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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200558

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200558

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLE FLOC'H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés le 19 septembre 2022, le 30 septembre 2022 et le 1er octobre 2022, la société Les S'Snack, représentée par Me Le Floc'h, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel le préfet de la Martinique a prononcé la fermeture administrative temporaire de l'établissement " Les S'Snack " situé au quartier Mondésir au Marin, pour une durée de trois mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) à titre subsidiaire, d'organiser une procédure de médiation avec le préfet de la Martinique en vue du règlement amiable du litige ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'elle a été introduite dans le délai de recours contentieux de deux mois et qu'elle est assortie d'un recours au fond ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'atteinte caractérisée à la tranquillité et la santé publiques dès lors qu'elle dispose d'un limiteur de pression acoustique ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la perte de chiffre d'affaires est importante et ne lui permet plus de couvrir ses charges, l'établissement risque de perdre une partie de sa clientèle et l'exploitation de l'établissement constitue la seule ressource financière de son unique associé pour faire face à ses dépenses personnelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie dès lors que la société Les S'Snack ne démontre pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation hors période de crise sanitaire dès lors que, d'une part, les éléments comptables versés au dossier ne correspondent pas à une représentation fidèle de la situation financière actuelle de la société et, d'autre part, que le chiffre d'affaires prévisionnel est surévalué ;

- il existe un intérêt public au maintien du caractère exécutoire de l'arrêté contesté qui permet d'assurer le respect des exigences du code de l'environnement concernant les nuisances sonores ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors qu'elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu des nuisances sonores signalés par les riverains, des rapports d'intervention des services de la gendarmerie et du rapport acoustique du 4 juillet 2021 concluant à la méconnaissance de la réglementation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 septembre 2022 sous le numéro 2200557 par laquelle la société Les S'Snack demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 octobre 2022 à 9h00 en présence de M. Minin, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Le Floc'h, avocate de la société " Les S'Snacks " et de M. B, son gérant, qui maintiennent leurs conclusions par les mêmes moyens que ceux développés dans la requête ;

- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Martinique, qui confirme ses écritures.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 2 septembre 2022, le préfet de la Martinique a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Les S'Snack " situé au quartier Mondésir sur le territoire de la ville du Marin, pour une durée de trois mois. Par la présente requête, la société Les S'Snack demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence, la société requérante soutient que la décision attaquée va engendrer une perte importante de son chiffre d'affaires, un risque de perte d'une partie de sa clientèle et que l'exploitation de l'établissement constitue la seule ressource financière de son unique associé pour faire face à ses dépenses personnelles. Toutefois, pour justifier de ses allégations, la société requérante se borne à produire son bilan comptable de l'année 2020, ainsi qu'un tableau prévisionnel des charges et du chiffre d'affaires attendus pour les mois d'octobre à décembre 2022 mentionnant des charges d'un montant total de 15 823,50 euros et un chiffre d'affaires total de 25 850 euros. Ces seuls éléments, qui, s'agissant de l'année 2020, ne peuvent être regardés comme traduisant la situation économique de l'établissement à la date de la présente décision et, s'agissant du tableau prévisionnel, ne reposent sur aucun document comptable versés à l'instance, ne permettent pas d'établir les conséquences financières réelles de la mesure de fermeture en litige, alors même que cette fermeture a été décidée pour une période de trois mois. Dans ces conditions, la société Les S'Snack ne justifie pas, dans la présente requête, de circonstances de nature à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions de la requête, aux fins de suspension de l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel le préfet de la Martinique a prononcé la fermeture administrative temporaire de l'établissement " Les S'Snack " pour une durée de trois mois, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'existence d'un doute sérieux quant à sa légalité.

Sur les frais d'instance :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la société Les S'Snack et non comprises dans les dépens.

Sur la demande de médiation de la société requérante

8. Sans préjudice de ce qui précède, les parties conservent la possibilité, si elles le jugent opportun, de poursuivre un processus de discussion ou de médiation en application notamment des dispositions des articles L. 213-1 et suivants du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Les S'Snack est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Les S'Snack et au préfet de la Martinique.

Fait à Schœlcher, le 6 octobre 2022.

La juge des référés,

H. C

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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