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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200665

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200665

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAGIER CHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 8 février 2023, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l'association pour la protection des animaux sauvages et du patrimoine naturel (ASPAS), l'association des mateurs amicaux des z'oiseaux et de la nature aux Antilles (AMAZONA), l'association Le Carouge, l'association pour l'étude et la protection de la vie sauvage dans les petites Antilles (AEVA) et l'association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles (ASFA), représentées par Me Victoria, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Martinique n° R02-2022-11-10-00001 du 10 novembre 2022 portant modification de l'arrêté du 19 juillet 2022 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse pour la campagne 2022-2023 dans le département de la Martinique ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable puisqu'elles justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir eu égard à l'objet qu'elles se sont données dans leurs statuts respectifs ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il a été édicté seulement deux jours après la clôture de la consultation publique, en méconnaissance du délai minimal de quatre jours prévu par l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;

- l'arrêté méconnait encore la procédure instituée par l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement dès lors qu'aucune synthèse des observations du public n'a été mise en ligne préalablement à sa publication ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'environnement et du principe de précaution prévu à l'article 5 de la Charte de l'environnement et à l'article L 110-1 du code de l'environnement, dans la mesure où :

Concernant les pigeons et moqueurs :

o il permet la chasse du pigeon à cou rouge en période de reproduction et de dépendance des jeunes, avec un quota journalier insuffisant, sans limitation des jours de chasse ni des prises sur la saison, alors qu'il s'agit d'une espèce fragile, inscrite sur la liste des espèces menacées en Martinique (quasi-menacée) ;

o il permet la chasse du moqueur corossol en période de reproduction, avec un quota journalier insuffisant, sans limitation des jours de chasse ni des prises sur la saison, alors qu'il s'agit d'une espèce fragile, inscrite sur la liste des espèces menacées en Martinique (quasi-menacée) ;

Concernant les gibier d'eau limicoles :

o il permet la chasse d'espèces migratoires de limicoles qui constituent des espèces fragiles en déclin ou déclin prononcé (bécasseau à échasses, pluvier bronzé, pluvier argenté, chevalier semi-palmé, bécassine de Wilson, bécassin roux, petit chevalier à pattes jaunes, bécasseau à poitrine cendrée et maubèche des champs), dont plusieurs sont classées parmi les espèces menacées de disparaître ;

o les quotas de prélèvement fixés par le préfet pour ces huit espèces de limicoles sont largement excessifs par rapport à la mortalité anthropique maximale soutenable estimée par l'étude Watts de 2015 pour l'ensemble de la voie migratoire Ouest-Atlantique, sur laquelle la Martinique est le deuxième contributeur des tableaux de chasse ;

Concernant les gibiers d'eau anatidés :

o il permet la chasse de la sarcelle à ailes bleues sur l'ensemble de la période générale de chasse, sans limitation des jours de chasse ni instauration d'un quelconque quota de prises, alors qu'il s'agit d'une espèce fragile, inscrite sur la liste des espèces menacées en Martinique (quasi-menacée).

Par un mémoire en observation, enregistré le 25 novembre 2022, la fédération départementale des chasseurs de la Martinique, représentée par M. B, demande que le tribunal rejette la requête n° 2200665 et, en outre, qu'il mette à la charge des associations requérantes le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est recevable à former dans la présente instance des observations au soutien du défendeur dès lors qu'elle a intérêt au maintien de l'arrêté attaqué ;

- les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête des associations requérantes.

Il soutient que les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté par le préfet de la Martinique, a été enregistré le 17 février 2023 et n'a pas été communiqué en application de l'article R.611-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête en l'absence d'intérêt donnant qualité aux associations requérantes pour agir à l'encontre de l'arrêté attaqué du préfet de la Martinique du 10 novembre 2022, lequel n'emporte aucun impact dommageable pour l'environnement ou sur la conservation de la faune en Martinique, mais a exclusivement pour objet de modifier l'arrêté initial du 19 juillet 2022 portant ouverture de la campagne de chasse 2022-2023 afin d'abroger l'autorisation de chasse du bécassin roux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Victoria, avocat des associations requérantes, de Mme C, représentante du préfet de la Martinique, et de Me Diarra, avocat de la fédération départementale des chasseurs de la Martinique.

