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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300095

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300095

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEWIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une protestation et des mémoires, enregistrés le 15 février 2023, le 15 avril 2023 et le 20 avril 2023, la Chambre syndicale CGTM des collectivités territoriales de la Martinique (CSCTM-CGTM) et le syndicat Confédération générale du travail de la Martinique (CGTM), représentés par Me Lewis, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les opérations électorales qui se sont déroulées le 8 décembre 2022 pour l'élection des représentants du personnel au comité social territorial de la commune de Saint-Joseph ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Joseph d'organiser de nouvelles élections ;

3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge du syndicat CGTM-SOEM-FSM et de la commune de Saint-Joseph au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur protestation est recevable ;

- ils justifient d'un intérêt à agir ;

- le syndicat CGTM-SOEM-FSM ne remplit pas la condition d'ancienneté pour pouvoir présenter une liste aux élections professionnelles ;

- la liste CGTM-SOEM-FSM, en se prévalant de son appartenance à la CGTM, a créé la confusion dans l'esprit des électeurs, cette manœuvre ayant porté atteinte à la sincérité du scrutin.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2023 et le 29 avril 2023, la commune de Saint-Joseph, représentée par Me Especel, conclut au rejet de la protestation et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les secrétaires généraux de la CSCTM-CGTM et de la CGTM ne justifient pas d'une habilitation leur donnant qualité pour agir en justice au nom des syndicats ;

- les griefs soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le syndicat CGTM-SOEM-FSM, représenté par Me Saint-Clement, conclut au rejet de la protestation et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la protestation est irrecevable, dès lors que le recours préalable n'a pas été formé dans le délai de cinq jours francs à compter de la proclamation des résultats ;

- les requérants ne sont pas recevables, dans le cadre d'un recours dirigé contre les opérations électorales, à se prévaloir de l'irrecevabilité de la candidature du syndicat CGTM-SOEM-FSM, qui n'a pas été contestée lors du dépôt de sa liste ;

- les griefs soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La procédure a été régulièrement communiquée au syndicat Union générale des travailleurs de la Martinique Territoriale (UGTM Territoriale) et à l'Union syndicale autonome de Martinique Territoriale (USAM Territoriale), qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2021-571 du 10 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Lewis, représentant la CSCTM-CGTM et la CGTM.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue des opérations électorales qui se sont déroulées le 8 décembre 2022 pour la désignation des représentants du personnel au comité social territorial de la commune de Saint-Joseph, la liste CGTM-SOEM-FSM a recueilli 102 suffrages et s'est vu attribuer trois sièges, la liste USAM Territoriale, avec 88 suffrages, s'est vu attribuer deux sièges, et la liste UGTM Territoriale, qui a recueilli 31 suffrages, a obtenu un siège. La CSCTM-CGTM et le syndicat CGTM, qui estiment avoir été empêchés de déposer une liste, ont formé un recours préalable auprès du maire de Saint-Joseph, le 13 décembre 2022, qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, la CSCTM-CGTM et le syndicat CGTM doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler les opérations électorales et d'enjoindre au maire de Saint-Joseph d'organiser de nouvelles élections.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Un syndicat est régulièrement engagé par l'organe tenant de ses statuts le pouvoir de le représenter en justice, sauf stipulation de ces statuts réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif. Il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. Tel est le cas lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier. À ce titre, si le juge doit s'assurer de la réalité de l'habilitation du représentant du syndicat qui l'a saisi, lorsque celle-ci est requise par les statuts, il ne lui appartient pas, en revanche, de vérifier la régularité des conditions dans lesquelles une telle habilitation a été adoptée.

3. En l'absence, dans les statuts d'un syndicat, de stipulation réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif, celle-ci est régulièrement engagée par l'organe tenant des mêmes statuts le pouvoir de représenter en justice ce syndicat. Par ailleurs, une habilitation à représenter un syndicat dans les actes de la vie civile doit être regardée comme habilitant à le représenter en justice. Dans le silence desdits statuts sur ce point, l'action ne peut être régulièrement engagée que par l'assemblée générale.

4. En l'espèce, les statuts du syndicat CGTM ne réservent expressément à aucun organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif, ne désignent aucun organe disposant du pouvoir de la représenter en justice et n'habilitent pas davantage un organe pour la représenter dans les actes de la vie civile, ce qui ne peut résulter de la seule mention ambiguë, figurant à l'article 15 des statuts, selon laquelle les membres du bureau confédéral " représentent la CGTM et de ce fait l'engagent ". Par suite, les requérants, qui se bornent à produire une attestation non datée du secrétaire de séance, qui indique que la commission exécutive de la CGTM, lors de la séance du 8 novembre 2022, a autorisé son secrétaire général à ester en justice pour défendre les intérêts du syndicat dans le cadre des élections professionnelles du 8 décembre 2022, ne démontrent pas que le secrétaire général aurait été régulièrement habilité à introduire la présente protestation par l'assemblée générale, seul organe compétent dans le silence des statuts.

5. Par ailleurs, il ressort de l'article 6 des statuts de la CSCTM-CGTM que " le secrétariat général est chargé d'assurer la représentation et le travail courant de la chambre syndicale sur mandat et sous contrôle du bureau ". En l'absence d'autre disposition réservant expressément à un autre organe la capacité de représenter le syndicat en justice ou dans les actes de la vie civile, à supposer qu'une telle disposition puisse être regardée comme habilitant le secrétaire général, sur mandat du bureau, à agir en justice au nom du syndicat, les requérants, qui se bornent à produire une attestation non datée du secrétaire de séance indiquant que la commission exécutive, dans sa séance du 18 octobre 2022, a habilité le secrétaire général à saisir le tribunal, ne justifient pas, en tout état de cause, d'un mandat accordé au secrétaire général par le bureau du syndicat. La protestation de la CSCTM-CGTM et de la CGTM étant irrecevable, faute d'habilitation de leurs secrétaires généraux pour les représenter en justice, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Joseph doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le syndicat CGTM-SOEM-FSM, que les conclusions de la CSCTM-CGTM et de la CGTM tendant à l'annulation des opérations électorales qui se sont déroulées le 8 décembre 2022 pour l'élection des représentants du personnel au comité social territorial de la commune de Saint-Joseph doivent être rejetées, ainsi que, en tout état de cause, leurs conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Joseph et le syndicat CGTM-SOEM-FSM, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent aux requérants la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par le syndicat CGTM-SOEM-FSM et la commune de Saint-Joseph sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La protestation de la CSCTM-CGTM et de la CGTM est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du syndicat CGTM-SOEM-FSM et de la commune de Saint-Joseph présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Joseph, à la Chambre syndicale CGTM des collectivités territoriales de la Martinique (CSCTM-CGTM), au syndicat Confédération générale du travail de la Martinique (CGTM), au syndicat CGTM-SOEM-FSM, au syndicat Union générale des travailleurs de Martinique Territoriale (UGTM Territoriale) et au syndicat Union syndicale autonome de Martinique Territoriale (USAM Territoriale).

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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