jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | YANG-TING HO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 novembre 2022 et le 12 mai 2023, la société Pharmacie de Cluny, la société Pharmacie Cypria et la société L'espace santé - Sainte-Thérèse, représentées par le cabinet Overeed AARPI, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique a organisé les services de garde et d'urgence des officines sur le territoire de la Martinique ;
2°) d'annuler la décision du 26 octobre 2022 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique a rejeté leur recours gracieux ;
3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat à leur verser à chacune au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence négative, dès lors que le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique a renoncé à exercer son office et s'est borné à reprendre les termes du protocole d'accord des organisations représentatives de la profession du 30 novembre 2021 ;
- il est entaché de vices de procédure, dans la mesure où le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique n'a pas pris l'attache des pharmaciens ayant formulé leur désaccord sur le protocole, il n'a pas consulté le conseil central de la section E de l'ordre des pharmaciens mais sa délégation locale, et l'arrêté aurait dû être édicté sans attendre que les organisations représentatives de la profession élaborent un nouveau protocole d'accord ;
- le protocole d'accord adopté par les organisations syndicales le 30 novembre 2021 est illégal, dès lors qu'il n'a pas été approuvé en assemblée générale et que les organisations représentatives de la profession n'étaient pas compétentes pour organiser la permanence pharmaceutique suite à l'annulation de l'arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé du 4 avril 2016 ;
- l'arrêté ne pouvait imposer aux pharmacies d'enchaîner un service de garde avec un service d'urgence sans méconnaitre l'article L. 5125-17 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'inexactitude matérielle des faits, dès lors qu'il n'est pas traditionnel en Martinique de coupler les services de garde et d'urgence ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il impose aux pharmacies d'enchaîner un service de garde avec un service d'urgence, compte tenu des contraintes qui en découlent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, l'agence régionale de santé de la Martinique, représentée par Me Yang-Ting Ho, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens et la somme de 1 000 euros soient mis à la charge de chaque société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 12 mai 2023, la société Pharmacie de Cluny déclare se désister de la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Chaudhry Shouq, représentant les sociétés requérantes, et de Me Yang-Ting Ho, représentant l'agence régionale de santé de la Martinique.
Une note en délibéré a été enregistrée pour la société Pharmacie Cypria et la société L'espace santé - Sainte-Thérèse le 13 décembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Constatant le désaccord de pharmaciens sur le protocole d'accord relatif à l'organisation des services de garde et d'urgence mis en place par les organisations représentatives de la profession en Martinique, le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique a, par arrêté du 1er juillet 2022, défini l'organisation des services de garde et d'urgence des officines sur le territoire de la Martinique. La société Pharmacie de Cluny, la société Pharmacie Cypria et la société L'espace santé - Sainte-Thérèse ont formé un recours gracieux, par courrier du 1er septembre 2022, qui a été rejeté par une décision du directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique du 26 octobre 2022. Par la présente requête, la société Pharmacie de Cluny, la société Pharmacie Cypria et la société L'espace santé - Sainte-Thérèse demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022, ensemble le rejet de leur recours gracieux.
Sur le désistement de la société Pharmacie de Cluny :
2. Par un mémoire, enregistré le 12 mai 2023, la société Pharmacie de Cluny a déclaré se désister de la présente instance. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 5125-17 du code de la santé publique : " Un service de garde est organisé pour répondre aux besoins du public en dehors des jours d'ouverture généralement pratiqués par les officines dans une zone déterminée. Un service d'urgence est organisé pour répondre aux demandes urgentes en dehors des heures d'ouverture généralement pratiquées par ces officines. / Toutes les officines de la zone, à l'exception de celles mentionnées à l'article L. 5125-10, sont tenues de participer à ces services, sauf décision contraire prise par arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé après avis du représentant régional désigné par chaque syndicat représentatif de la profession au sens de l'article L. 162-33 du code de la sécurité sociale, en cas de circonstances ou de particularités locales rendant impraticable ou non nécessaire la participation de l'ensemble des officines. / L'organisation des services de garde et d'urgence est réglée par les organisations représentatives de la profession dans le département. A défaut d'accord entre elles, en cas de désaccord de l'un des pharmaciens titulaires d'une licence d'officine intéressés ou si l'organisation retenue ne permet pas de satisfaire les besoins de la santé publique, un arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé règle lesdits services après avis des organisations professionnelles précitées et du conseil de l'ordre des pharmaciens territorialement compétent. Le directeur général de l'agence régionale de santé adresse pour information cet arrêté au représentant de l'Etat dans le département () ".
