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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200761

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200761

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 6 juillet 2023, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2022 et l'arrêté du même jour par lesquels le chef du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane a estimé que son état de santé était temporairement incompatible avec la tenue de son poste, l'a placé en congé de maladie ordinaire pour la période du 25 novembre 2022 au 9 décembre 2022, avec application d'une journée de carence sans traitement le 25 novembre 2022, et a subordonné son retour en fonction à un avis favorable du médecin de prévention ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 34 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi, augmentée d'une somme de 200 euros par jour depuis l'intervention des décisions du 2 décembre 2022 et ce pendant une durée de six mois, puis d'un montant journalier de 400 euros pour la période postérieure ;

3°) d'enjoindre au chef du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane de le réintégrer dans ses fonctions de spécialiste exploitation au sein de la subdivision études et informations aéronautiques ;

Il soutient que :

- les décisions attaquées du 2 décembre 2022 sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière puisque le médecin de prévention l'a reçu au préalable le 22 novembre 2022, à la demande de l'administration ;

- le placement en congé de maladie ordinaire n'était pas justifié dans la mesure où il n'était pas malade ;

- les décisions sont également illégales dans la mesure où elles conditionnent son retour au sein du service à un accord du médecin de prévention, alors même que le retour dans le service du fonctionnaire est de droit à l'issue du congé de maladie ;

- il aurait dû être placé en congé au titre d'un accident de service et ne pouvait dès lors être placé en congé de maladie ordinaire avec application d'un jour de carence le 25 novembre 2022 ;

- en l'excluant d'une réunion le 17 novembre 2022 puis en édictant les décisions illégales attaquées du 2 décembre 2022, alors qu'il avait été témoin d'un délit ou d'un crime qu'il avait dénoncé, et en ne l'affectant sur aucun poste à l'issue de son arrêt maladie, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard ;

- cette situation lui cause un préjudice, qu'il évalue à la somme de 34 500 euros dont il est fondé à demander l'indemnisation ;

- elle justifie également qu'une rente lui soit versée à compter de l'intervention des décisions du 2 décembre 2022, à hauteur d'un montant journalier de 200 euros, puis de 400 euros passé un délai de six mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables, en l'absence de toute demande indemnitaire préalable formée par M. B ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 2017-1834 du 30 décembre 2017 ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 90-998 du 8 novembre 1990 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ingénieur divisionnaire du contrôle de la navigation aérienne, est affecté depuis le 1er août 2016 au sein de la subdivision "études et informations aéronautique" du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane, en qualité de spécialiste exploitation. Par une décision du 2 décembre 2022 et un arrêté du même jour, le chef du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane a estimé que son état de santé était temporairement incompatible avec la tenue de son poste, l'a placé en congé de maladie ordinaire pour la période du 25 novembre 2022 au 9 décembre 2022, avec application d'une journée de carence sans traitement le 25 novembre 2022, et a subordonné son retour en fonction à un avis favorable du médecin de prévention. Dans la présente instance, M. B demande au tribunal administratif d'annuler ces deux décisions du 2 décembre 2022 et d'enjoindre à l'administration de le réintégrer dans ses fonctions de spécialiste exploitation au sein de la subdivision études et informations aéronautiques du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane. Il demande en outre à la juridiction de condamner l'Etat à lui verser une indemnisation d'un montant de 34 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi, augmentée d'une somme de 200 euros par jour depuis l'intervention des décisions du 2 décembre 2022 et ce pendant une durée de six mois, puis d'un montant journalier de 400 euros pour la période postérieure.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :

2. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

4. En l'espèce, M. B demande que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 34 500 euros, augmentée d'une somme de 200 euros par jour depuis l'intervention des décisions du 2 décembre 2022 et ce pendant une durée de six mois, puis d'un montant journalier de 400 euros pour la période postérieure, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de fautes commises par sa hiérarchie. Toutefois, le requérant n'a formé aucune demande indemnitaire tendant au versement d'une somme auprès de l'administration, que ce soit préalablement au dépôt de sa requête ou en cours d'instance. Dans ces conditions, faute de liaison du contentieux, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires est fondé à soutenir que les conclusions indemnitaires de la requête de M. B sont irrecevables. Elles doivent, par suite, être rejetées.

