jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FIDANZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 18 novembre 2022 et le 24 mars 2023, M. A B, représenté par Me Fidanza, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, ensemble la décision implicite du 18 septembre 2022 par laquelle a été rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de faire droit à sa demande.
Il soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions de ressources exigées par les textes sur le regroupement familial. Son entreprise n'ayant commencé son activité que le 1er juin 2020, le revenu annuel déclaré devait, afin de déterminer le revenu mensuel, être divisé par sept et non par douze.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le moyen soulevé n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de M. B et de son avocate, Me Fidanza.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant syrien, a présenté le 21 avril 2021 une demande de regroupement familial au profit de son épouse. Il demande l'annulation de la décision du 28 juin 2022 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande, ensemble la décision par laquelle a été rejeté son recours gracieux.
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ". Aux termes de l'article R. 421-4 du même code : " A l'appui de sa demande de regroupement, le ressortissant étranger présente les copies intégrales des pièces suivantes : [] 3° Les justificatifs des ressources du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, tels que le contrat de travail dont il est titulaire ou, à défaut, une attestation d'activité de son employeur, les bulletins de paie afférents à la période des douze mois précédant le dépôt de sa demande, ainsi que le dernier avis d'imposition sur le revenu en sa possession, dès lors que sa durée de présence en France lui permet de produire un tel document, et sa dernière déclaration de revenus. La preuve des revenus non salariaux est établie par tous moyens ". Aux termes de l'article R. 434-11 du même code : " L'étranger qui sollicite le regroupement familial présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Cette liste constitue l'annexe 10 du même code. Le regroupement familial en constitue la 65ème catégorie des titres de séjour énumérés. Cette annexe précise que les justifications de ressources présentées à l'appui d'une demande de regroupement familial doivent être fournies " pour les douze derniers mois ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période. Toutefois, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, pour instruire la demande de regroupement familial déposée le 21 avril 2021 par M. B, l'autorité administrative, dans son " enquête ressources " du 2 février 2022, a pris en compte les revenus déclarés par M. B au titre de l'année 2020, soit le revenu fiscal de référence de 12 698 euros figurant à son avis d'imposition sur le revenu. Cette somme a été divisée par douze pour obtenir un revenu mensuel de 1 058 euros, inférieur au SMIC. Il résulte toutefois des dispositions rappelées au point 2 que le préfet devait prendre en considération les revenus des douze mois précédant la demande, et non les seuls revenus de l'année civile précédant l'année de la demande. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Martinique a commis une erreur dans l'analyse de ses ressources financières.
5. D'autre part, comme rappelé au point 3, lorsqu'elle est saisie d'une demande de regroupement familial, l'autorité administrative doit effectuer un examen particulier des circonstances et n'est pas tenue de rejeter systématiquement la demande lorsque les ressources du demandeur sont inférieures au SMIC. Il ressort des pièces du dossier que, s'il avait pris en considération les revenus de M. B sur les douze mois précédant sa demande, son revenu mensuel moyen aurait été de 1 247 euros, soit un montant quasi identique au SMIC qui, selon le préfet, s'élevait alors à 1 269 euros. Il s'ensuit qu'en raison de l'erreur de méthode commise dans la prise en compte des ressources de M. B, le préfet de la Martinique, qui n'était pas en situation de compétence liée pour rejeter la demande, a entaché d'erreur d'appréciation sa décision du 28 juin 2022.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 28 juin 2022 doit être annulée de même que, par voie de conséquence, la décision implicite ayant rejeté le recours gracieux de M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".
8. Le regroupement familial étant soumis à d'autres conditions que les conditions financières objet du présent jugement d'annulation, ce dernier n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint à l'autorité administrative d'accorder le bénéfice du regroupement familial sollicité par M. B. En revanche, le présent jugement implique nécessairement que l'autorité administrative prenne une nouvelle décision après une nouvelle instruction de la demande de M. B. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Martinique de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 juin 2022 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté la demande de regroupement familial de M. B, et la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Martinique de prendre à nouveau une décision après une nouvelle instruction de la demande de M. B, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Martinique.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
La présidente,
Mme Rouland-Boyer
La greffière,
J. Lemaitre
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026