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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200576

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200576

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantYANG-TING HO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022 et régularisée le 23 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Bruno, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Sainte-Anne à lui verser des indemnités d'un montant total de 146 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de dégradations et de divagations sur sa propriété de chiens appartenant à son voisin ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Anne la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a subi à 44 reprises depuis le 30 juin 2018 des dégradations sur sa propriété qui ont été causées par les divagations des chiens appartenant à son voisin, divagations qu'il avait pourtant signalées au maire de la commune de Sainte-Anne ;

- en ne faisant pas application de l'article L. 211-22 du code rural et de la pêche maritime pour faire cesser ces divagations, le maire a commis une carence fautive de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- il subit des dépôt régulier d'excréments devant sa barrière ainsi que sur le chemin d'accès à son fonds, qu'il ne parvient pas toujours à éviter lorsqu'il se déplace, lui causant un préjudice qu'il évalue à partir du montant de l'amende de 4e classe à la somme de 46 500 euros ;

- ces excréments génèrent également des nuisances olfactives, lui causant un préjudice qu'il évalue à la somme de 46 500 euros ;

- ayant dû faire face à la mort de plusieurs de ses animaux, il vit dans l'angoisse constante de l'agression potentielle de ses animaux domestiques et subit de ce fait un préjudice d'anxiété qu'il évalue à la somme de 33 000 euros ;

- âgé aujourd'hui de 80 ans, il est particulièrement affecté par cette situation et vit avec un sentiment d'impuissance face à ces nombreux désordres, et subit à ce titre un préjudice moral qu'il évalue à la somme de 15 000 euros ;

- ses proches sont particulièrement inquiets de cette situation et subissent un préjudice d'anxiété qui justifie qu'une indemnité de 5 000 euros lui soit allouée ;

- il est fondé à demander réparation de l'ensemble de ces préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 février 2023, la commune de Sainte-Anne conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du présent litige, qui revêt un caractère civil et se rapporte à un conflit de voisinage ;

- le requérant a contribué à son dommage en commettant lui-même une faute puisqu'il a aggravé le conflit en déposant des excréments devant la barrière son voisin ;

- les dommages sont le seul fait du propriétaire de l'animal, qui a commis une faute en ne surveillant pas ses chiens et en les laissant divaguer ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Yang-Ting-Ho, avocate de la commune de Sainte-Anne.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est propriétaire d'une maison d'habitation située lieu-dit Crève-cœur à Sainte-Anne. Par un courrier daté du 16 mai 2022 qui est resté sans réponse, il a sollicité auprès des services de la mairie de Sainte-Anne l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de dégradations et de divagations sur sa propriété de chiens appartenant à son voisin. Dans la présente instance, M B demande au tribunal administratif de condamner la commune de Sainte-Anne à lui verser des indemnités d'un montant total de 146 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de ces dégradations et divagations.

Sur l'exception d'incompétence :

2. La requête de M. B ne tend pas, contrairement à ce que soutient la commune de Sainte-Anne, à la condamnation du propriétaire du fonds voisin sur le fondement des troubles de voisinage. Elle tend au contraire à l'engagement de la responsabilité de la commune de Sainte-Anne à raison d'une faute du maire dans la mise en œuvre de ses pouvoirs de police administrative pour faire cesser la divagation et les dommages causés par des chiens errants. Il s'ensuit que la juridiction administrative est compétente pour statuer sur ce recours, et ce quand bien même un litige d'ordre privé pourrait par ailleurs exister en le requérant et le propriétaire des animaux. L'exception d'incompétence soulevée par la commune de Sainte-Anne n'est dès lors pas fondée. Elle doit, par suite, être écartée.

Sur la responsabilité de la commune :

3. L'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales dispose : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () 7° Le soin d'obvier ou de remédier aux événements fâcheux qui pourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces. " L'article L. 211-22 du code rural et de la pêche maritime dispose : " Les maires prennent toutes dispositions propres à empêcher la divagation des chiens et des chats. Ils peuvent ordonner que ces animaux soient tenus en laisse et que les chiens soient muselés. Ils prescrivent que les chiens et les chats errants et tous ceux qui seraient saisis sur le territoire de la commune sont conduits à la fourrière, où ils sont gardés pendant les délais fixés aux articles L. 211-25 et L. 211-26. / Les propriétaires, locataires, fermiers ou métayers peuvent saisir ou faire saisir par un agent de la force publique, dans les propriétés dont ils ont l'usage, les chiens et les chats que leurs maîtres laissent divaguer. Les animaux saisis sont conduits à la fourrière () ".

4. Il résulte de l'instruction que M. B a alerté au cours de l'année 2018 les services de la mairie de Sainte-Anne sur les dommages causés à sa propriété en raison de la divagation du chien appartenant à son voisin. Le 26 juin 2018, un agent de la police municipale s'est rendu sur place et a remis au propriétaire de l'animal un courrier le mettant en demeure de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser les divagations, sous peine que l'animal soit placé en fourrière. Par un nouveau courrier du 1er mars 2019, M. B a signalé au maire que les nuisances persistaient malgré la mise en demeure et que le propriétaire avait fait l'acquisition d'un nouveau chien, qui causait également des dommages sur sa propriété à raison de ses divagations. Un agent de la police municipal s'est rendu une nouvelle fois sur place et a délivré au propriétaire une deuxième mise en demeure. Les troubles ayant persisté, un brigadier de la police municipal s'est rendu à la demande de M. B au domicile de son voisin le matin du 13 septembre 2019. Après avoir constaté la présence de l'un des deux chiens qui était laissé libre sur la propriété, il a fait procéder à sa capture et a sa remise à la fourrière-refuge de la société protectrice des animaux située au Lamentin. Les troubles ont cessé peu de temps après, le propriétaire des animaux ayant quitté la maison d'habitation voisine du fonds du requérant à la suite d'un incendie qui s'est déclaré le 7 novembre 2019. Dans ces conditions, compte-tenu de l'ensemble des mesures ainsi prises par les services de la commune de Sainte-Anne à la suite des différents signalements de M. B, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le maire aurait commis une carence fautive dans l'exercice des pouvoirs de police administrative définis par les dispositions citées au point précédent. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que, en l'absence de toute faute commise par l'administration, M. B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de la commune de Sainte-Anne devrait être engagée à son encontre. Les conclusions indemnitaires de sa requête doivent, par suite, être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres conditions d'engagement de la puissance publique tenant à l'existence d'un préjudice et d'un lien de causalité.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainte-Anne, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Sainte-Anne au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Sainte-Anne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Sainte-Anne.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J. LasoLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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