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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200621

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200621

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantYANG-TING HO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 12 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Martinique l'a licencié pour abandon de poste.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où il n'a pas été destinataire de la mise en demeure de reprendre son poste ;

- elle est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il a bien transmis ses arrêts de travail au service compétent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2023, le préfet de la Martinique, représenté par Me Yang-Ting Ho, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- les observations de M. B, et celles de Me Yang-Ting Ho, représentant le préfet de la Martinique.

Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 25 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par contrat d'engagement du 4 juin 2018 sur un poste de policier adjoint, affecté au service territorial de la sécurité publique de Fort-de-France. Par une décision du 12 septembre 2022, le préfet de la Martinique l'a licencié pour abandon de poste à compter de sa notification. L'intéressé a formé un recours gracieux le 7 octobre 2022, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Dans la présente instance, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 12 septembre 2022.

Sur la légalité de la décision du 12 septembre 2022 :

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé. Elle peut alors procéder à la radiation de l'agent pour abandon de poste.

3. En outre, en cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le pli contenant la mise en demeure de reprendre son poste a été présenté au domicile de M. B le 13 août 2022, en recommandé avec accusé de réception. Il a, cependant, été renvoyé à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ", M. B s'étant abstenu de se rendre au bureau de poste pour le retirer dans le délai de quinze jours qui lui était imparti. Si l'intéressé a soutenu lors de l'audience qu'aucun avis de passage n'a été laissé dans sa boîte aux lettres, il n'apporte toutefois aucun commencement de preuve susceptible de remettre en cause les mentions claires et concordantes portées sur l'enveloppe. Dans ces conditions, la mise en demeure du 12 août 2022 doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à la date de sa présentation, soit le 13 août 2022. Le moyen tiré du vice de procédure doit, par suite, être écarté.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas repris ses fonctions, malgré la mise en demeure qui lui a été régulièrement adressée le 13 août 2022. Si le requérant produit à l'instance des arrêts de travail prescrits par son médecin traitant, pour l'ensemble de la période du 7 juin au 12 septembre 2022, l'allégation selon laquelle il aurait transmis ces justificatifs au service compétent, qui n'est étayée par aucune pièce du dossier, est fermement contestée par le préfet de la Martinique, qui expose avoir découvert leur existence à l'occasion du recours gracieux exercé par M. B, le 7 octobre 2022, soit postérieurement au licenciement. Dans la mesure où le requérant n'établit pas avoir transmis ses arrêts de travail à son employeur, ce dont il était au demeurant coutumier au vu des pièces du dossier, il se trouvait en situation d'absence injustifiée et doit, par suite, être regardé comme ayant rompu tout lien avec le service. Il s'ensuit que le préfet de la Martinique a pu légalement prononcer son licenciement pour abandon de poste.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Martinique l'a licencié pour abandon de poste.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le préfet de la Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie du jugement sera adressée pour information au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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