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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200588

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200588

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 octobre 2022 et le 31 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Sanchez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure est irrégulière dès lors que l'administration s'est fondée sur des documents qu'elle ne lui a pas communiqués en dépit de sa demande ;

- l'administration ne pouvait taxer dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée trois revenus pour un montant total de 39 000 euros dès lors qu'ils se rattachaient nécessairement à son activité immobilière accessoire à son activité professionnelle de notaire ;

- la taxation de ses revenus fonciers dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux est artificielle, l'administration ne démontrant pas qu'il exerce une activité de marchand de biens ;

- la commission départementale des impôts directs a reconnu que les ventes immobilières successives qu'il a effectuées ne caractérisent pas une intention spéculative lors de ses acquisitions immobilières ;

- l'intention spéculative s'apprécie au moment des acquisitions et ne peut résulter du seul volume des ventes ;

- l'opération revêt un caractère patrimonial dès lors que les acquisitions ont été financées par un emprunt immobilier personnel et que des loyers d'habitation sont perçus ;

- le nombre important de loyers impayés l'ont contraint de revendre ses biens dès la fin des droits à défiscalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la directrice du contrôle fiscal sud-est outre-mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La directrice du contrôle fiscal sud-est outre-mer a produit un mémoire complémentaire, enregistré le 6 octobre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Requet, substituant Me Sanchez, représentant M. A.

Une note en délibéré, produite pour M. A, a été enregistrée les 11 et 15 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un examen contradictoire de sa situation personnelle pour les années 2013, 2014 et 2015, l'administration fiscale a notamment considéré que M. A avait réalisé des opérations immobilières présentant un caractère habituel dans une intention spéculative lui conférant la qualité de marchand de biens. Une proposition de rectification en date du 26 octobre 2017 lui a été adressée en application de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, des revenus d'un montant de 39 000 euros ont été taxés d'office compte tenu de leur origine indéterminée. A la suite d'une contestation adressée par M. A par un courrier du 6 décembre 2017, les rehaussements ont été partiellement maintenus. Les cotisations supplémentaires, augmentées des intérêts de retard et majorations, ont ainsi été mises en recouvrement le 3 octobre 2020, pour des montants de 467 462 euros et 358 413 euros au titre des années 2014 et 2015. La réclamation préalable de M. A, présentée le 22 février 2022, a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. A demande la décharge des cotisations supplémentaires d'imposition décidées au titre de la requalification de revenus fonciers en bénéfices industriels et commerciaux, et au titre de la taxation d'office d'une somme de 39 000 euros.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a dégrevé en cours d'instance, à hauteur de la somme totale de 24 164 euros, les pénalités afférentes aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge du requérant en tant qu'elles portent sur la somme ainsi dégrevée.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

4. M. A soutient que le service vérificateur s'est fondé sur des documents recueillis auprès de la caisse régionale du Crédit agricole de Martinique, et dont il a sollicité la communication en vain auprès de l'administration fiscale. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'en réponse à sa demande du 11 juin 2018, le service vérificateur a adressé à M. A les éléments d'information ainsi recueillis. Effectué par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, l'envoi a été retourné à l'expéditeur par les services postaux avec la mention " pli avisé mais non réclamé " par M. A. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les revenus taxés d'office en tant que revenus d'origine indéterminée :

5. Aux termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".

6. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas justifié l'origine de trois sommes qu'il a perçues, pour un montant total de 39 000 euros. Devant le service vérificateur, il s'est borné à présenter ces sommes comme se rattachant nécessairement aux revenus de son patrimoine immobilier. Il n'a pas apporté davantage de précisions, ni devant la commission départementale des impôts qui a confirmé l'origine indéterminée de ces revenus, ni dans le cadre de la présente instance. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort qu'il a fait l'objet, pour ce montant de 39 000 euros, d'une taxation d'office.

En ce qui concerne les revenus tirés d'une activité de marchand de biens :

7. Aux termes du I de l'article 35 du code général des impôts : " Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : 1° Personnes qui, habituellement, achètent en leur nom, en vue de les revendre, des immeubles () ".

8. L'activité de marchand de biens, regardée comme une activité commerciale en application de ces dispositions, est subordonnée à la double condition que les opérations d'achat en vue de la revente procèdent d'une intention spéculative et qu'elles présentent un caractère habituel.

9. La condition d'habitude s'apprécie en principe en fonction du nombre d'opérations réalisées et de leur fréquence. L'intention spéculative, présumée lorsque les cessions sont faites par un contribuable qui se livre habituellement à l'activité de marchand de biens, sauf pour l'intéressé à établir soit que les immeubles qu'il a vendus avaient été acquis pour satisfaire des besoins personnels ou familiaux et, de ce fait, que leur vente relevait de la simple gestion de son patrimoine personnel, soit que les immeubles en cause constituaient sa résidence principale, doit s'apprécier à la date d'achat ou d'apport du bien en cause.

10. D'une part, professionnel de l'immobilier, M. A ne conteste pas se livrer habituellement et personnellement aux opérations d'achat et de revente visées par les dispositions citées au point 7. L'administration rappelle sans être contredite que M. A avait acquis et revendu plusieurs biens immobiliers au cours des années précédant le contrôle fiscal, de sorte que la condition d'habitude évoquée au point précédent doit être regardée comme satisfaite.

11. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. A a acquis, par acte du 28 décembre 2007, deux immeubles en cours d'achèvement à Fort-de-France, comprenant 16 appartements, pour un prix de 3,2 millions d'euros. Un emprunt immobilier de ce montant a été contracté à titre personnel par l'intéressé auprès de la caisse régionale de Crédit agricole de Martinique, qui devait être remboursé par la perception de loyers versés par les occupants de ces logements. L'administration fiscale soutient sans être contredite que ces appartements ont été mis en vente au terme d'un délai de cinq ans, correspondant au délai de détention auxquelles étaient alors assujettis les investisseurs outre-mer pour bénéficier du dispositif légal de défiscalisation. M. A n'apporte pour sa part aucun élément de nature à établir que son investissement immobilier aurait eu une cause autre que cet important bénéfice fiscal. La circonstance qu'il a souscrit un emprunt à titre personnel est sans incidence sur son intention spéculative lors de l'acquisition, de même que les difficultés financières qu'il a pu subir du fait de nombreux loyers impayés, l'intention spéculative s'appréciant à la date d'achat des biens immobiliers. Dans ces conditions, l'administration fiscale est fondée à soutenir que l'intention spéculative de M. A était caractérisée en 2007, année d'acquisition des deux immeubles de logements.

12. Le caractère habituel et l'intention spéculative étant en l'espèce établis, c'est par suite à bon droit que l'administration a regardé M. A comme s'étant livré, au cours des exercices 2014 et 2015, à une activité commerciale de marchand de biens entrant dans les prévisions des dispositions précitées du I de l'article 35 du code général des impôts et a considéré que les bénéfices résultant de cette activité devaient être imposés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux sur le fondement de cet article.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. A à concurrence du dégrèvement de 24 164 euros intervenu en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la directrice du contrôle fiscal sud-est outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M Laso

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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