jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET OYAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2022 et le 28 avril 2023, la société Corsair, représentée par Oyat avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 438 964 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision non formalisée par laquelle le préfet de la Martinique aurait décidé de modifier la formule de détermination du prix de vente du kérosène dans les Antilles françaises et la Guyane, assortie des intérêts de retard au taux légal à compter du 4 août 2022 et capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du préfet de la Martinique, qui n'est pas formalisée, est révélée par ses interventions orales lors des réunions tenues les 30 et 31 mai 2022, afin d'informer les compagnies aériennes assurant la liaison entre les Antilles françaises et la France métropolitaine de la hausse tarifaire du kérosène produit par la société anonyme de la raffinerie des Antilles ;
- le préfet de la Martinique ne dispose d'aucune compétence pour réglementer le tarif du kérosène ;
- la décision est entachée d'un vice de forme, dès lors qu'une décision de réglementation des prix doit être formalisée par un arrêté préfectoral, conformément à l'article R. 671-2 du code de l'énergie ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où la procédure de consultation préalable prévue aux articles L. 410-2 et L. 410-3 du code de commerce n'a pas été respectée ;
- elle méconnaît le premier alinéa de l'article L. 410-2 du code de commerce ;
- l'illégalité fautive de cette décision lui cause un préjudice financier, qui doit être évalué à la somme de 2 438 964 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 mars et 11 mai 2023, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de l'inexistence de la décision attaquée, dès lors qu'il n'est pas à l'origine de la décision d'augmentation du tarif du kérosène, qui émane de la société anonyme de la raffinerie des Antilles ;
- les moyens soulevés par la société Corsair ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire de la société Corsair, enregistré le 19 mai 2023, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- l'arrêté du 5 février 2014 relatif à la mise en œuvre du décret n° 2013-1314 du 27 décembre 2013 réglementant les prix des produits pétroliers ainsi que le fonctionnement des marchés de gros pour la distribution de ces produits dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Marroni, représentant la société Corsair.
Une note en délibéré présentée pour la société Corsair a été enregistrée le 4 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Lors d'une réunion qui s'est tenue dans les locaux de la préfecture de la Martinique le 30 mai 2022, les compagnies aériennes se fournissant en kérosène produit par la société anonyme de la raffinerie des Antilles (SARA) ont été informées de la nouvelle méthode de fixation du prix du kérosène à compter du mois de juin 2022. La société Corsair estimant que les déclarations orales du préfet de la Martinique lors de cette réunion révèlent l'existence d'une décision non formalisée de sa part d'augmenter le tarif du kérosène, elle a présenté, le 3 août 2022, un recours gracieux tendant au retrait de cette décision, assorti d'une demande indemnitaire préalable, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet du préfet de la Martinique le 4 octobre 2022. Par la présente requête, la société Corsair demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 438 964 euros en réparation du préjudice qu'elle estime subir du fait de l'illégalité de la décision non formalisée du préfet de la Martinique.
2. Aux termes de l'article R. 671-1 du code de l'énergie : " Dans le département de la Guadeloupe et dans les collectivités territoriales de la Guyane et de la Martinique, le préfet fixe les prix maximum des produits pétroliers dans les conditions prévues par la présente section. Ces prix sont calculés en fonction des coûts supportés par les entreprises et de la rémunération des capitaux ou, le cas échéant, de leur marge commerciale " et aux termes de l'article R. 671-2 : " I. - Sont réglementés les prix : / 1° Des supercarburants sans plomb et gazoles ; / 2° Du fioul domestique ; / 3° Du pétrole lampant ; / 4° Des fiouls lourds () ".
3. L'article 1er de l'arrêté du 5 février 2014 relatif à la mise en œuvre du décret n° 2013-1314 du 27 décembre 2013 réglementant les prix des produits pétroliers ainsi que le fonctionnement des marchés de gros pour la distribution de ces produits dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique dispose que : " Les produits concernés par le présent arrêté. / Conformément aux articles 2 et 6 du décret n° 2013-1314 du 27 décembre 2013 susvisé, les prix des produits pétroliers suivants sont fixés mensuellement par arrêté préfectoral : / ' supercarburants sans plomb ; / ' gazoles routiers et non routiers ; / ' fioul domestique ; / ' pétrole lampant ; / ' fiouls lourds ; / ' gaz de pétrole liquéfié ". En outre, l'article 2 dispose que : " Afin de définir, pour le 1er de chaque mois, les prix maximum hors taxes de sortie raffinerie identiques dans les trois départements de la Guadeloupe, y compris ses dépendances, de la Guyane et de la Martinique, des produits mentionnés à l'article 1er, il est procédé à la détermination d'un chiffre d'affaires mensuel d'équilibre devant permettre d'assurer le fonctionnement de la raffinerie (ci-après la SARA). / Ce chiffre d'affaires mensuel d'équilibre se compose de deux parties, un ensemble de coûts et une rémunération des capitaux () ".
