jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 30 juin 2023, Mme E C, représentée par Me Bel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le ministre de la justice lui a infligé une sanction disciplinaire de déplacement d'office ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le ministre de la justice a prononcé à son encontre la sanction complémentaire de radiation du tableau d'avancement ;
3°) d'enjoindre au ministre de la justice de la rétablir immédiatement dans ses fonctions de responsable d'unité éducative au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) Caraïbe, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la saisine du conseil de discipline est irrégulière puisque le rapport de saisine mentionné à l'article 2 du décret du 25 octobre 1984 n'a été rédigé que le 23 juin 2022, soit postérieurement à la convocation à la séance dudit conseil qui lui a été remise en main propre le 15 juin 2022 ;
- le rapport de saisine est irrégulier dans la mesure où il n'est pas établi que son auteur aurait régulièrement reçu une délégation à cet effet ;
- elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour préparer sa défense préalablement à la réunion du conseil de discipline compte-tenu notamment de ce qu'elle a eu accès tardivement à son dossier individuel et du temps de trajet pour se rendre dans l'hexagone depuis la Martinique ;
- le conseil de discipline était irrégulièrement composé puisqu'aucun représentant relevant du corps des cadres éducatifs de la protection judiciaire de la jeunesse n'a siégé lors de la séance du 6 juillet 2022 ;
- la procédure est encore irrégulière puisque huit des témoins qu'elle a cités n'ont pas été autorisés à déposer devant le conseil de discipline, en méconnaissance de l'article 3 du décret du 25 octobre 1984 et du principe général de respect des droits de la défense ;
- les principes d'impartialité et de respect des droits de la défense ont été méconnus compte-tenu de l'attitude de défiance, d'animosité et de mépris manifestée par les membres du conseil de discipline tant à l'égard d'elle-même que de ses témoins ;
- les arrêtés attaqués sont illégaux puisqu'un courrier de l'administration l'a informée que les sanctions prendraient effet à la fin de sa suspension, et non à leur notification comme le prévoit l'article 11 du décret du 25 octobre 1984 ;
- les arrêtés attaqués se fondent sur certains faits commis le 25 janvier 2019 qui sont pourtant couverts par la prescription instituée à l'article L. 532-2 du code général de la fonction publique ;
- la matérialité et le caractère fautif des faits de manquements à ses devoirs de loyauté et d'obéissance hiérarchique qui lui ont été reprochés au cours de réunions les 25 novembre 2020, 22 juin 2021 et 29 juin 2021 ne sont pas établis ;
- la matérialité et le caractère fautif des faits reprochés de posture professionnelle inadaptée à sa qualité de cadre concernant les échanges sur un groupe de discussion avec les membres de son équipe et un comportement menaçant envers ses subordonnés ne sont pas établis ;
- la sanction disciplinaire de déplacement d'office est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2020-35 du 21 janvier 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Bel, avocate de Mme C.
Une note en délibéré présentée pour Mme C a été enregistrée le 16 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, cadre éducative de la protection judiciaire et de la jeunesse, est affecté au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) Caraïbe, où elle exerce les fonctions de responsable d'unité. Suspendue à titre conservatoire par arrêté du 24 juin 2022, elle a fait l'objet d'une procédure disciplinaire. Par deux arrêtés du 11 octobre 2022, le ministre de la justice lui a infligé la sanction disciplinaire de déplacement d'office et la sanction complémentaire de radiation du tableau d'avancement. Dans la présente instance, Mme C demande au tribunal administratif d'annuler les deux arrêtés du ministre de la justice du 11 octobre 2022 lui infligeant la sanction disciplinaire de déplacement d'office et la sanction complémentaire de radiation du tableau d'avancement, ainsi que d'enjoindre à l'administration, sous condition de délai et d'astreinte, de la rétablir dans ses fonctions de responsable d'unité éducative au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) Caraïbe.
