de fermeture prise sur le fondement du 2° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique.
10. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que le préfet de la Martinique aurait pris la même décision s'il n'avait retenu qu'un seul des deux griefs reprochés, qui sont fondés, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant la décision contestée doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Les S'snack n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Martinique a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Les S'snack " à compter de sa notification, le 9 septembre 2022, pour une durée de trois mois. Les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société Les S'snack la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la société requérante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Les S'snack est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Les S'snack et au préfet de la Martinique.
Copie du jugement sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe président,
J.-M. Laso
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026