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique se serait senti lié par le protocole d'accord des organisations représentatives de la profession, établi le 30 novembre 2021, ni qu'il aurait renoncé à exercer sa compétence. Il ressort en effet des termes mêmes de la décision attaquée qu'en considérant que l'organisation retenue dans le protocole d'accord, approuvée par la très grande majorité des pharmaciens du territoire, satisfait l'intérêt de la santé publique, en améliorant l'accès des patients aux médicaments et en contribuant au renforcement du maillage territorial de proximité des officines, le directeur général de l'agence régionale de santé porte sa propre appréciation sur la situation et exerce correctement son office. Le moyen tiré de l'incompétence négative doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutiennent les sociétés requérantes, il ressort des pièces du dossier que le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique a requis, préalablement à l'édiction de son arrêté, l'avis du conseil central de la section E du conseil national des pharmaciens, compétent à l'égard des pharmaciens des départements et collectivités d'Outre-mer, qui a rendu un avis favorable le 28 juin 2022. A supposer que la mention, dans la décision du 26 octobre 2022 rejetant le recours gracieux, de la saisine de la délégation locale plutôt que du conseil central de la section E, ne constitue pas une simple erreur de plume, la circonstance que le directeur général de l'agence régionale de santé ait également, de manière superfétatoire, recueilli les observations de la délégation locale du conseil de l'ordre en Martinique, n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté attaqué. En outre, les dispositions précitées de l'article L. 5125-17 du code de la santé publique n'imposaient nullement au directeur général de " prendre l'attache " des pharmaciens ayant émis des désaccords au protocole avant de prendre sa décision, celui-ci n'ayant aucune obligation d'engager une procédure contradictoire avant l'édiction de l'acte réglementaire contesté. Par ailleurs, à supposer que l'annulation de l'arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique du 4 avril 2016 organisant la permanence des soins pharmaceutiques, par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 17BX03925 du 3 décembre 2019, impliquait que le directeur général prenne directement un nouvel arrêté, sans attendre que les organisations représentatives de la profession élaborent un nouveau protocole d'accord, dans la mesure où ce protocole est intervenu et qu'il a fait l'objet de désaccords, le directeur général n'a en tout état de cause commis aucune illégalité en en tenant compte. Il résulte de ce qui précède que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la décision contestée est entachée de vices de procédure.
6. En troisième lieu, à supposer que, en soutenant que le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique ne pouvait se fonder sur un protocole d'accord des syndicats de pharmaciens qui n'avaient pas compétence pour organiser la permanence pharmaceutique et qui n'a pas été approuvé en assemblée générale, les sociétés requérantes doivent être regardées comme excipant de l'illégalité de ce protocole, un tel moyen est inopérant, dans la mesure où ce protocole ne constitue pas la base légale de l'arrêté contesté, qui n'a pas été pris pour son application, alors, au demeurant, que les dispositions précitées de l'article L. 5125-17 du code de la santé publique n'imposent pas la réunion en assemblée générale des organisations représentatives de la profession pour rendre un avis sur l'organisation des services de garde et d'urgence. Le moyen doit, par suite, être écarté.
7. En quatrième lieu, si les dispositions de l'article L. 5125-17 du code de la santé publique distinguent le service de garde, qui s'effectue en dehors des jours d'ouverture généralement pratiqués par les officines, et le service d'urgence, qui s'effectue en dehors des horaires d'ouverture généralement pratiqués par les officines, elles ne sauraient toutefois être interprétées comme interdisant la possibilité que ces deux services puissent être accomplis l'un après l'autre. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique, en imposant aux pharmacies d'enchaîner un service de garde avec un service d'urgence doit, dès lors, être écarté.
8. En cinquième lieu, les sociétés requérantes ne démontrent pas, par les pièces produites, que le directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique aurait entaché son arrêté d'inexactitude matérielle des faits en mentionnant que les services de garde et d'urgence sont traditionnellement couplés en Martinique. En tout état de cause, à supposer même qu'il ait commis une telle erreur de fait, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été déterminante dans son appréciation. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, par suite, être écarté.
9. En dernier lieu, les sociétés requérantes soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, en ce que l'organisation retenue, qui impose à une même officine d'assurer un service de garde puis un service d'urgence, pendant 24 heures consécutives, génère des contraintes démesurées et expose notamment les pharmaciens à devoir dépasser la durée légale journalière de travail. Toutefois, l'obligation d'assurer le service de garde puis le service d'urgence ne pèse que sur l'officine, et ne saurait donc nécessairement impliquer que le même pharmacien enchaîne les deux services, quand bien même les pharmacies peineraient à recruter du personnel. En tout état de cause, le service d'urgence ne constitue pas du temps de travail stricto sensu, dans la mesure où il peut être assuré " à volets fermés ". Par suite, les sociétés requérantes ne démontrent pas que ce mode d'organisation les exposerait à des difficultés insurmontables, et ne contestent au demeurant pas le fait que cette modalité, qui convient à la majorité des officines de pharmacie de Martinique, permet d'améliorer l'accès des patients aux médicaments et la lisibilité du service pour la population. Au regard de ces éléments, le directeur général de l'agence régionale de santé n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 5125-17 du code de la santé publique en décidant de coupler le service de garde et le service d'urgence. Le moyen doit, par suite, être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Pharmacie Cypria et la société L'espace santé - Sainte-Thérèse ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé de la Martinique du 1er juillet 2022 organisant les services de garde et d'urgence en Martinique, ni de la décision du 26 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux. Leurs conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur les dépens :
11. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de l'agence régionale de santé de la Martinique tendant à ce que les dépens soient mis à la charge des sociétés requérantes doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société Pharmacie Cypria et la société L'espace santé - Sainte-Thérèse la somme qu'elles réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par les sociétés requérantes. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Cypria et de la société L'espace santé - Sainte-Thérèse une somme de 750 euros à verser chacune à l'agence régionale de santé de la Martinique au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de la société Pharmacie de Cluny.
Article 2 : La requête de la société Pharmacie Cypria et de la société L'espace santé - Sainte-Thérèse est rejetée.
Article 3 : La société Pharmacie Cypria et la société L'espace santé - Sainte-Thérèse verseront chacune une somme de 750 euros à l'agence régionale de santé de la Martinique en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Pharmacie de Cluny, à la société Pharmacie Cypria, à la société L'espace santé - Sainte-Thérèse et à l'agence régionale de santé de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe président,
J.-M. Laso
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026