Sur la légalité des arrêtés attaqués :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, l'article 2 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat dispose : " L'organisme siégeant en Conseil de discipline lorsque sa consultation est nécessaire, en application de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique, est saisi par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire ou d'un chef de service déconcentré ayant reçu délégation de compétence à cet effet. / Ce rapport doit indiquer clairement les faits reprochés au fonctionnaire et préciser les circonstances dans lesquelles ils se sont produits. "
3. Il est constant que la saisine du conseil de discipline, qui est intervenue au plus tard le 15 juin 2022, date de notification à l'intéressée du courrier de convocation à la séance dudit conseil, n'était accompagné d'aucun rapport de saisine, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Une telle saisine était dès lors entachée d'irrégularité.
4. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à la saisine du conseil de discipline, l'administration a établi, le 23 juin 2022, un rapport indiquant les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils se sont produits. Ce rapport a été joint au dossier de saisine du conseil de discipline, puis a été transmis à Mme C, lorsqu'elle a obtenu la communication de son dossier individuel le 24 juin 2022, et lu lors de la séance du conseil de discipline du 6 juillet 2022. Dans ces conditions, le vice relevé au point 3. affectant la saisine du conseil de discipline n'a pas été susceptible, en l'espèce, d'exercer une influence sur le sens de la décision, ni n'a privé la requérante d'une garantie. Mme C n'est dès lors pas fondée à soutenir que cette irrégularité aurait entaché les arrêtés attaqués d'une illégalité. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement dispose : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; () ".
7. Le rapport de saisine litigieux établi le 23 juin 2022 a été signé par M. B D, qui a été nommé directeur de la protection judiciaire de la jeunesse par intérim par un décret du 14 juin 2022 régulièrement publié au journal officiel de la République française n° 0137 du 15 juin 2022. En application des dispositions citées au point précédent, celui-ci était compétent pour signer au nom du ministre de la justice, autorité ayant pouvoir disciplinaire, le rapport de saisine du conseil de discipline mentionné à l'article 2 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat, contrairement à ce que soutient Mme C. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
8. En troisième lieu, l'article 1er du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat dispose : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents () ". L'article 4 du même décret dispose : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline quinze jours au moins avant la date de réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est vue notifier en main propre, le 15 juin 2022, un courrier de convocation l'invitant à se présenter devant le conseil de discipline le 6 juillet 2022 à 14h00, soit dans le délai minimal de quinze jours prévu à l'article 4 cité précédemment du décret du 25 octobre 1984. Ce courrier de convocation informait la requérante qu'elle avait la possibilité d'obtenir la communication de l'intégralité de son dossier individuel et l'invitait à venir le consulter sur place dans les locaux de la direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse de Martinique. Mme C a effectivement exercé ce droit et a obtenu l'après-midi du 24 juin 2022, soit près de douze jours avant la réunion du conseil de discipline, une copie sur un support numérique de l'ensemble des pièces et des annexes composant son dossier individuel. Malgré le temps de trajet qui lui était nécessaire d'accomplir pour se rendre dans l'hexagone afin d'assister à la séance du conseil de discipline, un tel délai de près de douze jours était suffisant pour permettre à la requérante de préparer utilement sa défense, sans que l'intéressée ne puisse utilement se prévaloir de la circonstance qu'elle n'avait obtenu un rendez-vous auprès de son avocate que le 29 juin 2022, une telle circonstance n'étant pas imputable à l'administration. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes du II. de l'article 25 du décret du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires, les commissions administratives paritaires " se réunissent en conseil de discipline pour l'examen des propositions de sanction des deuxième, troisième et quatrième groupes de l'échelle des sanctions ". L'article 14 du décret du 21 janvier 2020 portant statut particulier du corps des cadres éducatifs de la protection judiciaire de la jeunesse : " Jusqu'au prochain renouvellement général des instances représentatives du personnel, la commission administrative paritaire compétente à l'égard du corps des directeurs des services de la protection judiciaire de la jeunesse est compétente pour le corps des cadres éducatifs de la protection judiciaire de la jeunesse. " La date des élections pour le renouvellement général des organismes consultatifs au sein desquels s'exerce la participation des fonctionnaires et des agents de la fonction publique de l'Etat a été fixée au 8 décembre 2022 par arrêté interministériel du 9 mars 2022.
