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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200755

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200755

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 26 décembre 2022, 14 avril 2023, 15 avril 2023, 16 avril 2023, 9 mai 2023, 10 mai 2023 et 15 mai 2023, la SCI Chachou, représentée par Mme B C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Martinique a refusé de lui délivrer une autorisation de défricher sur la parcelle cadastrée section N 741 située sur le territoire de la commune de Fort-de-France, ensemble la décision du 3 octobre 2022 par laquelle a été rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de verser aux débats le rapport d'intervention de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Martinique, établi à la suite de l'abattage d'arbres dangereux sur la parcelle N 741.

Elle soutient que :

- le terrain est situé en zone urbaine du plan local d'urbanisme ;

- la parcelle en cause n'a pas été classée en zone boisée par ce document d'urbanisme ;

- la parcelle est occupée par une maison individuelle plus que centenaire ; la démolition reconstruction a été autorisée par un arrêté de permis de construire du 21 avril 2022 devenu définitif ;

- le risque pour la sécurité des personnes fait défaut dès lors que la construction existante est surélevée par rapport au terrain naturel, et qu'un étage refuge est prévu par le projet de construction autorisé ;

- en tout état de cause, l'autorisation de défrichement n'est pas nécessaire compte tenu de la faible surface à défricher, le terrain étant en outre un jardin clos attenant à une habitation principale ;

- ce terrain aujourd'hui boisé a fait l'objet d'une occupation agricole et familiale par le passé, une fosse septique y ayant été aménagée et des vestiges d'un parc à bestiaux étant encore visibles ;

- la protection des berges est déjà prise en considération par les dispositions du plan local d'urbanisme qui interdisent d'implanter des constructions à moins de dix mètres des berges.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 mars 2023 et le 10 mai 2023, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Mme C.

Une note en délibéré produite par Mme C a été enregistrée le 20 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande enregistrée le 8 mars 2022, présentée dans le cadre d'un projet de construction d'une maison individuelle sur la parcelle N 741 située rue Fernand Gaboly à Fort-de-France, la SCI Chachou a sollicité une autorisation de défricher une surface de 1 205 m². Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de la Martinique a refusé de lui délivrer cette autorisation et, par une décision du 3 octobre 2022, a rejeté le recours gracieux formé par la société pétitionnaire contre cet arrêté. Par la présente requête, la SCI Chachou demande l'annulation de ces deux décisions du préfet de la Martinique.

2. Aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. / () La destruction accidentelle ou volontaire du boisement ne fait pas disparaître la destination forestière du terrain, qui reste soumis aux dispositions du présent titre ". Aux termes de l'article L. 341-3 du même code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 342-1 du code forestier : " Sont exemptés des dispositions de l'article L. 341-3 les défrichements envisagés dans les cas suivants : 1° Dans les bois et forêts de superficie inférieure à un seuil compris entre 0,5 et 4 hectares, fixé par département ou partie de département par le représentant de l'État, sauf s'ils font partie d'un autre bois dont la superficie, ajoutée à la leur, atteint ou dépasse ce seuil ; () ". Par un arrêté n° 063692 du 26 octobre 2006, le préfet de la Martinique a fixé ce seuil à 0,5 hectare.

