jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200577 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BRUNO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022 et régularisée le 23 septembre 2022, M. D C, représenté par Me Bruno, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, née suite à sa demande datée du 6 mai 2022, par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité aux règles de l'urbanisme de la clôture implantée sur le fonds voisin au sien, situé lieudit Crève-cœur à Sainte-Anne, appartenant à Mme A épouse E ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité aux règles de l'urbanisme de la clôture implantée sur le fonds voisin au sien, situé lieudit Crève-cœur à Sainte-Anne, appartenant à Mme A épouse E ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Anne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la clôture implantée sur un fonds voisin du sien, en bordure de la voie publique et au niveau de la voie privée permettant l'accès à la voirie de son terrain, empêche la visibilité et crée un danger pour la circulation publique, en méconnaissance des règles d'urbanisme ;
- le maire était tenu, en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de dresser un procès-verbal de cette infraction aux règles d'urbanisme dès lors qu'il avait signalé cette situation aux services de la mairie par deux courriers des 18 février 2021 et 6 mai 2022.
Par un mémoire d'observation, enregistré le 23 février 2023, la commune de Sainte-Anne conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du présent litige, qui revêt un caractère civil et se rapporte à un conflit de voisinage, qui a au demeurant donné lieu en cours d'instance à une saisine du juge judiciaire le 10 février 2023 ;
- la requête est tardive dès lors que le recours de M. C a été formé au-delà du délai raisonnable d'un an suivant le courrier de saisine du 18 février 2021 qu'il avait adressé au maire ;
- elle est irrecevable faute de décision préalable puisqu'elle n'a jamais reçu la lettre datant du 16 mai 2022 que cite le requérant ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produit aucune observation, malgré la lettre de mise en demeure qui lui a été adressée par courrier du 12 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Yang-Ting-Ho, avocate de la commune de Sainte-Anne.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C est propriétaire d'une maison d'habitation située lieu-dit Crève-cœur à Sainte-Anne, commune dépourvue de règlementation locale d'urbanisme depuis que son plan d'occupation des sols est devenu caduc en application des articles L. 174-1 et suivants du code de l'urbanisme. Par un courrier daté du 6 mai 2022, l'intéressé a demandé au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser, en sa qualité d'officier de police judiciaire, un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité aux règles d'urbanisme d'une clôture implantée sur une parcelle voisine de sa propriété. Cette demande est toutefois restée sans réponse. Dans la présente instance, M. C demande au tribunal administratif d'annuler la décision implicite rejetant sa demande datée du 6 mai 2022, ainsi que d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Anne de dresser un procès-verbal d'infraction constatant la non-conformité aux règles d'urbanisme de la clôture implantée sur la parcelle voisine de sa propriété.
Sur l'exception d'incompétence :
2. Si le procès-verbal d'infraction prévu à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires, le refus d'une autorité administrative de dresser un tel procès-verbal d'infraction constitue un acte administratif dont la légalité ne peut être appréciée que par la juridiction administrative.
3. Le recours de M. C tend à l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne a refusé de dresser le procès-verbal d'infraction prévu à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la juridiction administrative est compétente pour statuer sur ce recours, et ce quand bien même un litige d'ordre privé pourrait par ailleurs exister entre le requérant et le propriétaire du fonds voisin sur lequel est implantée la construction dont la régularité est contestée. L'exception d'incompétence soulevée par la commune de Sainte-Anne n'est dès lors pas fondée. Elle doit, par suite, être écartée.
Sur la légalité de la décision attaquée :
4. L'article L. 480-1 du code de l'urbanisme dispose : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public () ". L'article L. 480-4 du même code dispose : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé () ". L'article L. 610-1 du code de l'urbanisme dispose : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. / Les sanctions édictées à l'article L. 480-4 s'appliquent également : / 1° En cas d'exécution de travaux ou d'utilisation du sol en méconnaissance des obligations imposées par les articles L. 111-1 à L. 111-10, L. 111-15, L. 111-23, L. 115-3 et L. 131-1 à L. 131-7 ainsi que par les règlements pris pour leur application ; () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. En outre, le maire est également tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 610-1 du même code, résultant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme ou du règlement national d'urbanisme.
6. L'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
7. Il ressort des pièces du dossier que la propriété de M. C ainsi que plusieurs autres fonds voisins au sien bénéficient d'un accès à la voirie publique qui s'effectue par le biais d'un chemin privé en pente reliant la route du Cap Chevalier située en amont. Si la propriétaire du fonds contiguë à cette voie d'accès privée a édifié au niveau de la voie publique un mur de clôture constitué de parpaings jusqu'à mi-hauteur puis d'éléments de bois ajourés, celui-ci n'est toutefois pas implanté directement en limite de la voie de circulation compte-tenu de la présence d'un trottoir de ce côté de la route du Cap Chevalier. Dans ces conditions, alors que l'axe routier, malgré son étroitesse, constitue un axe secondaire peu fréquenté ne présentant aucune courbure prononcée susceptible de gêner la visibilité à cet endroit, il n'est pas établi que l'implantation du mur de clôture serait susceptible de générer un trouble pour la sécurité de la circulation en méconnaissance de l'article R. 111-2 cité précédemment du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que, en l'absence d'infraction à ces dispositions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Sainte-Anne était tenu de dresser le procès-verbal prévu à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du maire de la commune de Sainte-Anne portant refus d'établissement d'un procès-verbal d'infraction. Les conclusions principales de la requête tendant à son annulation doivent, par suite être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Sainte-Anne.
Sur l'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. La décision du maire dans l'exercice des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme est prise au nom de l'État. Il s'ensuit que la commune de Sainte-Anne n'a pas la qualité de partie dans la présente instance. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.
11. Les conclusions de M. C présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont dirigées contre la commune de Sainte-Anne, qui n'a pas la qualité de partie à l'instance ainsi qu'il a été dit au point précédent. De telles conclusions sont dès lors mal dirigées et doivent, par suite, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Sainte-Anne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à la commune de Sainte-Anne et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026