Une note en délibéré, présentée pour les associations requérantes, a été enregistrée le 12 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 juillet 2022, le préfet de la Martinique a fixé la période d'ouverture générale de la chasse pour la campagne 2022-2023 et défini les modalités spécifiques de la chasse de certaines espèces de gibier. Par une ordonnance n° 2200520 du 21 septembre 2022, la juge des référés du tribunal administratif de la Martinique a partiellement suspendu l'exécution de cet arrêté en tant qu'il autorise sans limitation suffisante la chasse des espèces du pigeon à cou rouge, du moqueur corossol, du pluvier bronzé, du pluvier argenté, du bécassin roux, du petit chevalier à pattes jaunes, du chevalier semi-palmé, du bécasseau à poitrine cendrée, du bécasseau à échasses, de la bécassine de Wilson, de la maubèche des champs et de la sarcelle à ailes bleues, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité. Par un second arrêté du 10 novembre 2022, le préfet de la Martinique a modifié l'arrêté du 19 juillet 2022 en supprimant le bécassin roux du tableau des espèces de la famille des limicoles pouvant être chassées et d'ajouter cet oiseau à la liste des espèces interdites de chasse pour la campagne de chasse 2022-2023. Dans la présente instance, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l'association pour la protection des animaux sauvages et du patrimoine naturel (ASPAS), l'association des mateurs amicaux des z'oiseaux et de la nature aux Antilles (AMAZONA), l'association Le Carouge, l'association pour l'étude et la protection de la vie sauvage dans les petites Antilles (AEVA) et l'association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles (ASFA) demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de la Martinique du 10 novembre 2022.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Suite à l'ordonnance de la juge des référés du tribunal administratif de la Martinique n° 2200520 du 21 septembre 2022, le préfet de la Martinique a, par l'arrêté critiqué du 10 novembre 2022, modifié l'arrêté préfectoral du 19 juillet 2022 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse pour la campagne 2022-2023 dans le département de la Martinique. Cet arrêté modificatif supprime le bécassin roux du tableau des espèces de limicoles pouvant être chassées dans des conditions spécifiques, figurant à l'article 2 de l'arrêté initial du 19 juillet 2022, et ajoute cet oiseau à la liste des espèces pour lesquelles la chasse est interdite au cours de la saison de chasse, mentionnée à l'article 3 du même arrêté. Ainsi, l'arrêté attaqué du 10 novembre 2022, qui a pour seul et unique objet d'abroger l'autorisation de chasse du bécassin roux pour la saison 2022-2023, institue une mesure de protection de cette espèce de la famille des limicoles mentionnée par l'arrêté préfectoral du 19 juillet 2022. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué n'emporte aucun impact dommageable pour l'environnement, ni n'entraîne aucune conséquence négative sur la conservation de la faune en Martinique. Dans ces conditions, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l'association pour la protection des animaux sauvages et du patrimoine naturel (ASPAS), l'association des mateurs amicaux des z'oiseaux et de la nature aux Antilles (AMAZONA), l'association Le Carouge, l'association pour l'étude et la protection de la vie sauvage dans les petites Antilles (AEVA) et l'association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles (ASFA), qui, aux termes de leurs statuts respectifs, œuvrent pour la protection, la conservation et la défense de la faune et des oiseaux sur l'île de la Martinique ou dans les Antilles, ne justifient d'aucun intérêt leur donnant qualité pour agir contre l'arrêté attaqué du préfet de la Martinique du 10 novembre 2022. Leur requête est dès lors irrecevable. Elle doit, par suite, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les associations requérantes au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des associations requérantes la somme demandée par la fédération départementale des chasseurs de la Martinique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l'association pour la protection des animaux sauvages et du patrimoine naturel (ASPAS), l'association des mateurs amicaux des z'oiseaux et de la nature aux Antilles (AMAZONA), l'association Le Carouge, l'association pour l'étude et la protection de la vie sauvage dans les petites Antilles (AEVA) et l'association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles (ASFA) est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs de la Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), première dénommée, pour l'ensemble des associations requérantes, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la fédération départementale des chasseurs de la Martinique.

Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.

Le rapporteur,

V. D

La présidente,

H. Rouland-BoyerLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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