4. La société Chachou soutient que la surface à défricher sur la parcelle N 741 est inférieure à 0,5 hectare et que le boisement qui se trouve sur ce terrain ne saurait être regardé comme faisant partie d'un autre bois pour atteindre avec celui-ci ce seuil de 0,5 hectare. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de reconnaissance des bois à défricher établi le 28 avril 2022 par l'Office national des forêts, que les bois contigus à la parcelle N 741 s'étendent sur plus d'un hectare. Or, d'une part la société requérante n'apporte aucune précision de nature à établir l'erreur factuelle qui aurait été commise par le préfet concernant l'étendue du bois. D'autre part, le relevé de l'ONF, il est vrai dénué de précision sur le périmètre retenu pour identifier une surface boisée supérieure à un hectare, peut se vérifier sur le site Géoportail accessible tant au juge qu'aux parties. Il ressort des photographies aériennes qu'une continuité de boisement est visible notamment sur les parcelles N 741, N 211 et N 213 ainsi que sur le corridor cadastral entourant la rivière Madame qui borde lesdites parcelles sur leur côté est. L'étendue de cette surface boisée excèdant le seuil 0,5 hectare, la SCI Chachou n'est pas fondée, en l'état du dossier, à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions précitées de l'article L. 342-1 du code forestier.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 342-1 du code forestier : " Sont exemptés des dispositions de l'article L. 341-3 les défrichements envisagés dans les cas suivants : 2° Dans les parcs ou jardins clos et attenants à une habitation principale, lorsque l'étendue close est inférieure à 10 hectares. Toutefois, lorsque les défrichements projetés dans ces parcs sont liés à la réalisation d'une opération d'aménagement prévue au titre Ier du livre III du code de l'urbanisme ou d'une opération de construction soumise à autorisation au titre de ce code, cette surface est abaissée à un seuil compris entre 0,5 et 4 hectares, fixé par département ou partie de département par le représentant de l'Etat ;() ". Par un arrêté n° 063692 du 26 octobre 2006, le préfet de la Martinique a fixé ce seuil à 0,5 hectare.

6. La société Chachou soutient que la parcelle litigieuse, qui est construite, était entièrement occupée depuis plusieurs dizaines d'années par une famille, qu'une fosse septique et des vestiges d'une aire à bestiaux attestent de cette occupation, et que la végétation à défricher résulterait seulement d'un manque d'entretien du terrain depuis plusieurs années. Toutefois, si la société requérante tend ainsi à démontrer que ce terrain est attenant à une habitation principale, les pièces produites aux débats ne suffisent pas à établir que ce parc ou jardin est entièrement clos. Par suite, les conditions d'application des dispositions invoquées n'étant pas réunies, la SCI Chachou n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions citées au point précédent de l'article L. 342-1 du code forestier.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 341-5 du code forestier : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : () 2° A la défense du sol contre les érosions et envahissements des fleuves, rivières ou torrents ; 3° A l'existence des sources, cours d'eau et zones humides, et plus généralement à la qualité des eaux ; () 9° A la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches. "

8. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle N 741 est classée en zone rouge à aléa fort du plan de prévention des risques naturels de la commune de Fort-de-France. Compte tenu d'un tel risque avéré, et dès lors que le déboisement en bordure des cours d'eau est généralement de nature à accroitre les dégâts causés en cas de crue et inondations, l'interdiction de défrichement en bordure d'une ravine où coule une rivière apparait nécessaire pour la protection des sols, des personnes et des biens. De plus, selon les prescriptions générales du règlement du plan de prévention des risques naturels de la commune de Fort-de-France relatives aux déboisement et défrichement des sols en zone rouge : " Seuls pourront être autorisés des défrichements dans la perspective d'édifier des ouvrages techniques nécessaires aux services et réseaux d'intérêt public dans le respect des dispositions du code forestier ". Il est constant que l'autorisation sollicitée par la société Chachou n'avait pas pour objet d'édifier de tels équipements. Il s'ensuit qu'en refusant l'autorisation sollicitée par la société requérante, le préfet de la Martinique a fait une exacte application des dispositions légales en vigueur et n'a pas entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.

9. En dernier lieu, eu égard à l'indépendance des dispositions du code forestier et de celles du code de l'urbanisme relatives respectivement au défrichement et aux plans locaux d'urbanisme, les circonstances, d'une part, que la parcelle litigieuse serait classée en zone urbaine au plan local d'urbanisme et, d'autre part, qu'un permis de construire a été délivré par le maire de Fort-de-France le 21 avril 2022 pour la construction sur ce terrain d'une maison individuelle sont sans influence sur la légalité de l'arrêté du 10 juin 2022.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022 doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, la décision rejetant le recours gracieux de la société Chachou. De même, la production du document évoqué par la société requérante n'étant pas nécessaire au jugement du présent litige, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Martinique de verser aux débats un rapport de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Martinique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Chachou est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Chachou et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M Laso

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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