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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200660

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200660

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantLABOUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 novembre 2022, le 1er mai 2023 et le 3 juillet 2023, la société civile immobilière (SCI) Topaze, représentée par Me Laboune, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures avant la clôture d'instruction :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise par le comptable public le 17 mai 2022 à destination de son établissement bancaire, pour le recouvrement des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2021 et des intérêts de retard correspondants ;

2°) de condamner l'Etat à lui rembourser le trop-perçu d'un montant de 169 146,67 euros, assorti des intérêts moratoires, sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) d'enjoindre à l'administration de communiquer les saisies administratives à tiers détenteur antérieures à la date du 9 juin 2011, ainsi que la justification de leurs dénonciations régulières ;

4°) de mettre la somme de 4 000 euros à la charge de l'Etat au titre des frais d'instance.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour se prononcer sur un moyen tiré de l'irrégularité de la notification d'une saisie administrative à tiers détenteur, conformément aux dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales éclairées par la jurisprudence et la doctrine fiscale n° BOI-REC-EVTS-30-20 en son paragraphe 130 ;

- la procédure de recouvrement est irrégulière, en l'absence de notification de la saisie administrative à tiers détenteur comportant la mention des voies et délais de recours ;

- l'action en recouvrement est prescrite.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 février et 30 mai 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été présentée dans le délai de deux mois suivant la notification de l'acte de poursuite, en méconnaissance de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales ;

- le moyen tiré de ce que les saisies administratives à tiers détenteur n'ont pas été régulièrement notifiées relève de la régularité en la forme de l'acte de poursuite, pour laquelle le juge de l'impôt est incompétent ;

- le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement des cotisations de taxe foncière mises à sa charge au titre des années 2005 à 2014 est irrecevable, en application de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales ;

- les autres moyens soulevés par la SCI Topaze ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 7 août 2023, par une ordonnance du même jour.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire de la SCI Topaze, enregistré le 29 août 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la SCI Topaze tendant à enjoindre à l'administration de communiquer les saisies administratives à tiers détenteur antérieures à la date du 9 juin 2011 ainsi que la justification de leurs dénonciations régulières, dans la mesure où il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration, en dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le livre des procédures fiscales et le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Monnier-Besombes, conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Topaze s'est vu notifier, le 24 juin 2022, une saisie administrative à tiers détenteur émise par le comptable public le 17 mai 2022 à destination de son établissement bancaire, pour le recouvrement de cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2021, assorties d'intérêts de retard, pour un montant total de 202 820,97 euros. L'intéressée a contesté cet acte de poursuite par des courriers en date du 9 juillet 2022, du 4 août 2022 et du 16 août 2022, qui ont fait l'objet d'une décision de rejet le 12 septembre 2022. Par la présente requête, la SCI Topaze doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures avant la clôture d'instruction, de prononcer la décharge de l'obligation de payer procédant de cette saisie administrative à tiers détenteur, de condamner l'Etat à lui rembourser le trop-perçu d'un montant de 169 146,67 euros, assorti des intérêts moratoires, et d'enjoindre à l'administration de communiquer les saisies administratives à tiers détenteur antérieures à la date du 9 juin 2011 ainsi que la justification de leurs dénonciations régulières.

Sur la demande d'injonction :

2. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions de la SCI Topaze, tendant à ce que le tribunal enjoigne à l'administration de communiquer les saisies administratives à tiers détenteur antérieures à la date du 9 juin 2011 ainsi que la justification de leurs dénonciations régulières, n'entrent pas notamment dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code précité. Dès lors, elles sont irrecevables.

Sur la demande de décharge :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; () / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution () ".

4. Le moyen présenté par la SCI Topaze, tiré de l'irrégularité entachant la procédure de recouvrement, en l'absence de notification au contribuable de la saisie administrative à tiers détenteur comportant la mention des voies et délais de recours, a trait à la régularité formelle de l'acte de poursuite. La société requérante ne peut, dès lors, utilement se prévaloir du paragraphe 130 de l'instruction fiscale n° BOI-REC-EVTS-30-20, qui concerne les contestations portant sur l'exigibilité de l'imposition, distinct du moyen qu'elle a présenté dans sa requête. L'administration fiscale est par suite fondée à soutenir que ce moyen est porté devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Il doit, dès lors, être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A () ". L'article 2244 du code civil précise notamment que le délai de prescription est interrompu par un acte d'exécution forcée.