11. Il ressort des pièces du dossier que la séance du conseil de discipline au cours de laquelle la situation de Mme C a été examinée a eu lieu le 6 juillet 2022, soit avant le renouvellement général des instances représentatives du personnel, intervenu au moment des élections professionnelles du 8 décembre 2022. Il s'ensuit que la commission administrative paritaire compétente pour se réunir en conseil de discipline afin d'examiner la proposition de sanction formulée à l'encontre de Mme C était la commission administrative paritaire compétente à l'égard du corps des directeurs des services de la protection judiciaire de la jeunesse. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que le conseil de discipline était irrégulièrement composé dans la mesure où l'ensemble des représentants du personnel ayant siégé relevaient du corps des directeurs des services de la protection judiciaire de la jeunesse, et non du corps des cadres éducatifs de la protection judiciaire et de la jeunesse. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
12. En cinquième lieu, l'article 3 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les agents de l'Etat dispose : " Le fonctionnaire poursuivi peut présenter devant le Conseil de discipline des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Le droit de citer des témoins appartient également à l'administration () ". Il appartient au conseil de discipline de décider s'il y a lieu de procéder à l'audition de témoins. Il ne peut, toutefois, sans méconnaître les droits de la défense et le caractère contradictoire de la procédure, entendre des témoins le jour même de sa séance sans avoir mis en mesure l'agent intéressé d'assister à leur audition.
13. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de la séance du conseil de discipline, que, après avoir ouvert la séance du 6 juillet 2022, le conseil de discipline a décidé d'entendre les deux témoins cités par l'administration et, compte-tenu du nombre important de onze témoins cités par la requérante, de limiter les auditions à trois témoins laissés au choix de la requérante. En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires imposant au conseil de discipline de faire droit à une demande de citation de témoins, le refus du conseil d'entendre ainsi huit des onze témoins cités par Mme C n'est pas de nature à entacher d'une irrégularité la procédure suivie. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
14. En sixième lieu, d'une part, il ressort de la retranscription des débats figurant dans le procès-verbal de la séance du conseil de discipline du 6 juillet 2022 que, au cours de la séance qui a duré plus de six heures, Mme C et son conseil ont pu s'exprimer à de multiples reprises et présenter notamment des observations orales sur l'ensemble des griefs ainsi qu'après chacune des auditions de témoins. D'autre part, il ne ressort pas de cette même transcription des débats que le président du conseil de discipline ou les membres de ce conseil, lorsqu'ils sont intervenus pour poser des questions, auraient fait preuve d'une quelconque animosité, ou d'une attitude de mépris ou de défiance à l'égard de l'agente, de son conseil ou des témoins qu'elle a cités. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que les membres du conseil de discipline auraient manqué à l'obligation d'impartialité qui s'imposait à eux et que les droits de la défense de l'intéressée auraient été méconnus pour cette raison ne sont pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne la légalité interne :
15. Pour infliger à Mme C la sanction disciplinaire de déplacement d'office et la sanction complémentaire de radiation du tableau d'avancement, le ministre de la justice s'est fondé, d'une part, sur des faits d'insubordination et de manquement au devoir de loyauté, survenus lors de réunions qui se sont tenues les 25 janvier 2019, 25 novembre 2020, 22 juin 2021 et 29 juin 2021, et, d'autre part, sur des faits de méthodes managériales et de comportements inadaptés à l'égard des agents de l'unité éducative.
16. En premier lieu, Mme C soutient que l'administration a méconnu l'article 11 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat en décidant, par un courrier du 19 octobre 2022, de retarder la mise à exécution des sanctions litigieuses jusqu'à la fin de sa suspension conservatoire. Toutefois, cette circonstance est postérieure aux deux arrêtés attaqués du 11 octobre 2022 et est ainsi insusceptible d'affecter leur légalité, laquelle s'apprécie à la date de leur édiction. Le moyen est dès lors inopérant. Il doit, par suite, être écarté.
17. En second lieu, L'article L. 532-2 du code général de la fonction publique dispose : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction () ".
