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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300037

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300037

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler la décision du 17 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a fixé la République d'Haïti comme pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer une carte de séjour.

Il soutient que :

- le préfet de la Martinique ne pouvait légalement décider son éloignement du territoire français alors qu'il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour depuis plus d'une année ;

- la décision porte atteinte à sa situation familiale puisqu'il vit en Martinique avec sa compagne et qu'il souhaite pouvoir s'y établir durablement et travailler ;

- son interpellation par les services de la police nationale est intervenue dans des conditions irrégulières.

La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Phulpin, conseiller, pour statuer sur les mesures d'éloignement relevant de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Minin, greffier d'audience, a été entendu le rapport de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, à 10 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant haïtien né le 25 septembre 1999, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 9 janvier 2021, muni d'un passeport haïtien dépourvu de tout visa et de tout cachet d'entrée en France, après avoir transité par la République Dominicaine et l'île de la Dominique. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 26 mars 2021, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 26 octobre 2021. L'intéressé s'est maintenu en France et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par une nouvelle décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 30 mars 2022, confirmée par décision de la cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2022. M. B s'est maintenu en France et a été interpellé par les services de la police nationale le 17 janvier 2023, puis placé en retenue administrative aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour en France. Le jour même, le préfet de la Martinique a pris à son encontre une décision l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par une décision du même jour, le préfet a fixé la République d'Haïti comme pays de destination. Dans la présente instance, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal administratif d'annuler l'ensemble des décisions préfectorales prises à son encontre le 17 janvier 2023 et d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte de séjour.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. En premier lieu, la régularité des conditions d'interpellation d'un étranger, dont il appartient au seul juge judiciaire de connaître, est sans incidence sur la légalité des décisions du préfet obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, portant interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de l'interpellation dont a fait l'objet M. B le 17 janvier 2023 est inopérant dans le cadre de la présente instance et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le recours de M. B dirigé contre la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 mars 2022 rejetant sa demande de réexamen au titre de l'asile a été rejetée par une décision de la cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2022. En outre, bien qu'il ait bénéficié à compter du 26 mars 2021 d'une attestation de demande d'asile qui lui a été régulièrement renouvelée, la dernière attestation dont le requérant était titulaire était arrivée à expiration le 25 janvier 2022. Enfin, si M. B soutient qu'il a sollicité auprès des services préfectoraux la délivrance d'un titre de séjour autre que l'asile, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à corroborer la véracité de ses allégations, et ne justifie en particulier pas qu'un récépissé de demande de titre de séjour lui aurait été délivré, conformément à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. B remplissait l'ensemble des conditions fixées par le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour que le préfet de la Martinique prenne à son encontre, sur le fondement de cette disposition, une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. En l'espèce, si M. B se prévaut d'une situation de vie commune qu'il prétend entretenir en Martinique, il se borne toutefois à produit une " attestation sur l'honneur " établie sur papier libre, datée du 19 avril 2022 et signée par le maire de la commune de Saint-Pierre, qui indique qu'il vit et habite depuis le 10 septembre 2021 avec une personne née en Martinique de 27 ans son aînée. Ce document, qui n'est accompagné d'aucun autre élément, tel qu'un bail commun, des factures communes d'eau ou d'électricité ou des attestations de tiers, ne permet pas à lui-seul d'établir la réalité de la situation de concubinage. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme se trouvant célibataire et sans enfant à charge sur le territoire national, où il ne justifie que de deux ans de présence à la date de la décision attaquée et où il ne se prévaut d'aucune familiale ou affective. Il ne démontre pas être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans et où vivent se deux parents ainsi les autres membres de sa famille, à l'exception de son fils, prénommé A, qui réside à la Dominique. Dans ces conditions, compte-tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts recherchés par l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à contester la légalité des décisions attaquées du préfet de la Martinique du 17 janvier 2023. Les conclusions de la requête tendant à leur annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur l'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Martinique.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

Le magistrat désigné,

V. D Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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