6. D'une part, il résulte de l'instruction que la cotisation de taxe foncière due par la SCI Topaze au titre de l'année 2015 a été mise en recouvrement le 31 août 2015. Le directeur régional des finances publiques de la Martinique produit à l'appui de ses écritures un avis à tiers détenteur, daté du 22 février 2017 et accompagné de la mention des voies et délais de recours, que le comptable public a adressé à la requérante, qui en a été destinataire le 18 mars 2017. Par suite, cet acte d'exécution forcée a régulièrement interrompu le délai de quatre ans de la prescription de l'action en recouvrement, qui a recommencé à courir pour un nouveau délai de quatre ans. Il a de nouveau été interrompu par la notification régulière d'une nouvelle saisie administrative à tiers détenteur en date du 13 février 2019, mentionnant les voies et délais de recours, qui a été réceptionnée par la société requérante le 28 février 2019. La prescription n'était dès lors pas acquise le 17 mai 2022, date d'émission de la saisie administrative à tiers détenteur contestée. Dans ces conditions, la SCI Topaze n'est pas fondée à soutenir que la créance relative à cette imposition serait prescrite.

7. D'autre part, les cotisations de taxe foncière auxquelles la SCI Topaze a été assujettie au titre des années 2016 à 2018 ont été mises en recouvrement entre le 31 août 2016 et le 31 août 2018. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, pour ces impositions, dont la prescription a commencé à courir au plus tôt à compter du 31 août 2016, le comptable public a émis une saisie administrative à tiers détenteur, le 13 février 2019, mentionnant les voies et délais de recours, et dont la société requérante en a accusé réception le 28 février 2019. Par suite, le délai de prescription de quatre ans, qui a recommencé à courir à compter de cette date, n'était pas expiré à la date de la saisie administrative à tiers détenteur contestée.

8. Enfin, il résulte de l'instruction que les cotisations de taxe foncière mises à la charge de la SCI Topaze au titre des années 2019 à 2021 ont été mises en recouvrement entre le 31 décembre 2019 et le 31 août 2021. La société requérante ne peut, par suite, sérieusement soutenir que la créance de l'administration fiscale était prescrite à la date d'émission de la saisie administrative à tiers détenteur en litige, le 17 mai 2022.

9. Au surplus, le moyen selon lequel les cotisations de taxe foncière auxquelles la SCI Topaze a été assujettie au titre des années 2005 à 2014 seraient prescrites, est sans incidence aucune sur la légalité du recouvrement des cotisations de taxe foncière mises à sa charge au titre des années 2015 à 2021, objet du présent litige, alors au demeurant que les dettes correspondantes à ces impositions ont été entièrement soldées, au titre de précédents actes de poursuite, devenus définitifs faute d'avoir été contestés. En tout état de cause, à supposer même que la société requérante entende en réalité également solliciter la décharge des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2005 à 2014, de telles conclusions sont irrecevables dès lors qu'elle ne justifie pas avoir présenté à l'administration fiscale de réclamation à l'encontre des actes de poursuite émis pour leur recouvrement dans un délai de deux mois suivant leur notification régulière, compte tenu des mentions claires, précises et concordantes portées sur l'enveloppe selon lesquelles le pli a été avisé et non réclamé, ni a fortiori, s'être prévalue de la prescription de l'action en recouvrement, en méconnaissance de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que le fait valoir à juste titre l'administration fiscale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Topaze n'est pas fondée à demander la décharge de l'obligation de payer procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise par le comptable public le 17 mai 2022 ni la condamnation de l'Etat à lui rembourser le trop-perçu d'un montant de 169 146,67 euros. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, ses conclusions doivent être rejetées, ainsi que, en tout état de cause, celles présentées sur le fondement de l'article L. 8-1 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, au demeurant abrogé le 1er janvier 2001.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Topaze est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Topaze et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La magistrate désignée,

A. Monnier-Besombes Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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