18. Il ressort des termes des arrêtés attaqués que, pour infliger les deux sanctions litigieuses à la requérante, le ministre de la justice s'est notamment fondé sur des faits survenus lors d'une réunion qui s'est déroulée le 25 janvier 2019 et dont l'administration a nécessairement eu connaissance dès leur survenance, compte-tenu de la présence de la supérieure hiérarchique de la requérante à cette réunion. Si le ministre soutient que la procédure disciplinaire a été engagée moins de trois ans après ces faits, à la suite d'un courrier daté du 13 janvier 2022 informant Mme C de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, ce courrier, qui fait référence à des manquements de l'intéressée à ses obligations professionnelles et à des comportements inappropriés, notamment au sein de la ligne hiérarchique, sans apporter aucune précision sur la nature des manquements en cause, ne peut toutefois être regardé comme ayant procédé à l'engagement d'une procédure disciplinaire portant spécifiquement sur les faits survenus lors de la réunion du 25 janvier 2019. L'engagement d'une procédure disciplinaire portant spécifiquement sur ces faits n'est intervenu au plus tôt que le 15 juin 2022, date à laquelle Mme C a été destinataire du courrier de convocation devant la séance du conseil de discipline du 6 juillet 2022. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que les faits survenus le 25 janvier 2019 étaient prescrits et que le ministre de la justice ne pouvait les sanctionner sans méconnaître les dispositions citées au point précédent de l'article L. 532-2 du code général de la fonction publique. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.
19. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 15., le ministre de la justice a également fondé les sanctions litigieuses de déplacement d'office et de radiation du tableau d'avancement sur plusieurs autres motifs.
20. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
21. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 25 novembre 2020, lors d'une réunion du collège de direction territoriale élargie à laquelle elle participait, Mme C n'a eu de cesse d'interrompre le directeur territorial lors de ses prises de parole et a levé la voix à plusieurs reprises, ce qui a rendu tout dialogue impossible. Le directeur territorial lui a adressé le lendemain une lettre de recadrage mettant en cause le caractère inacceptable de son comportement au cours de la réunion et appelant à son professionnalisme pour que de tels faits ne se reproduisent pas à l'avenir. Au cours d'une réunion tenue le 22 juin 2021, après que la directrice de service ait annoncé à l'unité éducative sa décision de modifier la répartition des activités de l'unité éducative, Mme C, qui estimait ne pas avoir été informée au préalable de cette décision, a manifesté son désaccord et adopté une attitude agressive envers la directrice de service, en tenant à son égard des propos excessifs, et ce alors même que les agents de l'unité éducative étaient présents. L'intéressée a réitéré des propos de même nature lorsque sa supérieure hiérarchique est revenue vers elle pour s'expliquer sur l'incident. Une semaine plus tard, le 29 juin 2021, lors d'une réunion du collège de direction territoriale élargie à laquelle elle participait, Mme C a interrompu le directeur territorial au moment où il répondait à des interrogations concernant la modification de la répartition des activités de l'unité éducative. Elle a ensuite élevé la voix jusqu'à l'hurlement, empêchant tout dialogue, puis a quitté la réunion malgré l'opposition du directeur territorial, après avoir tenu des propos excessifs. Le directeur territorial a alors adressé à la requérante, le 6 juillet 2021, une lettre de convocation à un entretien afin qu'elle s'explique sur son comportement lors des incidents des 22 et 29 juin 2021. Ces faits, dont la matérialité est établie par les nombreux courriers produits au dossier et a au demeurant été en grande partie reconnue par l'intéressée au cours des débats devant le conseil de discipline, constituent des manquements au devoir d'obéissance hiérarchique, rappelé à l'article L. 121-10 du code général de la fonction publique, et, s'agissant spécifiquement des faits du 22 juin 2021 commis en présence de l'ensemble des agents de l'unité, au devoir de loyauté, qui s'imposaient à Mme C. Les moyens tirés de l'absence de matérialité des faits et l'absence de caractère fautif ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.
22. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, à la suite d'une réunion de service, Mme C a décidé de créer un groupe de discussion sur un réseau social avec les numéros des téléphones portables personnels des agents de l'unité éducative. Il ressort de la transcription des échanges que ce groupe de discussion était utilisé quasi-quotidiennement à la fois par la requérante, pour relayer des informations importantes relatives au service, notamment sur les dossiers des mineurs suivis par l'unité éducative, et par les agents, pour échanger sur des questions quotidiennes d'ordre pratique, mais que la majeure partie des échanges était constituée par des messages à caractère non-professionnel, sans aucun lien avec le service. Des agents de l'unité ont publié à plusieurs reprises sur le groupe de discussion des messages inappropriés, constitués notamment par l'expression de prises de positions politiques ou par des allusions aux origines et à la religion du directeur territorial. Malgré des recadrages ponctuels, Mme C n'a pas suffisamment modéré la teneur et le contenu des messages inappropriés ainsi publiés sur le groupe de discussion, et a au contraire envoyé à plusieurs reprises des messages de réponse d'approbation.
23. En outre, des échanges sur le groupe de discussions initiés par des messages de Mme C intervenaient régulièrement le soir après les heures normales de travail et les week-end, générant ainsi des risques psycho-sociaux pour les agents qui, bien que non contraints de faire partie du groupe de discussion, devaient en pratique prendre connaissance des messages publiés le week-end ou tardivement le soir, ceux-ci étant susceptibles de contenir des informations importantes relatives au service diffusées par la requérante. Par ailleurs, un ancien psychologue de l'unité éducative, qui a démissionné de son poste en juin 2022, et deux agents exerçant les fonctions de psychologue et d'éducateur au sein de l'unité éducative ont dénoncé les méthodes d'encadrement utilisées par Mme C, qui consistaient, avec le soutien de cinq agents de l'équipe, à créer un climat d'angoisse auprès du reste de l'équipe, à travers notamment une attitude de dénigrement, des reproches injustifiés et des mesures à caractère vexatoire. Le médecin de prévention a adressé à la hiérarchie de la requérante, le 18 octobre 2021, un courrier d'alerte sur l'existence de sérieux facteurs de risques psycho-sociaux au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) Caraïbe, après avoir constaté l'altération de l'état de santé de plusieurs agents de l'unité et préconisé leur changement de service dans les meilleurs délais. Dans ces conditions, en adoptant ainsi des méthodes d'encadrement inadaptées de nature à créer des risques psycho-sociaux auprès des agents de l'unité éducative, Mme C a méconnu les obligations qui s'imposaient à elle en sa qualité de cadre éducative de la protection judiciaire et de la jeunesse. Les moyens tirés de l'absence de matérialité des faits et l'absence de caractère fautif ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.
24. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, antérieurement au prononcé de la sanction litigieuse de déplacement d'office, Mme C avait déjà fait l'objet en 2019 d'une enquête administrative à la suite d'un signalement pour des faits de harcèlement moral. Le rapport de cette enquête avait révélé que la requérante adoptait un comportement et des méthodes d'encadrement inadaptées vis-à-vis de ses équipes, conduisant à la mise en place d'un plan d'action visant à mettre un terme à ces pratiques, lequel plan d'action comportait notamment plusieurs formations en management à destination de Mme C. Dans ces conditions, malgré l'absence de précédente sanction, les manquements disciplinaires relevés aux points 21., 22. et 23., compte-tenu de leur gravité et des responsabilités particulières en matière d'encadrement dont la requérante était investie en sa qualité de cadre éducative de la protection judiciaire et de la jeunesse, étaient, dans les circonstances particulières de l'espèce, de nature à justifier la sanction de déplacement d'office prononcée à l'encontre de Mme C. Celle-ci n'est donc pas fondée à soutenir que la sanction de déplacement d'office dont elle a fait l'objet présentait un caractère disproportionné. Le moyen soulevé sur ce point doit, par suite, être écarté.
25. Enfin, il résulte de l'instruction que le ministre de la justice aurait pris la même décision en se fondant sur ces seuls motifs.
26. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à contester la légalité des arrêtés attaqués du 11 octobre 2022 lui infligeant la sanction disciplinaire de déplacement d'office et la sanction complémentaire de radiation du tableau d'avancement. Les conclusions principales de sa requête tendant à leur annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur l'injonction et l'astreinte :
27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions principales à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026