4. Il ressort des pièces du dossier qu'une réunion s'est tenue dans les locaux de la préfecture de la Martinique le 30 mai 2022, réunissant la SARA, les compagnies aériennes s'approvisionnant en kérosène produit par la SARA et le préfet de la Martinique, au cours de laquelle les compagnies aériennes ont été informées de la nouvelle méthode de fixation du prix de vente du kérosène, appliquée à compter du mois de juin 2022. Un diaporama élaboré par la SARA a ainsi été projeté à l'occasion de cette réunion, qui rappelle la méthode de détermination du chiffre d'affaires mensuel d'équilibre de cette société, correspondant aux recettes nécessaires pour couvrir l'ensemble des charges d'exploitation ainsi que la rémunération des capitaux, sous déduction de la part mensuelle de chiffre d'affaires réalisée sur les produits et services non réglementés tels que la vente de kérosène. Il y est également fait état d'une envolée des cours des produits finis et d'une augmentation du prix du kérosène dans les autres Etats de la Caraïbe, nécessitant la mise en place d'une revalorisation du tarif du kérosène produit par la SARA afin de s'aligner sur les pays voisins, par la prise en compte de ce " différentiel de zone " dans l'élaboration du prix. La société Corsair expose que, lors de cette réunion, le préfet aurait déclaré verbalement qu'il appartenait aux compagnies aériennes de faire des efforts, et que l'augmentation du prix du pétrole ne pouvait être supportée intégralement par le grand public, qui a déjà subi des hausses de prix conséquentes sur les produits pétroliers courants. Si la société requérante soutient que la tenue de cette réunion, et la prise de parole du préfet de la Martinique à cette occasion, révèlent une décision non formalisée de sa part d'augmenter le prix de vente du kérosène afin de tempérer l'augmentation des prix des carburants automobiles et du gaz à usage domestique, réglementés par arrêté préfectoral, tout en garantissant un chiffre d'affaires d'équilibre de la SARA, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Martinique serait à l'origine d'une telle décision. En effet, cette circonstance ne peut résulter du seul fait que la réunion a été organisée à l'initiative du préfet, dans les locaux de la préfecture, en l'absence de tout élément de preuve permettant d'établir la teneur des déclarations du préfet de la Martinique, alors que celui-ci fait valoir qu'il a uniquement servi d'intermédiaire entre les compagnies aériennes et la SARA, et qu'il n'est intervenu en aucune manière dans les décisions relatives au prix de vente du kérosène, prises par cette dernière, qui a au demeurant publié un communiqué, le 15 juin 2022, pour justifier sa décision. Par ailleurs, les propos tenus par Mme A, sénatrice, lors de la présentation des conclusions du rapport de la délégation sénatoriale aux Outre-mer relatif à la continuité territoriale Outre-mer, évoquant des déclarations de la SARA lors de son audition, et dont le contenu n'est pas repris dans le rapport, ne sauraient davantage révéler une telle décision prise par le préfet de la Martinique. Enfin, à supposer même que le préfet de la Martinique ait décidé de ne pas entièrement répercuter l'envolée du cours des carburants automobiles et domestiques sur les usagers lors de la fixation des tarifs réglementés, mettant ainsi la SARA dans l'obligation d'augmenter le prix de vente de ses produits non réglementés afin de respecter un chiffre d'affaires d'équilibre, cette circonstance ne saurait pour autant impliquer que le préfet puisse être regardé comme étant à l'origine de la modification de la méthode de fixation du prix du kérosène. Dans la mesure où le préfet de la Martinique conteste avoir pris part d'une quelconque manière à la décision de la SARA, et en l'absence d'élément au dossier tel qu'une déclaration publique ou une manifestation concrète de sa volonté de prendre une telle décision, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité fautive de la décision non formalisée du préfet de la Martinique d'augmenter le prix de vente du kérosène, qui ne peut être regardée comme étant révélée par les pièces produites au dossier.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Corsair tendant à la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice résultant de l'illégalité fautive de la décision non formalisée du préfet de la Martinique d'augmenter le prix de vente du kérosène doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Corsair est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Corsair et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie du présent jugement sera adressé pour information au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Phulpin, conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe premier conseiller faisant fonction de président,
S. de Palmaert
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026