Sur la légalité des décisions attaquées :

5. En premier lieu, l'article 24 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique dispose : " Les agents qui ne relèvent pas de l'article 24 bénéficient d'une visite d'information et de prévention tous les cinq ans. / () La visite d'information et de prévention a pour objet : / 1° D'interroger l'agent sur son état de santé ; () ". L'article 24-3 du même décret dispose : " L'administration peut demander au médecin du travail de recevoir un agent. / Elle doit informer l'agent de cette démarche ".

6. Il ressort des dispositions citées au point précédent de l'article 24-3 du décret du 28 mai 1982 que l'administration à la possibilité de demander au service de la médecine de prévention de recevoir à tout moment un agent, afin notamment que celui-ci puisse l'interroger sur son état de santé, sous réserve d'informer l'intéressé de cette démarche. Il ressort des pièces du dossier que, avant d'édicter les décisions attaquées du 2 décembre 2022, l'adjoint au chef du service de la sécurité de la navigation aérienne a demandé au service de la médecine de prévention, le 17 novembre 2022, de recevoir le requérant et a informé l'intéressé de cette démarche le jour même par courriel. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir les décisions attaquées seraient intervenues au terme d'une procédure irrégulière. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, l'article 24 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congé de maladie des fonctionnaires dispose : " () en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, quelques jours après l'annonce du décès d'un collègue du service survenu à la suite d'une crise cardiaque, M. B a adressé à l'ensemble du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane, le 17 novembre 2022, un courriel circulaire dans lequel il a imputé la cause du décès à une attaque " par onde radioactive " qui aurait été commise le 30 mars 2022 alors qu'il était dans la tour de contrôle de l'aéroport, par un prisonnier qui serait sorti d'un avion en provenance des Etats-Unis et qui aurait utilisé " un appareil qui n'est pas une arme à feu ". Au vu du contenu de ce message électronique, l'adjoint au chef du service de la sécurité de la navigation aérienne a demandé à l'intéressé de rester en télétravail le lendemain et a immédiatement contacté les services de la médecine de prévention, qui ont reçu l'agent le 22 novembre 2022 à 14h00. A l'issue de la visite médicale, la médecin du travail a estimé que l'état de santé de M. B était temporairement incompatible avec son poste de travail et a renvoyé l'intéressé vers son médecin généraliste, afin qu'il puisse se faire prescrire un arrêt de travail. Le requérant a, à la suite de cette visite, consulté son médecin généraliste qui lui a délivré un avis d'arrêt de travail portant sur la période du 25 novembre 2022 au 9 décembre 2022 inclus, que l'intéressé a transmis à sa hiérarchie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le chef du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane aurait méconnu les dispositions de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 en estimant que son état de santé était temporairement incompatible avec la tenue de son poste et en le plaçant en congé de maladie ordinaire pour la période du 25 novembre 2022 au 9 décembre 2022. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

9. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment aux points 5. et 6. que les dispositions de l'article 24-3 du décret du 28 mai 1982 permettent à l'administration de demander au service de la médecine de prévention de recevoir à tout moment un agent, afin notamment que celui-ci puisse l'interroger sur son état de santé, sous réserve d'informer l'intéressé de cette démarche. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que le chef du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane ne pouvait légalement demander à la médecin de prévention de recevoir M. B préalablement à sa reprise de fonction. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

10. En quatrième lieu, d'une part, l'article 115 de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 dispose : " I. - Les agents publics civils et les militaires en congé de maladie () ne bénéficient du maintien de leur traitement ou de leur rémunération, ou du versement de prestations en espèces par l'employeur qu'à compter du deuxième jour de ce congé. / II. - Le I du présent article ne s'applique pas : / () 3° Au congé pour invalidité temporaire imputable au service () ". D'autre part, l'article L. 822-22 du code général de la fonction publique dispose : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite ". Aux termes des articles 47-1 à 47-3 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, le bénéfice du congé pour invalidité temporaire imputable au service est subordonné à une demande comportant une déclaration d'accident de service ou de maladie professionnelle accompagnée de justificatifs que l'agent doit adresser à l'administration.

11. Il est constant que M. B, qui a simplement transmis à l'administration l'avis d'arrêt de travail établi par son médecin généraliste, n'a adressé à sa hiérarchie aucune demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il s'ensuit que le chef du service de la navigation aérienne des Antilles-Guyane pouvait légalement, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, placer le requérant en congé de maladie ordinaire, avec une prise en charge de sa rémunération à compter seulement du deuxième jour de ce congé. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à contester la légalité des décisions attaquées du 2 décembre 2022. Les conclusions principales de sa requête, qui tendent à leur annulation, doivent par suite être rejetées.

Sur l'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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