jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LAZARE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2022 et le 8 septembre 2023, la société Free'Dom Ingenierie, représentée par Me Ghaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le maire du François lui a enjoint d'interrompre sans délai des travaux entrepris en exécution d'un arrêté du 29 juillet 2021 portant non-opposition à déclaration préalable ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- il n'a pas été pris au vu d'un procès-verbal d'infraction ;
- il n'est pas motivé ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'aucune méconnaissance de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable ne pouvait lui être reprochée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le maire du François conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable, l'acte attaqué ne pouvant être regardé comme une décision faisant grief.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, représentant le préfet de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 juillet 2021, le maire de la commune du François ne s'est pas opposé à une déclaration préalable déposée par la société Free'Dom Ingénierie pour la réalisation de travaux de terrassement sur les parcelles cadastrées section AC n° 1226 et 1227, sur un terrain d'une superficie de 5 657 m². Par la présente requête, la société Free'Dom Ingénierie demande l'annulation de la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le maire du François lui a enjoint d'interrompre sans délai ces travaux de terrassement.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".
3. Le préfet de la Martinique soutient que le courrier du maire du François du 12 janvier 2022 est dépourvu de caractère décisoire dès lors qu'il n'est qu'une simple demande d'interruption d'un chantier en cours, est dépourvu de caractère comminatoire, ne mentionne aucun délai d'exécution ni les sanctions auxquelles la société contrevenante s'expose, et ne fait référence à aucun texte. Toutefois, il ressort des termes employés dans ce courrier que le maire du François a demandé à la société Free'Dom Ingénierie d'interrompre sans délai son chantier et d'effectuer les démarches préalables. Cette injonction revêt sans ambiguïté un caractère décisoire. Elle ne peut être regardée comme une mesure préparatoire dès lors qu'elle n'est pas intervenue dans le cadre d'une procédure contradictoire préalable, cette dernière n'ayant pas été menée. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Martinique doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes du troisième alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, " dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux ". L'avant-dernier alinéa de ce même article dispose que : " dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux () ". Il résulte de ces dispositions que le maire est en situation de compétence liée lorsqu'il ordonne l'interruption de travaux réalisés sans permis de construire ou au mépris d'une décision de justice. En revanche, les dispositions précitées n'impliquent pas que le maire soit en situation de compétence liée lorsqu'il décide d'ordonner l'interruption des travaux qui ne sont pas conformes à ceux qui ont été autorisés.
5. D'autre part, en vertu de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du même code, au nombre desquelles figurent les décisions qui restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police, ne peuvent légalement intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter des observations écrites ou orales, sauf en cas de risque pour la sécurité ou la salubrité publiques imposant une procédure d'urgence en application de l'article L. 121-2 du même code.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été pris sans qu'ait été établi au préalable un procès-verbal d'infraction, le procès-verbal d'infraction versé aux débats par la commune, établi le 2 juin 2022, ayant été dressé plusieurs mois après la décision attaquée. Par ailleurs, il est constant que la décision d'interruption des travaux n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire. Or, la commune ne justifie, ni même n'allègue, s'être trouvée dans une situation d'urgence résultant d'un risque pour la sécurité ou la salubrité publique. Il s'ensuit que la société requérante est fondée à soutenir que la décision du maire du François du 12 janvier 2022 est entachée de vice de procédure.
7. En second lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'interruption de travaux a été prescrite au motif que " les travaux réalisés () ne respectaient pas la déclaration préalable () délivrée le 29 juillet 2021 ". La société requérante est fondée à soutenir qu'une telle formulation, dépourvue de précisions factuelles de nature à expliciter le manquement reproché, ne satisfait pas aux exigences des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être accueilli.
8. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, le moyen de légalité interne soulevé par la société requérante n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision attaquée.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Free'Dom Ingénierie est fondée à solliciter l'annulation de la décision du maire du François du 12 janvier 2022 portant injonction d'interruption de travaux.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Free'Dom Ingénierie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire du François du 12 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Free'Dom Ingénierie et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Martinique et à la commune du François.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
Le président,
J-M. Laso
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026