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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200643

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200643

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président de l'université des Antilles sur sa demande du 20 juillet 2022 tendant au paiement des heures d'enseignement qu'elle a effectuées au cours de l'année universitaire 2015-2016.

L'université des Antilles, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense en dépit d'une mise en demeure du 19 janvier 2023.

La clôture d'instruction est intervenue le 3 avril 2023.

Par un courrier du 25 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible de prononcer une injonction d'office en vue du versement de la rémunération réclamée par Mme A.

Mme A a produit un nouveau mémoire, enregistré le 17 mai 2023, dans lequel elle demande au tribunal de condamner l'université des Antilles à lui verser une indemnité en réparation de son préjudice moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A soutient avoir dispensé 60 heures d'enseignement au sein du pôle de Martinique de l'université des Antilles au cours de l'année universitaire 2015-2016. N'ayant pas été rémunérée pour ce service en dépit de multiples relances de sa part auprès des services de l'université, elle s'est adressée au président de l'établissement, par un courriel du 20 juillet 2022, pour solliciter le versement de sa rémunération. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation du rejet implicite opposé à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Il résulte de ces dispositions que l'acquiescement aux faits est acquis lorsque, comme en l'espèce, le délai imparti à l'administration a expiré et que la date de clôture de l'instruction fixée par ordonnance est échue sans que l'administration ait présenté d'observations. Cette circonstance ne saurait dispenser le juge, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le demandeur ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'affaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 115-1 du code général de la fonction publique : " Les agents publics ont droit, après service fait, à une rémunération dans les conditions fixées au chapitre 1er du titre 1er du livre VII ".

4. En l'espèce, il est constant qu'au cours des années universitaires 2015-2016 d'une part, et 2016-2017 d'autre part, Mme A a dispensé annuellement 60 heures de travaux dirigés en histoire contemporaine à des étudiants préparant le diplôme d'aptitude aux études universitaires. Après plusieurs relances de sa part, elle a finalement été rémunérée en décembre 2019 pour les cours qu'elle a dispensés en 2016-2017. En revanche, malgré de très nombreuses relances adressées aux services de l'université depuis 2018, elle n'a pas été rémunérée au titre des cours dispensés lors de l'année universitaire 2015-2016. L'université des Antilles a multiplié les réponses d'attente adressées à l'intéressée sans réellement expliquer, ni à Mme A ni au juge de l'excès de pouvoir dans le cadre de la présente instance, les motifs l'ayant conduite à refuser le paiement sollicité. En conséquence, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée, qui méconnait l'article L. 115-1 du code général de la fonction publique, est entachée d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite par laquelle la demande de Mme A a été rejetée doit être annulée.

Sur l'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. Le présent jugement d'annulation implique nécessairement que l'université des Antilles verse à Mme A la rémunération qui lui est due au titre des 60 heures d'enseignement dispensées au cours de l'année universitaire 2015-2016. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à l'université des Antilles de verser à l'intéressée cette rémunération dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, l'inertie de l'université des Antilles a pu générer pour Mme A un préjudice moral. Toutefois, la requérante ne peut utilement présenter au juge administratif des conclusions indemnitaires sans avoir au préalable adressé à l'administration une demande d'indemnisation de son préjudice. Les conclusions indemnitaires de Mme A, au demeurant présentées de façon tardive dans son mémoire du 17 mai 2023, sont irrecevables dès lors que l'intéressée ne justifie pas d'un refus qu'aurait opposé l'université des Antilles à une demande indemnitaire de sa part. Cela ne fait cependant pas obstacle à ce que, postérieurement à la notification du présent jugement, Mme A présente à l'administration une demande indemnitaire.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 22 septembre 2022, par laquelle le président de l'université des Antilles a rejeté la demande de Mme A tendant au versement de la rémunération des heures d'enseignement dispensées au cours de l'année universitaire 2015-2016, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'université des Antilles de verser à Mme A la rémunération qui lui est due, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'université des Antilles.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président, rapporteur,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le premier conseiller faisant fonction de président

S. de Palmaert

L'assesseur le plus ancien,

V. Phulpin

La greffière,

J. Lemaitre

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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